Les économistes prévoient des lendemains qui déchantent

Par O. L., le 15 mai 2008 à 16h04 , mis à jour le 15 mai 2008 à 16h45

Analyse - Les analystes saluent les bons scores de la croissance française annoncés jeudi mais restent pessimistes pour l'année en cours.

Les hausses de prix à la loupeLes hausses de prix à la loupe © Illustration LCI.fr / R. Bousquet

Les bons chiffres de la croissance annoncés ce matin ont surpris, y compris les économistes. Voici les réactions de Nicolas Bouzou (Asterès), Marc Touati (Global Equities), et  Alexander Law (Xerfi). Malgré l'annonce par l'Insee jeudi d'une croissance du PIB de la France de 0,6% au premier trimestre 2008 et de 2,1% sur l'ensemble de 2007, ils restent globalement pessimistes pour l'économie française.

 
Nicolas Bouzou : "Un changement de moteur"

C'est clairement un bon chiffre. Ce chiffre constitue également un signal encourageant de par sa  composition. Déjà, la contribution des stocks est nulle. La croissance n'a donc pas été tirée par un effet technique et temporaire de restockage. Mais le phénomène le plus notable tient au changement de moteur de l'activité. En effet, ces dernières années, l'économie française s'était reposée sur le couple consommation/investissement/logement, alors que la contribution des entreprises (investissement/exportations) avait eu tendance à tirer la croissance vers le bas. La configuration est désormais inverse.
 
Deux commentaires pour nuancer toutefois. Le premier est lié aux effets de la politique économique menée depuis mai dernier. Disons le clairement: ils sont difficilement visibles. La défiscalisation des heures supplémentaires n'a pas empêché la consommation des ménages de freiner fortement. Même chose pour la trentaine de mesures prises en faveur du pouvoir d'achat mises régulièrement en avant pour le gouvernement. La seule chose véritablement visible, c'est le creusement du déficit public. Autrement dit, le gouvernement se réjouit de bons chiffres dont pas grand-chose de tangible ne montre qu'ils puissent être mis à son crédit. Deuxième commentaire: il est clair que les données mensuelles dont nous disposons sur l'industrie, le commerce extérieur et les achats des ménages suggèrent que la croissance du PIB sera faible au deuxième timestre.

Marc Touati : "Ça ne va pas durer"

L'embellie du premier trimestre ne va pas durer. Même si la première estimation de la croissance du premier trimestre est supérieure aux attentes, la tendance au ralentissement de la croissance française n'est pas remise en cause.  La croissance hexagonale se dirige doucement mais sûrement vers la barre des 1,5% qu'elle devrait d'ailleurs rapidement enfoncer. Et le plus dur reste à venir. En effet, jusqu'à présent, l'économie française a pu bénéficier d'une bonne résistance de l'investissement des entreprises  et de la consommation. Mais des résultats beaucoup moins favorables devraient être enregistrés dans les prochains trimestres. C'est du moins ce qu'indiquent les dernières enquêtes de l'INSEE auprès des ménages, mais aussi des chefs d'entreprise tant dans l'industrie que dans les services. Dans ce cadre, une croissance de plus en plus proche de zéro devrait être observée au cours des trois derniers trimestres 2008. Cela signifie qu'en dépit d'un premier trimestre correct, la croissance du PIB devrait avoisiner les 1,4% en moyenne sur l'année 2008.

Alexander Law : "Un miroir déformant"

Voilà un chiffre bien flatteur pour l'économie française. La croissance économique est ressortie à 0,6% au premier trimestre, ce qui correspond à un glissement annuel de 2,2%. Le tout avec une contribution nulle des stocks.   Mieux encore, en rythme annualisé, la hausse du PIB ressort à 2,6%, loin, très loin devant le 0,6% enregistré aux Etats-Unis ou le 1,2% espagnol. De plus, la croissance 2007 a été revue à la hausse à 2,1% (le chiffre grimpe même de 0,1 point si l'on fait abstraction de la correction des jours ouvrables). Il n'en faudrait pas plus pour en conclure que l'économie de la France est sacrément résistante et immunisée contre la crise. Hélas, loin de nous rassurer complètement, les comptes du premier trimestre servent plutôt de miroir déformant de la réalité économique française. Les ménages, qui sont pourtant traditionnellement le moteur le plus robuste de notre croissance sont en train de lâcher prise. La dégradation à la vitesse grand V de leur moral, le moindre recours au crédit à la consommation, le pic d'inflation, la perte de vitesse du marché du travail: tous les éléments sont réunis pour freiner la consommation cette année.

Par O. L. le 15 mai 2008 à 16:04
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12 Commentaires

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  • MC Farace, le 15/05/2008 à 22h24

    Depuis le temps ( des décennies) que je suis de près les commentaires des économistes, je n'ai appris qqu'une seule chose : ils se trompent presque toujours dans leurs prévisions. Voyons donc l'analyse, et let's hope for the best......

  • Freddy, le 15/05/2008 à 19h34

    Comment arriver a avoir une consommation en hausse actuellement ? je pense qu'avec l'inflation ,l'immobilier toujours aussi cher,les banques frileuses ,la hausse du cout de l'énergie , et l'éternelle stagnation des salaires en France il est normal que les ménages lâchent prise !et le gouvernement ne pourra rien y faire !c'est vraiment dur de garder le moral ! allez je retourne bosser pour l'état (je commencerai pour moi qu'au mois d'aout avec tous les prélèvements actuels !!!)

  • Cedric, le 15/05/2008 à 18h53

    Il vous faut quoi pour etre obtimistes... quand la croissance est basse ca va pas.. et quand on elle est bonne, ce n'est qu'une illusion. Ce genre d'article ne devrait meme pas exister. Le moral en baisse est du a une manipulation constante mediatique!

  • Claude, le 15/05/2008 à 18h50

    Les mauvais résultats puis les mauvaises prévisions publiées intentionnellement par l'INSEE ont participé à la démoralisation des ménages. Les deux correctifs (qui font suite aux correctifs sur les chiffres de l'emploi pendant la campagne électorale) devraient remonter le moral des français pour relancer la consommation des ménage (voir les bons résultats de l'automobile). Cependant, les commentaires exagérément pessimistes que vous publiez n'auront pour effet que de limiter ce retour de la confiance. Messieurs les analystes vous vous êtes trompés sur la durée des effets européens de la crise immobilière aux Etats-Unis. Qu'avez vous à gagner en vous "trompant" sur la résistance de la France ? La France a tout à perdre si cette campagne de démoralisation ne cesse pas rapidement.

  • Eldorado, le 15/05/2008 à 18h38

    On avait une bonne nouvelle mais les Cassandres s'empressent de réagir. Le ridicule ne tue vraiment pas!!! Qu'auriez vous dit si la croissance avait baissée. Et si N.S. réussissait.!?

  • Dom, le 15/05/2008 à 18h18

    J'espere que Christine Lagarde prendra soin de lire cet article au lieu de se gargariser avec ces 0.6% de croissance du premier trimestre!

  • GILBERT, le 15/05/2008 à 17h49

    Voilà trois cassandre qui sortent du chapeau. Lorsque l'on regarde avec un certain recul les pronostics de nos économistes (notamment en bourse) on s'aperçoit que c'est comme la météo à trois jours. Mieux vaut attendre de voir le temps qu'il va faire. Heureusement notre belle Evelyne n'en a cure et oubli ce qu'elle a dit deux jours avant voire la veille. Il est fort probable que pour prédire l'avenir ces messieurs se réfèrent au passé sans tenir compte des évolutions dans le monde qui change la donne. Il serait intéressant de garder ces trois avis et de voir ce qu'il en est début 2009. Mais s'ils se sont trompés je suis persuadé qu'ils trouveront toutes les bonnes raisons pour prouver qu'ils avaient raison mais que...

  • Jean-Paul, le 15/05/2008 à 17h48

    S'ils ont été surpris par la croissance, ils vont peut-être être aussi surpris par les bons résultats plus tard ! Ils ne détiennent pas la science infuse !

  • Mayer, le 15/05/2008 à 17h38

    Touati n'a pas fait un seul bon pronostic depuis le mois de mai 2007,non seulement cela mais tous les prévisions qu'il a formulé sur votre antenne se sont avérées fausses. Quand changerez vous d'expert en économie, cela devient urgent

  • Ocazek, le 15/05/2008 à 17h09

    Ras le bol de la sinistrose et de ces tristes sires (de gauche ???) qui plombent, par leurs discours permanent, le moral des français. Mais que feraient-ils s'ils étaient au pouvoir ces braves gens ? Il est sans doute beaucoup plus facile de disserter depuis son bureau et devant son écran d'ordinateur que d'être sur le terrain et d'essayer de faire bouger les choses , comme tente de le faire le Gouvernement en place. Merci de me publier pour une fois.

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