© DRLCI.fr : Depuis quelques jours, l'inquiétude gagne les investisseurs. A l'origine de cette panique, la crise des subprimes. Mais au fait, un subprime, c'est quoi ?
Chicuong Dang, analyste chez Richelieu Finance: Le subprime, c'est un prêt hypothécaire à haut risque pour les ménages américains qui ont un passif bancaire. Les banques leur prêtent de l'argent à des taux très élevés (jusqu'à 10 à 12 %) et hypothèquent la maison qu'ils achètent.
LCI.fr : Pourquoi parle-t-on d'une crise des subprimes ?
C.D : En 2006, les prix du marché immobilier américain étaient élevés, et même surévalués. Quand ils ont commencé à diminuer, les propriétaires se sont retrouvés en possession de biens dont la valeur était moindre qu'au moment de l'achat. Dans le même temps, s'étant principalement endettés à taux variable, les emprunteurs ont vu le coût de leur crédit s'envoler. S'en est suivie une augmentation du risque de défaut pour les banques, c'est-à-dire, le risque de ne pas être remboursées. En février 2007, les subprimes ont commencé à inquiéter les investisseurs, les marchés financiers ont donc connu un premier repli.
LCI.fr : Comment se traduit cette crise de l'immobilier sur le marché boursier ?
C.D : Première conséquence : les acteurs boursiers ont perdu confiance. Certains secteurs sont plus exposés que d'autres, notamment le secteur des banques et des assurances, car ils sont directement impliqués dans le système des subprimes. D'ordinaire, les banques placent une partie de leurs encours, c'est-à-dire de l'argent qui leur est confié, dans des produits qui peuvent être adossés aux subprimes. Vu la crise, les banques ne trouvent plus d'investisseurs pour entrer dans ces fonds. Pour faire face, certaines interdisent même à ceux qui y sont d'en sortir, c'est-à-dire de réclamer le remboursement de leurs parts. Pour prendre un exemple français, BNP a suspendu temporairement la cotation de trois fonds. AXA en avait suspendu deux, mais l'entreprise les a remis sur le marché en s'engageant à rembourser les investisseurs le souhaitant. Tout cela entraîne la défiance des investisseurs et privent les banques d'argent.
LCI.fr : Les banques centrales injectent des liquidités, par milliards d'euros, sur le marché. En quoi, est-ce une autre conséquence de cette crise ?
C.D : Nous sommes actuellement dans une période d'assèchement de liquidités : il n'y a plus assez de monnaie. En temps normal, quand une banque a besoin d'argent, elle se tourne vers une de ses consœurs. Mais la crise des subprimes a également créé un climat de défiance entre les banques et les taux des prêts entre elles ont flambé. Du coup, ils ne reste plus aux banques emprunteuses qu'a se tourner vers les banques centrales, comme la Banque centrale européenne ou la Réserve fédérale, qui tentent ainsi de rééquilibrer le marché en injectant des milliards d'euros et, surtout, de contenir une crise de confiance sur le marché interbancaire.
LCI.fr : Depuis quelques années, c'est surtout l'activité des fonds d'investissements qui était le moteur, sinon le dopant, de la Bourse. La crise a-t-elle modifié cette donnée ?
C.D : Les fonds d'investissements, par leur rachat d'entreprises cotées, font un peu la pluie et le beau temps de la Bourse. Bien souvent, une simple rumeur d'achat suffit à déterminer une clôture à la hausse ou à la baisse. Comme tous les acteurs financiers, les fonds doivent s'endetter pour racheter des entreprises. Or depuis la crise des subprimes, les spreads de crédit (écart entre le taux d'intérêt au moment de l'emprunt et celui au moment de la vente) sont tels que les professionnels savent que les fonds ne se risqueront pas à s'endetter. Par conséquent, comme il y moins de rumeurs, il y a moins de spéculation en Bourse.
LCI.fr : Savez-vous combien de temps ce repli des marchés peut durer ?
C.D : Nous sommes incapables de déterminer l'ampleur et la fin de cette crise, c'est justement cela qui inquiète les investisseurs. Mais elle ne s'arrêtera pas comme cela : il faudrait davantage de transparence ou, du moins, une clarification des investissements dans les subprimes. En outre, pour juguler la baisse des marchés, les banques centrales devront rassurer les investisseurs, ce qu'elles tentent de faire en ce moment en réinjectant un montant record de liquidités.
| Petit mémo |
Subprimes = prêts hypothécaires pour les ménages américains |
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