
"Les 35 heures ont conduit à une dégradation de la situation des plus fragiles". Le diagnostic est sans concession. Surprise : il est dressé par Ségolène Royal, dans le deuxième chapitre du livre interactif que la socialiste distille peu à peu sur son site internet. La probable candidate à la candidature socialiste pour 2007 ne consacre que quelques lignes à la réforme du temps de travail, au sein d'une rubrique intitulée "Santé-sécurité : le retard français". Juste assez pour se démarquer de la législature 1997-2002 et renvoyer les éléphants à leur cimetière.
"La réduction du temps de travail a été conçue davantage comme un outil de création d'emplois (350.000) que comme l'aboutissement d'une réflexion sur les conditions de travail", écrit-elle. "Leur contrepartie fut un spectaculaire assouplissement du droit du travail (à condition que des accords négociés l'encadrent) et une flexibilité accrue". Résultat : "La proportion des salariés en horaires flexibles est passée de 10% à 40%, soit plus que les salariés américains."
Le bien-être mal partagé
"Malgré l'intensification du travail et du stress, malgré la difficulté à joindre les deux bouts pour ceux qui s'en sortaient en cumulant les heures supplémentaires, l'appréciation globale des 35 heures par les salariés reste positive", la présidente de Poitou-Charentes. Ainsi conclut-elle, "la répartition de l'effort et des avantages a été fortement inégalitaire" ou, comme l'annonce le titre de la rubrique, "Les 35 heures, un gain inégalement partagé de bien-être au travail". Après avoir déclaré en janvier que le sujet des 35 heures n'était pas tabou, Ségolène Royal avait prévenu dans Les Echos à la mi-mai que des assouplissements n'étaient pas exclus afin que "ceux qui souhaitent travailler plus puissent le faire".
Mais, qu'on ne s'y trompe pas, sous le titre "Les désordres de l'emploi et du travail (comprendre les mutations pour mieux les maîtriser)", ce nouveau chapitre est une virulente critique de l'action gouvernementale. La socialiste y réaffirme la nécessité de faire du CDI un principe, y dénonce la flexibilité et l'externalisation, y fustige les délocalisations et le "coup médiatique" du patriotisme économique, y plaide pour que le politique "dompte le tigre du marché". Sur ces derniers points, les généraux du PS feront sans doute plus aisément la synthèse que sur la question des 35 heures ou celle de la délinquance des jeunes.
Pour lire le deuxième chapitre sur le site de Ségolène Royal : cliquez ici
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