
La ministre de l'Economie, Christine Lagarde, parle d'un "avis équilibré". Idem pour le ministre du Budget, Eric Woerth. Tous deux peuvent s'estimer satisfaits : les ministres des Finances de la zone euro ont un peu réduit la pression sur la France à propos de ses déficits, réitérant, certes, leur appel à un retour à l'équilibre de ses comptes publics d'ici 2010... mais à condition que la conjoncture ne se dégrade pas trop. La recommandation, préparée lundi soir par l'Eurogroupe, a été entérinée par les Vingt-Sept, qui ont rappelé que l'objectif à moyen terme fixé en avril 2007 à Berlin par tous les membres de la zone euro restait la référence, alors que la France privilégie l'échéance 2012.
L'équilibre en 2010 ou en 2012 : c'est la pomme de discorde entre l'Europe et la France. L'objectif de l'équilibre en 2010 avait été pris avant que Nicolas Sarkozy ne succède à Jacques Chirac comme président de la République. Or peu après son élection, Nicolas Sarkozy avait remis en cause cet engagement, en juillet, soulignant que son pays se réservait la possibilité de ne remplir l'objectif qu'en 2012. Ce qui a suscité depuis l'irritation de ses partenaires européens, particulièrement de l'Allemagne, déjà revenue à l'équilibre, et de la Commission européenne.
Les failles du scénario français
Au final, la mention d'un retour à l'équilibre en 2010 "si les conditions cycliques le permettent", autrement dit si la croissance ne ralentit pas trop, peut offrir une porte de sortie à la France, au moment où la croissance ralentit en Europe et dans le monde, notamment aux Etats-Unis. Paris argue précisément de cette détérioration pour demander plus de temps à ses partenaires, une politique de rigueur excessive risquant à ses yeux d'aggraver la situation.
Mais la France reste dans le collimateur de ses partenaires. La croissance française, ont-ils dit, est retombée sous la moyenne de la zone en raison "de problèmes structurels et d'une détérioration liée de la compétitivité", tandis que le chômage reste élevé et que le nombre d'heures travaillées est faible. Même le scénario prévu par la France pour le retour à l'équilibre en 2012 - une croissance de 2% en 2007, de 2 à 2,5% en 2008 et de 2,5% pour le reste de la période - est jugé "favorable" (autrement dit, peut-être un peu trop optimiste) et il n'est pas sûr que cette échéance soit tenue. En outre, ce scénario se base sur la mise en oeuvre de réformes impopulaires, comme celle prévues par le rapport de Jacques Attali, ce qui fait planer des incertitudes.
"Nous avons exprimé l'avis unanimement partagé que la France doit renforcer sa consolidation budgétaire et réduire le niveau de ses dettes" de façon "à pouvoir assurer une marge manoeuvre suffisante" par rapport à la limite de déficit public autorisé dans l'UE chaque année, à savoir 3% du Produit intérieur brut, a souligné lundi soir le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, qui préside l'Eurogroupe. Il a également mis en garde : "Le moment venu, il nous appartiendra d'évaluer, si jamais la France n'était pas au rendez-vous (de 2010) si les conditions cycliques permettaient ou non à la France d'y être".
D'après agences
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