
LCI.fr : A force de l'évoquer, la bulle immobilière est-elle de venue une réalité ?
Xavier Timbeau * : Nous sommes toujours dans une hausse du marché immobilier soutenue par le crédit aux ménages. Ce dernier bénéficie de deux facteurs : des taux d'intérêts très bas et un changement dans les pratiques bancaires qui favorisent non seulement des emprunts sur des périodes plus longues mais aussi une baisse des primes de risque et donc de la part des assurances dans les emprunts.
Or, ces deux phénomènes pourraient se tarir d'ici à la fin de l'année. Plus qu'à une baisse des prix, on pourrait assister à une moindre production de crédits immobiliers par les banques. Il faut savoir que 140 milliards d'euros de crédits ont été accordés depuis décembre 2005. Cela correspond à 5 points de PIB, c'est considérable.
LCI.fr : Quels sont les facteurs qui pourraient faire reculer le crédit immobilier ?
Xavier Timbeau : Aux Etats-Unis comme en Europe, nous assistons à un resserrement monétaire. Les banques centrales relèvent leurs taux d'intérêt. La banque centrale européenne a déjà relevé le sien d'un demi point depuis le début de l'année mais ça ne s'est pas beaucoup retrouvé dans les crédits aux particulier. Elle pourrait encore augmenter son taux principal de 0,5 point d'ici à la fin de l'année. Cela va provoquer une répercussion directe sur les prix, c'est sûr. Au moins une stabilisation et peut-être même une petite baisse.
LCI.fr : Si l'on regarde les chiffres publiés mardi, un ralentissement du marché semble déjà amorcé.
Xavier Timbeau : Non, on ne peut pas vraiment parler de coup d'arrêt. Les hausses annuelles se situent autour de +15%, c'est encore un bon niveau. Si l'on regarde les chiffres des notaires qui s'appuient sur les actes de vente et sont donc plus fiables que les agences qui tablent sur les promesses de vente, le marché immobilier reste très actif.
LCI.fr : Le marché immobilier obéit-il à un cycle économique particulier avec de fortes hausses suivies de chutes brutales comme dans les années 90 ?
Xavier Timbeau : Non, l'immobilier n'a pas de cycle particulier. Il est très lié à la santé des banques et à leurs pratiques. Dans les années 90, les banques prêtaient pour 15 ans, aujourd'hui, sur 30 ans. C'est ça qui maintient une demande forte.
10% pour l'Ile-de-France, 15% pour la France |
- Les prix de vente de l'immobilier ancien ont progressé en France de 9,1% au mois de juin sur un an, selon la Fédération nationale de l'immobilier (FNAIM). Le prix des maisons est en hausse de 9,8% en juin 2006 par rapport à juin 2005 et celui des appartements progresse de 8,7%.
- Les prix des appartements en Ile-de-France ont encore augmenté de 14,3% au 1er trimestre 2006 par rapport au 1er trimestre 2005, contre +15,7% un an plus tôt, selon l'indice des notaires franciliens. Paris reste de loin le département francilien le plus cher, avec pour un appartement ancien 5.352 euros/m2 en moyenne (+12,7%).
* Xavier Timbeau est directeur du département analyses et prévisions de l'OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques) et participait mardi à un colloque de l'Observatoire national des marchés de l'immobilier sur le thème : "
Bulle immobilière ou cycle ?"
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