
Le Tribunal de commerce de Paris a décidé mardi de reporter au 2 août sa décision sur l'éventuel lancement d'une procédure de sauvegarde d'Eurotunnel qui croule sous une dette colossale. Un avocat-conseil d'Eurotunnel a invoqué la "complexité du dossier et du volume des jugements à rendre". "Ce délai supplémentaire permet aux négociateurs de s'assoir à une table et de trouver une solution d'ici là", a estimé Me Jean Veil.
Le groupe franco-britannique, qui tente en vain depuis des mois de renégocier sa dette de 9 milliards d'euros, avait formulé cette demande il y a une quinzaine de jours, au lendemain d'un nouvel échec des négociations avec ses créanciers. Le dispositif de sauvegarde judiciaire, prévu à l'origine pour éviter la liquidation judiciaire aux PME, lui permettrait de geler ses créances et le paiement de ses intérêts tout en continuant de fonctionner. Le tribunal nommerait un ou deux juges mandataires chargés de mettre tout le monde d'accord.
Menace de dépôt de bilan
Gouffre financier pour ses actionnaires, dont le titre ne vaut plus que 44 centimes (alors qu'il avait été introduit en Bourse en novembre 1987 à 35 francs, soit 5,3 euros), Eurotunnel a déjà fait l'objet d'une restructuration financière à la fin des années 90. Mais le problème endémique de son endettement colossal n'a jamais disparu et le groupe se trouve désormais au pied du mur, car il doit commencer à rembourser ses dettes début 2007.
Les grandes lignes d'un plan de refinancement ont été approuvées en mai dernier par la majorité des créanciers principaux, mais les créanciers (68% d'individuels, 32% d'institutionnels) ne parviennent pas à s'entendre sur un aménagement de la dette avant début 2007, le groupe sera en cessation de paiement. Le dépôt de bilan est alors inévitable, avec à la clé, une possible liquidation judiciaire.
Le tunnel hors de danger
Mais le PDG Jacques Gounon a déjà affirmé qu'il n'avait aucune intention de d'attendre cette échéance pour décider du sort de son entreprise. Selon lui, après septembre, il sera de toute façon trop tard pour engager un plan de restructuration, quel qu'il soit.
Toutefois, une telle extrémité est peu vraisemblable. En vertu des accords de crédit, les banques principales créancières se substitueraient alors à l'entreprise concessionnaire pour se rembourser directement. Enfin, quoi qu'il arrive à Eurotunnel, le tunnel lui-même, déclaré d'intérêt public et propriété des Etats français et britannique, continuerait à fonctionner normalement.
Photo : Jacques Gounon, PDG d'Eurotunnel
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