© AFPAprès une semaine de réflexion, le tribunal de commerce de Paris a décidé d'accéder à la requête d'Eurotunnel. Il a annoncé mercredi avoir lancé une procédure de sauvegarde pour l'exploitant du tunnel sous la Manche, ce qui permet à celui-ci de suspendre le remboursement de son énorme dette de plus de 9 milliards d'euros. Le tribunal a ouvert une "période d'observation de six mois" et fixé à deux mois la "déclaration des créances" par leurs titulaires.
La procédure de sauvegarde avait été demandée par le PDG du groupe, Jacques Gounon, à la mi-juillet. Celui-ci a exprimé sa "satisfaction" et son "espoir" mercredi et a annoncé qu'il allait reprendre "immédiatement" les négociations sur la dette du groupe.
La décision de justice est une première pour une entreprise de cette taille. En vigueur depuis le début de l'année, ce mécanisme est destinée à éviter aux entreprises la cessation de paiement et le dépôt de bilan. Plutôt prévue à l'origine pour les PME, elle permet la poursuite de l'activité, le maintien de l'emploi et l'apurement du passif, en procédant à une réorganisation de l'entreprise.
Inspiration américaine
Il s'agit d'intervenir de façon préventive, sans attendre que la société ne puisse plus payer employés et fournisseurs. Pour pouvoir bénéficier de la sauvegarde, la société ne doit donc pas être en défaut de paiement mais en proie à "des difficultés qu'elle ne peut surmonter et qui sont de nature à la conduire à la cessation de ses paiements".
Cette procédure permettra à Eurotunnel, qui dispose d'assez de liquidités pour environ six mois, de geler le versement des intérêts de sa dette, tout en poursuivant les discussions avec ses prêteurs. Jusque-là, les négociations amiables entre créanciers ont échoué. Elles vont donc reprendre dans un cadre judiciaire. Le tribunal nomme dans ce but un juge commissaire ainsi qu'un mandataire judiciaire. Enfin, un administrateur judiciaire assiste le dirigeant dans les négociations. S'ouvre alors une période d'observation de six mois en principe, pour procéder au diagnostic économique et social.
Si les intervenants parviennent à s'entendre et si les juges estiment que l'entreprise est "sauvable", un plan de sauvegarde est mis en place et il a dix ans maximum pour porter ses fruits. Ce dispositif s'inspire de la loi sur les faillites américaine qui a permis à des groupes comme la compagnie aérienne United Airlines de se restructurer en évitant une faillite et de continuer à fonctionner malgré ses déboires financiers.
Photo : Tribunal de commerce de Paris mercredi (AFP).
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