"L'Europe ne peut pas refuser le débat sur les OGM"

Par Propos recueillis par Sophie LUTRAND, le 12 décembre 2006 à 18h13 , mis à jour le 13 décembre 2006 à 09h05

A l'occasion du colloque "Quelle agriculture pour l'Europe", LCI.fr fait le point avec une spécialiste des relations européennes et de la PAC sur le cas particulier de la France, l'avenir des biocarburants et l'enjeu des OGM.

blé champs

LCI.fr : L'agriculture peut-elle encore longtemps être le premier poste de dépenses de l'UE ?

Sylvie Matelly* : A priori, la Politique agricole commune (PAC), ne sera pas réformée avant 2013, mais cela n'empêche pas de réfléchir à l'après. Si l'on considère que 40% du budget européen va à l'agriculture, on peut être scandalisé. Mais il faut savoir qu'on était à 70% à la fin des années 80 et que l'objectif est de revenir à 33% d'ici 2013.

De mon point de vue, quand on a un budget européen aussi faible*, il faut plutôt se réjouir que l'on ait au moins un poste de dépenses qui soit efficace. Et ceux qui disent que l'on ferait mieux d'attribuer cet argent à la recherche devraient considérer les études qui montrent que les investissements en ce domaine ne sont jamais aussi efficaces que lorsqu'ils sont faits par les entreprises.

LCI.fr : La France, première bénéficiaire des aides européennes, est-elle menacée ?

S.M : La France est le premier pays agricole de l'UE, il est donc normal qu'elle soit le plus aidée. Cependant, on ne pourra pas, dans les années à venir, éviter une meilleure redistribution des aides. Notamment avec les nouveaux entrants comme les pays de l'Est qui sont eux aussi de des pays agricoles. Par ailleurs, il n'est pas impossible que les aides aux agriculteurs soient en partie rapatriées au niveau national dans quelques années.

LCI.fr : Un changement de majorité en France peut-il changer la donne ?

S.M : Le prochain président de la République ne sera de toutes façons jamais aussi proche du monde paysan que Jacques Chirac. Toutefois, le secteur agroalimentaire représente 15% des emplois en France donc, s'il y a un changement, ce sera dans la douceur.

LCI.fr : A en croire les études, les Européens sont largement opposés aux OGM. L'Europe a-t-elle les moyens de résister aux Etats-Unis ?

S.M : De fait, les Européens ne veulent pas consommer d'OGM. Mais on ne peut pas être pour une agriculture moderne, productive et refuser en bloc le débat sur les OGM. Aujourd'hui, en Europe, ce n'est pas un débat mais une prise de position. On ne donne pas la parole aux chercheurs. Tout n'est peut-être pas à jeter dans les OGM.

LCI.fr : Est-il cohérent, au prétexte de la mondialisation, d'acheter en France des asperges made in china ou des haricots verts importés d'Amérique du sud ?

S.M : Ecologiquement, c'est aberrant mais c'est d'abord au consommateur de choisir. A l'avenir, je pense que la hausse du prix des carburants rendra ces importations de moins en moins rentables. Il est cependant difficile de sortir l'argument écologique pour empêcher ces pays de se développer et d'exporter.

LCI.fr : La production de biocarburant peut-elle être un débouché pour l'agriculture européenne ?

S.M : L'enjeu de ce secteur est de devenir une agriculture de pays riche avec des productions à forte valeur ajoutée comme les biocarburants évidemment mais aussi les OGM. Il faut cependant moderniser la production de biocarburants en Europe car elle demande pour l'instant trop de terrain et trop d'énergie.

Quelle agriculture pour l'Europe

Plusieurs ministres et anciens ministres de l'agriculture, Dominique Bussereau, Hervé Gaymard, Henri Nallet, ainsi que des économistes et des représentants des agriculteurs participent mardi à un colloque sur l'avenir de l'agriculture en Europe. Ils évoqueront la part de la PAC au sein du budget européen, les questions de productivité mais aussi de commerce extérieur. LCI est partenaire de l'événement. (Espace Saint-Martin à Paris, Commission européenne, Iris, France Inter, La France Agricole)

*Economiste, spécialiste de la PAC, à l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques (Iris)

**(les pays membres consacrent 1% de leur PIB à l'UE, en 2006, le budget communautaire devrait se situer autour de 50 milliards d'euros, ndlr)


Par Propos recueillis par Sophie LUTRAND le 12 décembre 2006 à 18:13
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