Nicolas Sarkozy en Hongrie, le 14 septembre 2007 © TF1-LCILe torchon brûle entre Nicolas Sarkozy et Jean-Claude Trichet. Devant quelques journalistes, le chef de l'Etat s'est laissé aller vendredi, lors du trajet de retour de sa visite en Hongrie, à quelques confidences et points de vue... pas vraiment partagés. Aussitôt ses propos rapportés par Le Monde (daté de dimanche/lundi), les réactions ne se sont pas faites attendre. Car ce n'est pas la première fois que le chef de l'Etat s'en prend à la BCE. Cette fois, il s'agit du rôle de la BCE dans la récente crise financière.
S'il approuve l'intervention de la BCE pour ramener le calme sur les marchés financiers tendus par la crise des crédits immobiliers à risque ("subprime") aux Etats-Unis, il juge "curieux d'injecter des liquidités sans baisser les taux". "On a fait des facilités pour les spéculateurs, on complique la tâche pour les entrepreneurs", affirme-t-il.
Trichet rétorque, les réactions pleuvent
Autant dire que ces nouvelles critiques ne sont pas pour plaire au patron de la BCE, Jean-Claude Trichet, qui, dès samedi midi, s'est défendu, fort du soutien de l'Allemagne (très chatouilleuse dès que l'indépendance de l'institut monétaire lui paraît être remise en cause), de l'Autriche et de l'Espagne. Les ministres des Finances de ces trois pays, réunis à Porto, ont rappelé que la BCE était seule à même de décider du niveau des taux d'intérêt en zone euro. La BCE a "pris les initiatives adéquates face à la crise", "tout le monde sait que nous ne facilitons pas la spéculation", "nous protégeons nos citoyens, surtout les pauvres, en maintenant la stabilité des prix", a pour sa part lancé Jean-Claude Trichet, assurant que "la collaboration entre la BCE, les pays membres de l'Euro et la Commission était exemplaire".
Et puis Jean-Claude Trichet, également à Porto, a à son tour lancé une pique au président français, en s'étonnant qu'il critique l'institut monétaire après avoir salué sa décision récente de ne pas augmenter ses taux, "au point même de l'avoir attribuée à sa propre influence". Le 6 septembre, Nicolas Sarkozy s'était réjoui de la décision prise le même jour par la BCE de renoncer à une hausse des taux compte tenu des turbulences financières, en estimant que "porter les débats" sur l'euro avait permis de "progresser un petit peu". Une manière de signifier que les critiques françaises régulières à l'encontre de la banque centrale avaient fini par porter leurs fruits.
Face à l'élan de solidarité envers la BCE des ministres des Finances réunis à Porto, Christine Lagarde a dû slalomer entre son président et ses homologues. "Il n'y a pas de sujet tabou", a-t-elle assuré en expliquant que, depuis la décision de laisser les taux inchangés, la crise financière s'était aggravée. "Aujourd'hui, le président a parfaitement raison de soulever la question des taux d'intérêt, c'est une vraie question." Et la polémique gagne la France en interne. François Hollande a critiqué le fait que, pour Nicolas Sarkozy, ce n'est "jamais de sa faute", "toujours les autres" et François Bayrou a jugé "inquiétants" les propos du président, dénonçant une "ambiance d'affolement".
Sarkozy promet d'autres "coups de boutoir" à Juncker
Autre cheval de bataille du président français : la réduction du déficit français critiquée vendredi par l'Eurogroupe. Le forum des ministres des Finances de la zone euro, réuni vendredi à Porto, a en effet demandé à la France de ramener son budget à l'équilibre en 2010 et non en 2012, et son président, Jean-Claude Juncker, a estimé que la France devait accroître ses efforts pour réduire ses dépenses publiques. Christine Lagarde et François Fillon ont déjà répondu vendredi soir que la France ferait de son mieux, en visant 2010, voire 2012 si la conjoncture ne permet rien avant... (lire notre article) Mais Nicolas Sarkozy rétorque face à ce coup de semonces.
"Quelle initiative a-t-il prise ?" s'interroge-t-il à propos de Jean-Claude Juncker à qui il promet d'autres "coups de boutoir". Selon lui, ce n'est pas le président de l'Eurogroupe qui mène le débat mais bien la France et l'Allemagne : "sur le capitalisme financier, c'est Angela Merkel et moi qui menons le débat". Irrité, le président rappelle qu'il annoncera, le 18 septembre, "un certain nombre de réformes qui seront applaudies des deux mains par les Européens". "Je serai au rendez-vous", promet-il. Le président estime en outre avoir remis la France au coeur de l'Europe mais critique son immobilisme et sa frilosité à bouger, exhortant l'Europe à se "réveiller".
Sarkozy récidive sur la croissance
"Que la croissance soit à 1,9% ou 2,3%, au fond, cela ne change pas grand-chose car ce que je veux, c'est 3%". L'OCDE et la Commission européenne ont beau avoir révisé à la baisse les prévisions de croissance du PIB français pour 2007, respectivement à 1,8% et 1,9% au lieu de la fourchette de 2 à 2,5% retenue par les autorités françaises, Nicolas Sarkozy maintient son objectif de 3% de croissance pour la France. "De toutes façons, il faut faire les réformes pour gagner ce point de croissance", explique-t-il.
| Tests ADN : "De quoi avez-vous peur ?" |
Le Monde relate aussi les phrases de Nicolas Sarkozy pour défendre les tests génétiques qu'il est question d'intégrer dans la procédure de regroupement familial en France. "Il y a 12 pays en Europe qui ont le test ADN sur la base du volontariat. Quel est le problème ?", s'est-il interrogé. La commission des lois de l'Assemblée nationale a adopté mercredi le nouveau projet de loi sur l'immigration qui intègre une trentaine d'amendements durcissant le texte. La plupart ont été soumis par le député UMP du Vaucluse, Thierry Mariani, qui propose qu'une personne puisse "solliciter la comparaison de ses empreintes génétiques (...) avec celles des enfants mineurs pour lesquels il demande le regroupement familial". "C'est très positif quand le Parlement a des idées", affirme le chef de l'Etat. "On est dans une démocratie. De quoi avez-vous peur?" |
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