© DROlivier quitte son travail à 19h et ouvre la porte de son appartement à 19h07. Il fait partie des happy (très très) few qui habitent à proximité de leur entreprise et peuvent y aller à pied. Mais cette situation est de plus en plus rare car la population ne cesse de se loger de plus en plus loin des centres-villes, tandis que l'emploi reste concentré dans les pôles urbains. Le trajet moyen de chaque français pour se rendre à son travail est de 32 minutes pour une distance de près de 26 km, selon une étude de l'Insee publiée mardi.
La moitié des salariés travaillent à moins de 8 kilomètres de leur domicile et réalisent un trajet de moins de 18 minutes par la route, selon les données 2004. Pour 10%, cette durée explose et dépasse 59 minutes. En région parisienne, du fait des encombrements, les salariés perdent davantage de temps sur la route, plus du quart doit rouler plus de 45 minutes, les plus mal lotis étant ceux qui habitent au delà de la banlieue, souligne l'Insee. Les champions du temps et de l'argent perdu en voiture pour aller travailler sont les salariés qui passent d'une aire urbaine à l'autre : ils sont 1,5 million à faire 51,7 km, pour 63 minutes de trajet quotidien.
Impact de la hausse du prix de l'énergie
En fait, relève l'Insee, les pôles urbains trustent environ trois quarts des emplois salariés (77%), alors que seulement 63% de salariés y habitent. Chassés des villes par le coût du logement, 22% de salariés habitent en zone périurbaine, où l'on ne trouve que 12% des emplois salariés.
Dans un récent rapport, le Conseil de l'emploi, des revenus et de la cohésion sociale (Cerc) a également dénoncé les conséquences de cet étalement urbain pour l'emploi et le revenu des ménages, touchés de plein fouet par l'augmentation du prix de l'énergie, et pour qui "la contrainte de la mobilité" peut être "un obstacle au retour à l'emploi ou à l'occupation d'un emploi à temps complet".
| "4h30 de trajet quotidien, sans compter les imprévus" Jean-Baptiste, 27 ans, informaticien |
Jean-Baptiste habite à Lille et travaille dans la banlieue sud de Paris. Le matin, il prend le TGV entre 6h20 et 7h20 pour arriver entre 8h15 et 9h15 au bureau et quitte le bureau à 18h, ce qui l'amène dans son appartement du centre de Lille un peu après 20h15. Soit 4h30 de transport cinq jours sur sept depuis deux ans et demi. Avant, il habitait à Paris mais sa fiancée a été mutée à Lille et il a suivi. "De toutes façons, l'un des deux devait faire les trajets. L'immobilier étant moins cher à Lille, on a quitté Paris". Le jeune couple a ainsi pu acheter un 80m² en centre ville. Mais ces allers-retours représentent un sacré budget : Plus de 7000 euros par an. Une situation provisoire ? "Pas forcément. Tant que les perspectives d'évolution seront bonnes dans ma société, je ne bougerai pas", affirme Jean-Baptiste. "Mes collègues avaient parié que je tiendrai pas longtemps, pour le moment, je les fait mentir". Le télétravail ? "J'ai plusieurs fois fait la demande mais pour le moment, c'est niet". |
"C'est possible parce que je travaille en horaires décalés |
Avant, David habitait à Chartres et travaillait à Chartres. Aujourd'hui, il travaille à Paris, et habite toujours à Chartres. "Heureusement, je travaille en horaires décalés, 15h-23h- donc je n'ai pas d'embouteillage et je ne mets qu'une petite heure porte à porte". Aux heures de pointe, il mettrait 2h30. Malgré ce changement de travail et après une reconversion, la question de se rapprocher de Paris ne s'est jamais posée. Marié, père de trois enfants, David a une maison, un jardin et une qualité de vie qu'il ne trouverait pas en proche banlieue. Sus aux kilomètres. Et à la facture : ces déplacements lui reviennent à environ 350 euros par mois. Le prix à payer... |
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