Christine Lagarde recevant les distributeurs de carburants le 10 novembre à Bercy © TF1Le casse-tête de Bercy, suite... Ayant peu de marge de manœuvre face à la flambée du pétrole et donc des carburants, Christine Lagarde en avait directement appelé la semaine dernière aux consommateurs, les incitant à se mettre au vélo (lire notre article) et à baisser leur chauffage (écouter). Autres acteurs du dossier : les producteurs et les distributeurs, que la ministre de l'Economie a réunis samedi matin. Parmi eux, Total bien sûr, mais aussi les représentants des filiales pétrolières des grandes surfaces, dont les plus gros vendeurs Leclerc et Carrefour (*).
Au sortir de cette table ronde, rien de révolutionnaire, d'autant que le gouvernement refuse de toucher à la TIPP qui lui rapporte tant et ne veut pas contredire ses promesses de réduction d'émissions de CO2, mais quelques annonces tout de même :
- Les distributeurs se sont engagés à "maintenir" leurs promesses de modérer les prix en "lissant" sur plusieurs semaines les hausses à la pompe et, à l'inverse, à répercuter "immédiatement" les éventuelles baisses du prix du brut. Cette promesse avait été faite en 2005, et maintenue en 2006, par les distributeurs. Tous les opérateurs ont promis de ne pas profiter de la hausse du pétrole brut pour gonfler leurs marges, a assuré de son côté Christine Lagarde, tandis que Total se défendait : "on parle beaucoup de nos résultats, nous avons besoin de cet argent pour investir".
- Christine Lagarde a en outre annoncé le doublement de la "prime à la cuve" dont bénéficient les ménages les plus modestes qui se chauffent au fioul. En 2006, quelque 475.000 ménages ont perçu cette prime de 75 euros, qui sera donc portée prochainement à 150 euros selon des modalités qui restent à préciser, a indiqué la ministre.
- Dernier volet évoqué : Christine Lagarde a indiqué qu'elle allait dès la semaine prochaine profiter de sommets avec ses partenaires de l'UE et du G20 pour demander aux pays producteurs d'augmenter leurs "facultés d'exploitation, d'exploration et de raffinage", face à une demande "qui va rester extrêmement forte" alors que "l'offre est tendue". Décryptage du directeur général de Total : "pour faire baisser les prix à la pompe, il faut faire baisser le prix du baril et ce n'est pas ici que ça va se passer (...) Il faut produire plus".
- Christine Lagarde a une nouvelle fois rappelé l'existence du site comparateur des prix à la pompe. A noter qu'il en existe d'autres, parfois plus complets (lire notre article).
Changer de comportement
Il ne s'agit que de "déclarations de bonne volonté", a aussitôt déploré l'association de consommateurs UFC-Que Choisir, non conviée à la réunion et partisane d'une taxe sur les profits des groupes pétroliers pour financer des transports alternatifs à l'automobile. Une "gesticulation médiatique", estime de son côté le PS.
C'est la troisième année consécutive que le gouvernement réunissait les distributeurs de carburants, alors qu'on attend d'un moment à l'autre un or noir à 100 dollars, et que les prix du gazole et du fioul domestique atteignaient en début de semaine des sommets à 1,17 euro pour le litre de gazole et 0,73 euro pour le fioul domestique. Le super sans plomb 95 frôlait 1,32 euro, non loin de son record de 2006 à 1,34 euro. Le gouvernement a promis mercredi aux marins pêcheurs un mécanisme de compensation.
Le Premier ministre François Fillon avait rejeté mercredi toute mesure "qui viserait à baisser artificiellement le prix de l'essence ou du gasoil", jugeant l'augmentation des prix du pétrole "inexorable". L'Agence internationale de l'énergie est même opposée à toute subvention aux carburants, afin d'inciter les consommateurs à changer de comportement et à réduire leur dépendance au pétrole.
| Une "gesticulation médiatique", selon le PS |
Le Parti socialiste a qualifié samedi de "gesticulation médiatique" la table-ronde sur les carburants organisée samedi matin à Bercy. "Rien n'est fait sur la TIPP (taxe intérieure sur les produits pétroliers) flottante, rien n'est annoncé sur les chèques transport", a déclaré Stéphane Le Foll, bras droit du premier secrétaire du PS, François Hollande. "Rien non plus n'est engagé sur une fiscalité exceptionnelle sur les profits exceptionnels des compagnies pétrolières, qui permettrait pourtant de financer à la fois des investissements dans les transports collectifs et des aides aux secteurs en difficulté", a-t-il ajouté, ironisant sur le fait que "personne n'est venu à cette réunion à vélo". |
(*) Les supermarchés représentent 57% des volumes des ventes de carburants, contre 43% pour les pétroliers et les indépendants.
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