© TF1-LCIAlors que le gouvernement présente mercredi le budget de l'Etat français pour 2008 qui prévoit un déficit public de 42 milliards d'euros, LCI.fr a demandé à deux économistes à quoi ressemblerait la France si elle n'était pas endettée. En 2006, la dette de l'Etat représentait 1150 milliards d'euros soit plus de 18 000 euros par habitant (voir l'infographie). Chaque année, l'Etat dépense 20% de plus que ses recettes et rembourse, au titre de l'intérêt de l'emprunt de la dette, environ 150 milliards d'euros soit le budget de l'Etat.
Que se passerait-il si les comptes étaient à l'équilibre ? Quelles seraient les marges de manœuvre du gouvernement, les implications pour les entreprises et pour les particuliers ?
1. L'Etat pourrait baisser les impôts et les cotisations pour les entreprises
"L'impôt sur le bénéfice des entreprises en France est supérieur à la moyenne européenne, ce qui est pénalisant pour la croissance", note Nicolas Bouzou, économiste à l'agence Astérès. Idem pour la taxe professionnelle : "cette taxe est perçue par les collectivités locales et, même si le gouvernement aimerait bien la réduire ou la supprimer, il n'a pas aujourd'hui les moyens de compenser ce montant auprès des collectivités", estime l'économiste.
2. L'Etat pourrait supprimer l'impôt sur le revenu
Le remboursement de la dette équivaut chaque année à un peu plus de 3% de PIB (produit intérieur brut). C'est à peu près le montant des recettes de l'impôt sur le revenu, indique Xavier Timbaud, responsable du département analyses et prévisions à l'OFCE.
3. La France pourrait procéder aux investissements dont elle a besoin
Toujours sur la base de 3% de PIB supplémentaire dans les caisses de l'Etat (cf ci-dessus), "l'Etat pourrait augmenter le budget de l'enseignement de 50%". "Ce serait surtout nécessaire pour l'enseignement supérieur qui est le parent pauvre de l'enseignement", juge Nicolas Bouzou. "L'argent versé au titre de la dette serait sans conteste plus utile s'il était attribué aux universités".
Les hôpitaux et les infrastructures routières pourraient également en bénéficier. Xavier Timbaud cite l'exemple de la Norvège qui, grâce à ses ressources pétrolières, n'a non seulement pas de dette mais est assise sur un pactole représentant 100% de son PIB. "Les impôts y sont particulièrement faibles, le taux de chômage aussi grâce à une redistribution sociale très forte", note l'économiste de l'OFCE.
4. La France pourrait davantage s'endetter
"Paradoxalement, si la France n'avait pas de dette, elle pourrait peut-être davantage emprunter", juge Xavier Timbaud. "Lorsque Tony Blair est arrivé au pouvoir, l'Angleterre était peu endettée. Il a donc emprunté pour davantage investir ce qui, à court et à moyen terme, a été favorable à l'économie et à l'emploi".
La France pourrait-elle emprunter à de meilleures conditions de marché si sa situation financière était assainie ? "Pas forcément", répond Nicolas Bouzou. "La France est aujourd'hui très bien notée par les agences de notation qui déterminent les conditions de marché. Les créanciers se bousculent car la France rembourse toujours ses emprunts".
Pour l'économiste, le véritable risque serait que, d'ici 10 à 15 ans si rien ne bouge, la situation financière se dégrade et que la notation soit moins bonne. "Les créanciers se feraient plus rares et imposeraient des taux d'intérêts plus élevés".
4. La France irait peut-être moins bien
Pour que la France ne soit pas du tout endettée aujourd'hui, deux hypothèses : l'Etat aurait beaucoup moins dépensé au cours des 25 dernières années (la dette n'était "que" de 73 milliards d'euros en 1978, ndlr) ou les recettes auraient été plus importantes. "Avec moins de dépenses, l'actif, c'est-à-dire les routes, les infrastructures, l'éducation ou la santé, serait moins bon", estime Xavier Timbaud.
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