© LCISi la croissance a tenu mieux que prévu en ce début d'année, elle est en train de perdre son principal moteur. Les dépenses de consommation des ménages français en produits manufacturés ont reculé de 0,8% au mois d'avril, après avoir baissé de 1,0% en mars, a annoncé l'Insee vendredi.
Sur un an, la consommation des produits manufacturés, qui représente environ un quart de la consommation des ménages mais représente un bon indicateur de la tendance générale, progresse de 0,4%, selon l'Institut national de la statistique. Par rapport à mars, la consommation des ménages a cédé du terrain dans la plupart des secteurs, à l'exception des équipements du logement, qui ont progressé de 1,6% après être restés stables le mois dernier.
"Les prix augmentent plus rapidement que les salaires"
Les économistes s'en inquiètent. Pour Nicolas Bouzou (Asterès), "ce n'est plus une alerte, c'est un changement d'orientation : la consommation des ménages lâche". "Ce sont bien les tensions inflationnistes qui expliquent le recul de la consommation. Les prix augmentent en effet désormais plus rapidement que les salaires de base, ce qui signifie que le pouvoir d'achat des salariés n'augmente plus", poursuit-il.
"Ce chiffre est faible et rappelle, au passage, que l'Elysée et le gouvernement ont été mal inspirés lorsqu'ils ont, la semaine dernière, incité les économistes à retravailler leurs modèles de prévisions. Les chiffres confirment en particulier que la politique de soutien à la demande mise en oeuvre pendant la première année du quinquennat (une trentaine de mesures en faveur du pouvoir d'achat) n'a eu aucune prise sur la consommation (sur le déficit public, en revanche, oui)", constate encore Nicolas Bouzou
"L'heure du retour à la triste réalité"
Marc Touati (Global Equities) est sur la même ligne : "La jubilation de Madame Lagarde à la suite de la publication de la croissance mystérieuse du premier trimestre dans l'Hexagone n'aura donc pas fait long feu. Déjà, il y a tout juste une semaine, la faible augmentation de l'emploi au premier trimestre a refroidi les ardeurs. Mais aujourd'hui, avec l'annonce d'un deuxième mois consécutif de baisse de la consommation des ménages en produits manufacturés, c'est vraiment l'heure du retour à la triste réalité".
Alexander Law (Xerfi), pointe "une nouvelle alerte très sérieuse pour la croissance française". "Comme par ailleurs le moral des ménages a poursuivi sa spirale infernale ces derniers mois, il est plus que probable que l'économie française doive se passer pour quelques temps encore du soutien des ménages. C'est un handicap très lourd, car l'industrie n'a pas les reins assez solides pour porter la croissance à bouts de bras".
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