Bear Stearns, le déclin d'une star de Wall Street

le 15 mars 2008 à 09h54 , mis à jour le 15 mars 2008 à 15h08

Il reste quatre semaines pour redresser la Bear Stearns, vénérable banque de New York. L'hypothèse d'une chute a déjà fait des vagues à Wall Street.

Le siège de la banque Bear StearnsLe siège de la banque Bear Stearns © TF1/LCI

Le spectre du coffre vide se profilait. Mercredi encore, le directeur général de la banque Bear Stearns, Alan Schwartz, avait laissé espérer que son établissement serait bénéficiaire au premier trimestre, en dépit de la prolongation de la crise sur les marchés financiers mondiaux. Il avait alors à nouveau démenti les rumeurs sur de possibles problèmes de liquidités qui avaient fait dévisser le cours de l'action Bear Stearns lundi. "Notre bilan ne s'est pas affaibli", avait-il assuré, précisant que la banque disposait de 17 milliards de cash, soit à peu près autant qu'à la fin février. Mais vendredi, changement de discours : ce même  Alan Schwartz devait reconnaître que la position de liquidité de son établissement s'était "détériorée significativement" au cours des 24 dernières heures. Et la vénérable institution, pour éviter le naufrage, a ainsi dû lancer un SOS à la banque fédérale américaine. Laquelle, fait rarissime, lui a accordé un financement d'urgence.

Lors d'une réunion convoquée à la hâte vendredi matin, le conseil des gouverneurs de la banque centrale américaine a décider de fournir un financement d'urgence à 28 jours à Bear Stearns. L'établissement ne pouvant emprunter directement au guichet d'escompte de la Fed parce qu'il n'est pas une banque de dépôt, c'est la banque JP Morgan (laquelle, en tant qu'acteur important sur les marchés de la dette et des produits dérivés, aurait beaucoup à perdre si Bear Stearns ne pouvait honorer ses obligations) qui empruntera à la Fed pour son compte.

L'action Bear Stearns en chute libre

Le montant définitif de l'effort consenti n'est pas connu. Tout dépendra de la capacité de la banque d'affaires à pouvoir offrir des garanties pour ses emprunts, dit-on à la Fed. En attendant, Bear Stearns et JP Morgan entendent mettre à profit ces quatre semaines pour mettre au point un financement permanent ou trouver "d'autres alternatives" (en clair : un rachat) pour la banque d'affaires américaine. Selon la chaîne d'information financière CNBC, un rachat de Bear Stearns a été proposé à plusieurs investisseurs, dont JP Morgan Chase.

L'action Bear Stearns a fini vendredi en repli de près de 46% à 30,85 dollars à la Bourse de New York, entraînant dans son sillage les autres grandes banques et les sociétés financières. Cette chute retentit d'autant plus douloureusement à Wall Street que la  Bear Stearns avait jusqu'à l'an dernier une réputation de gestionnaire avisé. Ancienne et, en apparence, solide, elle date de 1923, quand Joseph Bear et Robert Stearns avaient fondé une société de courtage à New York, siège de la banque. Bear Stearns emploie aujourd'hui 1400 personnes, à New York, mais aussi à Pékin, Londres, Sao Paulo, San Francisco, Singapour et Tokyo. Pourtant, la Bear Stearns est la plus petite des cinq principales banques d'investissement de Wall Street, derrière Goldman Sachs, Morgan Stanley, Merrill Lynch et Lehman Brothers. Sa capitalisation boursière, qui a fortement baissé l'an dernier, est d'environ 4,5 milliards de dollars.

Les lames de fond de la crise des "subprimes"

Surtout - élément qui explique la nervosité des marchés sur la situation de Bear Stearns - cette banque avait donné le coup d'envoi officiel à la crise des "subprimes" (crédits hypothécaires à risques), en annonçant en juin que deux de ses fonds d'investissements devraient faire l'objet d'une recapitalisation, pour 1,6 milliard de dollars. Si depuis la banque avait semblé limiter les dégâts, elle restait particulièrement exposée à la crise des crédits hypothécaires. Contrairement à nombre de ses rivales, elle était néanmoins parvenue à rester bénéficiaire en 2007, même si ses profits avaient chuté de 89%, à 233 millions de dollars. Mais son quatrième trimestre 2007 avait été catastrophique, la banque faisant état de la première perte trimestrielle de son histoire, à 854 millions de dollars, avec des dépréciations d'actifs de 1,9 milliard de dollars liées à son activité de crédit hypothécaire. Alors même qu'un an plus tôt, elle réalisait un bénéfice de 563 millions de dollars.

Le mois dernier, le président de la Fed Ben Bernanke avait estimé que l'intensification de la crise pourrait pousser quelques petites banques régionales à la faillite. Il avait pourtant exclu qu'une grande banque de Wall Street puisse connaître un sort similaire.

D'après agences

le 15 mars 2008 à 09:54
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