Nicolas Sarkozy le 24 avril 2008 © TF1-LCI"Prime au gaz", "Prime au fuel", le président de la République s'est emmêlé les pinceaux hier lorsque la journaliste Véronique Augier l'a questionné sur les prix de l'énergie. S'agissant du gaz qui flambe, Nicolas Sarkozy a promis de se pencher sur le prix "service public" de Gaz de France. Mais à quoi correspond ce prix? LCI.fr passe au crible les déclarations du président sur ce thème.
Le lapsus
"La prime au gaz, il y a 695.000 personnes qui l'ont touchée, ça représente grosso modo 10% d'une facture pour celui qui aurait une cuve de 2000 litres", a expliqué le président de la République avant de corriger son lapsus devant l'insistance de la journaliste. Il s'agissait en effet de la "prime au fuel". Cette "prime à la cuve" exceptionnelle de 75 euros a bien été doublée par le gouvernement : Christine Lagarde l'a fait passer à 150 euros cet hiver. A 0,82 euros TTC le litre de fuel, selon les chiffres de Bercy, le calcul présidentiel est en revanche exact, grosso modo.
Les "prix minimum service public", c'est quoi ?
C'est sur le prix du gaz qu'un décryptage est le plus nécessaire. Interrogé sur une mesure pour les plus modestes face à sa flambée, voilà ce qu'a répondu Nicolas Sarkozy : "C'est prévu. Il y a bien entendu un tarif minimum service public de Gaz de France que nous allons confirmer et je vais même voir comment on peut l'augmenter".
Qu'a voulu dire le président de la république par ce "tarif minimum service public"? Interrogé par LCI.fr, Gaz de France avoue ne pas connaître cette dénomination mais a pu nous fournir une explication : "Le président faisait sans doute référence au tarif social du gaz qui a été voté en juillet 2007 au moment de l'ouverture du marché. Faute de décret d'application, il n'est pas encore appliqué".
Déjà en vigueur pour l'électricité, une telle formule permet aux ménages les plus modestes de bénéficier d'une réduction sur leur abonnement et leur consommation. Ce modèle doit donc être transposé pour le gaz. "Il y a en effet des réunions avec les pouvoirs publics", explique encore Gaz de France confirmant les propos du président, "Nous devons savoir comment cela va se passer en France. Qui va en informer les gens? A qui cela va s'appliquer? Ce n'est pas à nous de le dire".
Sans oublier la question qui fâche : qui va payer? Gaz de France et ses concurrents, ou l'Etat ? D'autant qu'en annonçant qu'il allait "voir comment on peut l'augmenter" avant même sa création, Nicolas Sarkozy laisse espérer un tarif social généreux, lorsqu'il existera. "Compte tenu de la situation des déficits, on ne peut pas subventionner tout le monde", a pourtant prévenu le président de la République rappelant au passage que "soit c'est le contribuable qui paye, soit c'est l'usager".
Prix régulés : une hausse juste ou injuste?
Les consommateurs qui ne verront pas leur consommation subventionnée continueront à payer le prix "régulé" du gaz, précisément celui qui augmente avec l'accord de l'Etat. Après l'intervention de Nicolas Sarkozy, Eric Revel expliquait sur LCI que cette augmentation pouvait se justifier par la préparation de la fusion entre Suez et Gaz de France. Selon lui, en "protégeant" le chiffre d'affaires de Gaz de France et donc sa valeur, Nicolas Sarkozy défend l'intérêt de l'Etat dans ce rapprochement en ne diluant pas sa part du futur ensemble, et donc celui des contribuables français. Le chef de l'Etat n'a pourtant pas utilisé cet argument, peut-être trop technique.
Pour le directeur adjoint des études à l'UFC-Que Choisir, il est difficile de savoir si les récentes augmentations sont "justifiées ou non". "Gaz de France dit perdre beaucoup d'argent sur les tarifs régulés", explique François Carlier à LCI.fr, "mais il y a une opacité sur le calcul des prix, il n'est pas public". L'association de consommateurs réclame donc avant tout "plus de transparence".
Gaz de France se défend de son côté en expliquant à LCI.fr que ce calcul est confidentiel car "'il contient des informations sensibles". En clair, l'entreprise ne tient pas à ce que ses concurrents sachent combien elle paye son gaz. Gaz de France rappelle à ce sujet que la Commission de régulation de l'énergie (CRE), surveille la fixation des prix, dans l'intérêt des consommateurs français.
S'agissant des prix eux-mêmes, l'UFC-Que Choisir note que c'est en milieu rural que la hausse des produits pétroliers fait le plus mal. "Pour le gaz, la hausse frappe le plus cruellement les ménages modestes". L'association de consommateur reconnaît qu'une baisse des taxes coûterait très cher à l'Etat mais estime qu'une "première mesure" serait de "pérenniser la prime à la cuve" actuellement exceptionnelle et demande que les tarifs sociaux à venir pour le gaz "s'appliquent au plus grand nombre de personne possible". Au risque d'accroître les déficits?
L'indexation
Nicolas Sarkozy l'a rappelé deux fois, à juste titre, pour expliquer leur flambée : "Les prix du gaz sont indexés sur le baril de pétrole". Ironie du sort, cette indexation historique était censée prémunir l'usager d'une hausse. "Cette indexation protège en principe les consommateurs contre toute augmentation arbitraire du prix du gaz par les pays producteurs", explique ainsi dans une note, Vincent Beuret, spécialiste de ce marché. "Les clients captifs - c'est-à-dire ceux qui ne consomment que du gaz et ne peuvent changer de fournisseur - risquent donc moins de devoir supporter des coûts de combustible disproportionnés". Mais quand le prix du pétrole flambe, l'effet obtenu est inverse....
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