© TF1-LCIC'est un "mémo" de neuf pages du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) qui en dit plus que beaucoup de longs rapports. Révélée ce week-end par Le Monde, cette note interne de l'Onu se montre particulièrement alarmiste sur l'évolution de la problématique de l'alimentation au niveau mondial. Face à une crise qui s'aggrave dans les pays en développement et à des émeutes qui pourraient bientôt toucher l'Asie, ce texte pointe les effets de la hausse des prix alimentaires, qui pourrait être non pas passagère mais "structurelle", et plonger durablement dans l'"insécurité alimentaire" des millions de personnes. Cette note prône des "plans d'urgence spécifiques pour répondre aux besoins des populations urbaines", peu concernées par ce problème jusqu'alors, et souligne : "Une des inquiétudes majeures est la possibilité que l'ensemble du système d'aide alimentaire d'urgence soit incapable de faire face".
Le problème est posé. Tout aussi alarmiste, le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn, a déjà lancé un cri d'alarme : la famine menace des centaines de milliers de personnes. Et face à des besoins qui s'accroissent, les organisations internationales d'aide humanitaire sont de plus en plus démunies, puisqu'elles pâtissent elles aussi de la flambée des prix des denrées énergétiques et alimentaires, qui ponctionnent d'une double manière leur budget : en augmentant mécaniquement les dépenses, et en diminuant les dons en nature.
Des changements radicaux en perspective au PAM
En première ligne de cette crise qui se profile dans l'aide alimentaire d'urgence : le "grenier des Nations unies", le Programme alimentaire mondial (PAM), présent dans 78 pays où il nourrit 73 millions de personnes. "Nous distribuons quatre millions de tonnes de vivres par an, l'augmentation de 55% du coût des produits alimentaires depuis juin 2007 a donc un impact énorme sur nos opérations", explique Christiane Berthiaume, porte-parole du PAM à Genève. A ce problème de prix s'ajoutent des difficultés inédites : "il est devenu très difficile de trouver la nourriture", commente Nicole Ménage, chef du service des achats alimentaires du PAM à Rome. "Beaucoup de pays ont mis en place des mesures limitant leurs exportations d'aliments, en Asie, en Afrique et en Amérique latine". Fin mars, l'organisation a lancé un appel pour obtenir 500 millions de dollars (325 millions euros) supplémentaires afin de couvrir le surcroît de ses dépenses.
Pour les experts, la hausse des prix alimentaires va inciter le PAM à modifier plus profondément son fonctionnement et l'origine de ses achats. Sur les quatre millions de tonnes de nourriture qu'il distribue par année, le PAM se procure deux millions de tonnes sur les marchés proches de ses opérations, deux autres millions étant fournis par les pays donateurs. Les Etats-Unis offrent ainsi la grande majorité de leur aide en nature, ce qui leur permet d'écouler leurs excédents alimentaires et parallèlement de maintenir les subventions à leurs agriculteurs, relèvent des analystes comme Mickey Chopra, directeur de l'unité de recherche des systèmes de santé au Medical research Council du Cap (Afrique du sud). De même, l'aide financière offerte au PAM par le Japon ou le Canada est accompagnée d'une exigence : l'argent doit servir à acquérir, auprès des agriculteurs japonais ou canadiens, les produits dont l'organisation a besoin.
Or, "les excédents agricoles que les Etats-Unis donnent au PAM ont contribué dans un premier temps à une baisse des prix des produits alimentaires en Afrique, et donc à un désinvestissement dans le secteur agricole de ces pays", une des causes de l'actuelle pénurie, note Mickey Chopra. Pour ce scientifique, "le PAM devra à terme investir davantage dans la production alimentaire locale en Afrique et développer l'assistance technique".
La Banque Mondiale débloque 10 millions de dollars pour Haïti |
La Banque mondiale a annoncé dimanche qu'elle allait octroyer une aide de 10 millions de dollars à la République d'Haïti pour aider le gouvernement à répondre à la crise alimentaire, qui a généré de violentes émeutes ces derniers jours. "En Haïti, le prix du riz, du maïs, des haricots, de l'huile de cuisson et d'autres denrées alimentaires de base ont augmenté significativement ces derniers mois", précise un communiqué. "Avec cette nouvelle aide de 10 millions de dollars, la Banque mondiale va soutenir les efforts du gouvernement pour augmenter rapidement les programmes de minimas sociaux, y compris les repas dans les écoles, tout en poursuivant des mesures de long terme pour créer des emplois", a commenté Yvonne Tsikata, directrice de la région Caraïbes à la Banque Mondiale. |
D'après agence
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