
Un nouveau pavé dans la mare de l'Insee, le sérieux institut chargé de mesurer, entre autres, la hausse des prix ? "Les citoyens ont le droit de 'ressentir' même si c'est en contradiction avec les instituts de statistiques ou les déclarations gouvernementales", estime le sociologue Jean Viard dans un livre* qui décortique, exemples à l'appui, les variations de prix depuis le passage à l'euro. "Depuis" et non pas forcément "à cause de".
Quelques exemples valent tout commentaire : +23% pour un croissant, +44,7% pour un petit noir au comptoir, +150% pour un Malabar, +133% pour un kilo de pommes.... Cela ne veut pas dire que les prix n'augmentaient pas avant : les saucisses Knacki-Herta avaient flambé de 33% entre 2000 et 2002 et les rillettes Bordeaux-Chesnel de 18,5% (source UFC-Que choisir).
Effet d'optique ?
D'autres prix ont eux particulièrement baissé, aussi bien en pourcentage qu'en valeur absolue : la minute de téléphone en local chez Neuf/ Cegetel a baissé de plus de 40%, le prix d'un ordinateur portable de 57% (2400 à 1030 euros), et le prix d'un DVD vierge ne coûte plus que 10% de sa valeur d'avant euro (voir le diaporama) Et ces derniers produits pèsent lourds dans le budget des ménages même si leur achat n'est qu'occasionnel. "Les Français se focalisent sur leurs consommations courantes, notamment alimentaires, alors que ces dernières ne représentaient plus que 15% du budget des ménages en 2004", écrit Jean Viard qui pense tenir là une "explication majeure du décalage entre l'inflation mesurée et l'inflation perçue".
95% des Français sont persuadés que la monnaie unique a fait grimper les prix. Se tromperaient-ils ? Selon les chiffres de l'Insee, l'inflation a été maintenue entre 1,6% et 2,1% par an depuis 1999 alors qu'elle atteignait allègrement 10% par an dans les années 80. Par ailleurs, entre 2001 et 2006, le smic horaire brut a gagné près de 24% et le RMI 13%. Les prix ont augmenté, les salaires aussi.
"Penser en termes de moyenne est absurde"
Mais les Français ne sont pas égaux face aux hausses de prix. L'Insee, qui considère les ménages dans leur globalité, estime que la part du loyer n'est que de 6% dans le budget des Français. Mais pour les locataires, soit 50% des ménages français, les loyers représentent près d'un quart de leur budget - plus encore dans certaines villes où les loyers ont flambé. En moyenne, ils ont grimpé de 30% depuis le passage à l'euro. Dans ce cas, l'inflation n'est pas que ressentie.
Parfois si. Selon Jean Viard, la référence à "l'avant euro" fait référence à un prix qui n'était pas nécessairement celui juste avant la mort du franc mais un prix "arrêté" à un moment significatif pour nous : celui de la sucette après le cours de piscine ou du pain au chocolat dans la cour de lycée. Une référence parfois lointaine.
"Penser en termes d'indice moyen est devenu aussi absurde que de dire que si le premier de la classe a 18 et le dernier 2, la moyenne étant de 10, tout le monde passe dans la classe supérieure !", s'insurge l'auteur. Ce dernier estime que les politiques ont failli à leur mission. Plus que de jouer les VRP de la monnaie unique sur les marchés le 1er janvier 2002, ils auraient dû conserver leur bâton de pèlerin et évangéliser toujours et encore. Bref, ce qu'il manque à l'euro, c'est de la politique.
Du franc à l'euro, la vérité sur les prix, sous la direction de Jean Viard, éditions de l'Aube et France Info.
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