Nicolas Sarkozy, le 30 août 2007 © TF1-LCIUn humoriste aurait-il davantage captivé et amusé l'auditoire de l'université d'été du Medef que le Président de la République cet après-midi à Jouy-en-Josas (voir la vidéo) ? Manifestement très à l'aise et très en verve, Nicolas Sarkozy était venu présenter le deuxième volet de son programme de réformes économiques.
Le premier, dit du "paquet fiscal", n'avait pas manqué de matière, défiscalisation des heures supplémentaires, des intérêts des prêts immobiliers, bouclier fiscal etc... Or, si l'on s'en tient aux annonces faites par le Président de la République ce jeudi, le deuxième volet risque d'être un peu vague. L'objectif, lui, ne l'est pas : gagner un point de croissance. Les moyens d'y parvenir n'ont cependant pas été détaillés. "Si la France a moins de croissance" qu'ailleurs, "c'est qu'elle travaille moins", a estimé le chef de l'Etat.
Un divorce à l'amiable
On attendait des annonces sur une réforme de la taxe professionnelle, des frais bancaires ou des conditions de concurrence en téléphonie mobile. Rien de tout cela. En revanche, Nicolas Sarkozy a réaffirmé sa volonté d'encourager l'ouverture des commerces le dimanche. Pas partout, car "le repos dominical est important", mais plus facilement.
Il a également donné satisfaction à son auditoire en évoquant la nécessité de permettre une séparation à l'amiable entre un salarié et son entreprise. "Dans les familles, il existe le divorce par consentement mutuel, pourquoi pas dans l'entreprise", a-t-il estimé. Des négociations sur ce thème doivent débuter vendredi 7 septembre entre les partenaires sociaux. Autre promesse de campagne réaffirmée ce jeudi : la création d'un "Small Business act" à la française afin de réserver une partie des commandes publiques aux PME françaises.
Nicolas Sarkozy a également promis d'aller plus loin sur la réforme des 35 heures, sur la réforme de la loi Galland dans le secteur de la distribution, l'allègement de la taxation du travail. "Il faut dire la vérité", "si on taxe trop le travail on délocalise et si on taxe trop le capital, il s'en va".
Besoin de temps pour réformer l'Etat
Sur le projet de fusion de Suez et de GDF, le président a voulu répondre aux appels du pied des patrons des deux sociétés énergétiques ces derniers jours : "J'ai proposé à Suez de fusionner avec GDF dans la branche énergie (...), cela suppose que Suez fasse le choix de se consacrer à l'énergie". En substance, Suez doit se séparer de sa branche environnement, ce que son PDG, Gérard Mestrallet, se refuse à faire depuis plusieurs mois.
Sur le plan de la réforme de l'Etat, outre la fusion de l'Unedic et de l'Anpe qui doit être décidée "avant la fin de l'année", Nicolas Sarkozy a annoncé la fusion de la direction générale des impôts et des services de la comptabilité nationale et un rapprochement de la DST (Direction de la surveillance du territoire) et des Renseignements généraux. Plus globalement, si le non remplacement d'un fonctionnaire sur deux n'a pas été réalisé cette année, le chef de l'Etat a demandé à son auditoire de lui laisser du temps. "J'ai été élu il n'y a que quatre mois et j'ai une majorité depuis seulement deux mois et demi". L'objectif de réduction des effectifs dans la Fonction publique sera, selon lui, la conséquence de la réforme de l'Etat et non l'inverse.
"Salaire, pas un gros mot"
Quant au pouvoir d'achat, Nicolas Sarkozy n'a pas été tendre avec les indicateurs de prix "qui ne veulent rien dire". "Dire que le passage à l'euro n'a pas fait augmenter les prix, c'est se moquer" des Français. Il a d'ailleurs enfoncé le clou sur l'inadéquation de la valeur de l'euro. La monnaie européenne est peut-être à son juste niveau, mais les autres monnaies ne le sont pas, a-t-il ironisé. "Si la BCE est indépendante, elle doit accepter le débat". "On a fait la deuxième monnaie du monde et on est les seuls à ne pas s'en servir". Même ironie vindicative à propos de la libre concurrence. "Qui joue le jeu" de la mondialisation ? "Serions-nous assez naïfs pour être les seuls à ne pas défendre nos intérêts ?" Le Président propose ansi une préférence communautaire. Il proposera par ailleurs une nouvelle politique agricole commune qui mettrait fin aux terres en jachère et qui permettrait une plus forte production afin de calmer les tensions sur les prix des matières premières.
Enfin, le Président de la République a demandé aux entrepreneurs de jouer eux aussi le jeu et d'accepter de parler des salaires : "le mot salaire n'est pas un gros mot". Les Français sont prêts à accepter les changements mais "sur les salaires et l'emploi, il faut que vous soyez exemplaires", a-t-il estimé.
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