
La direction de l'exploitant du tunnel sous la Manche, Eurotunnel, menacé de dépôt de bilan, poursuivait mardi soir les discussions avec ses créanciers pour trouver un accord sur le refinancement de sa dette, faute de quoi le groupe franco-britannique n'échappera pas à la procédure judiciaire. Le concessionnaire Eurotunnel a déposé mardi matin une demande de "procédure de sauvegarde" de la société, "pour parer à toute éventualité", à savoir un échec possible des négociations avant mercredi minuit, a indiqué un porte-parole du groupe. Le "plan de sauvegarde" entraîne le gel des dettes et la désignation d'un juge médiateur.
Les discussions, lancées en début d'après-midi mardi, se poursuivaient toujours dans la soirée, Eurotunnel tentant toujours de convaincre la totalité des créanciers du bien fondé de son plan de refinancement. Celui-ci a déjà reçu l'aval des prêteurs majoritaires fin mai mais les porteurs d'obligations le rejettent. Quelle que soit l'issue des négociations, une réunion du conseil d'administration du groupe est "probable" mercredi, a aussi indiqué ce porte-parole. Dans tous les cas de figure, le tunnel lui-même ne sera pas fermé et navettes et trains Eurostar continueront à circuler.
Que décideront les actionnaires ?
Si aucun consensus entre Eurotunnel et ses créanciers n'est trouvé avant mercredi minuit, fin du délai légal qui autorise le groupe à négocier sa dette de 9 milliards d'euros, le PDG Jacques Gounon a déjà indiqué que le dépôt de bilan était la seule solution. Cette procédure peut entraîner la liquidation judiciaire et le licenciement des salariés, une option peu probable compte tenu de l'importance politique et sociale du tunnel sous la Manche. La liquidation ferait aussi tout perdre aux créanciers. Le juge peut également placer Eurotunnel en redressement judiciaire, avec maintien de l'activité, gel du paiement des dettes et désignation d'un administrateur pour gérer l'entreprise. A l'issue de la période de redressement, Eurotunnel peut bénéficier d'un plan de continuation de l'activité ou encore voir ses actifs vendus pour une bouchée de pain.
D'autre part, les créanciers majoritaires, des banques comme l'américaine Goldman Sachs, ont une autre option : se substituer à Eurotunnel pour exploiter le tunnel et se rembourser directement, jusqu'à la fin de la première concession en 2052. Les actionnaires ne recevraient pas un centime et les obligataires, mal placés dans l'ordre des créanciers, ne seraient sans doute pas remboursés. L'Arco, qui représente une majorité des porteurs d'obligations, évoque d'autres possibilités, comme un nouveau délai de négociations, ce que Jacques Gounon refuse.
Enfin, même si créanciers et direction parvenaient à se mettre d'accord avant mercredi soir, reste encore une embûche : la position des actionnaires. Convoqués en assemblée générale ordinaire le 27 juillet, ils seront appelés à se prononcer sur le plan de financement. Certains ont déjà fait part de leur hostilité au projet.
Photo d'ouverture : Jacques Gounon , PDG d'Eurotunnel - archives
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