Jean-Pierre Jouyet © LCIAlors qu'il doit être auditionné mardi par la Commission des finances de l'Assemblée nationale, Jean-Pierre Jouyet répète l'argumentation qu'il développe depuis son arrivée au gouvernement. Le secrétaire d'Etat aux Affaires européennes demande de nouveau plus de "dialogue" entre la BCE et les gouvernements de la zone euro, dans un entretien au quotidien La Croix (de mardi). "Il faut respecter le traité européen et les textes dans leur ensemble", déclare-t-il à propos de la politique monétaire de la zone euro.
Or "les résolutions du Conseil européen sur l'euro insistent sur la nécessité d'un ‘dialogue permanent et fructueux' entre le Conseil et la Banque centrale" européenne (BCE), dans le respect "de l'indépendance de la BCE". "L'article 111 (du traité de Maastricht) prévoit également des échanges entre la BCE et les autorités politiques", insiste-t-il. "Ce que nous souhaitons, c'est simplement avoir ce dialogue (...) dans le cadre de l'Eurogroupe", poursuit-il. "Respecter l'indépendance ne devrait pas signifier accepter l'indifférence. Qu'il s'agisse de l'activité de nos entreprises, du chômage, qui reste trop élevé dans la zone euro, ou encore des délocalisations", plaide-t-il.
La France isolée
Jean-Pierre Jouyet reconnaît que "la France veut une monnaie solide" ainsi que "la stabilité monétaire", ce que l'euro "a donné à" l'Europe. Mais il fustige la "volatilité des changes", notamment "entre les devises asiatiques et l'euro", pointant du doigt les monnaies "dont le cours est administré", allusion au yuan chinois. "Sur cette question d'ordre politique, il nous semble normal que le dialogue se noue avec la BCE", dit-il. Pour autant, il affirme que "personne en France ne remet en cause l'indépendance" de la BCE, et qu'il n'a "jamais eu la volonté d'influencer les membres de la BCE". Jean-Pierre Jouyet avait déclaré le 18 juillet à l'International Herald Tribune que "l'on peut influer sur les décisions de la BCE" en ayant au sein de l'Eurogroupe "une discussion plus ouverte sur les motivations qui sont derrière les décisions de politique monétaire".
Nicolas Sarkozy a fait des critiques contre la BCE et sa politique monétaire l'un de ses chevaux de bataille, jugeant qu'elle se focalise trop sur la lutte contre l'inflation aux dépens de la croissance. Dans sa lettre de mission à la ministre de l'Economie, Christine Lagarde, le 11 juillet, il lui demandait de tenter de "parvenir à un gouvernement économique (...) de la zone euro", en renforçant l'action de l'Eurogroupe, qui réunit les ministres des Finances, en présence des banquiers centraux des pays de la zone euro. La France est cependant très isolée en Europe sur ce sujet, et l'Allemagne en particulier défend férocement l'indépendance de l'institut monétaire.
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