Nicolas Sarkozy devant le Parlement européen, le 10 juillet 2008 © TF1/LCIIl est grand temps de s'entendre. A trois jours d'un mini-sommet crucial de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) à Genève, les pays de l'UE, divisés sur les concessions à faire en matière agricole, tentent ce vendredi de trouver un accord, in extremis. La réunion des ministres de l'union doit faire émerger une ligne à suivre dans les négociations avec les autres principales puissances commerciales du reste de la planète.
En substance, l'Europe attend, en échange des réductions de subventions et droits de douane agricoles, que les grands pays émergents comme le Brésil, l'Inde ou la Chine ouvrent davantage leurs marchés aux produits industriels et aux services. Problème de taille : même au sein de l'UE, chacun arrive avec ses intérêts particuliers et les positions sont souvent bien tranchées.
L'héritage du "non"
Les Irlandais, très attachés aux questions agricoles, défendront ainsi une "position forte" sur ce sujet, a prévenu le ministre irlandais des Affaires européennes. Parmi les raisons qui ont conduit les Irlandais à voter "non" au référendum sur le traité de Lisbonne, figure la crainte des agriculteurs irlandais qu'un accord à l'OMC ne menace l'élevage bovin et la production laitière du pays. Et pour convaincre l'Irlande de revenir sur son "non", l'Europe doit faire en sorte qu'elle ne soit pas trop perdante.
L'agriculture est pourtant secondaire pour d'autres. Le secrétaire d'Etat allemand chargé du Commerce, a précisé dès son arrivée que l'Allemagne "veut défendre ses intérêts" industriels. La secrétaire d'Etat française au Commerce extérieur, a estimé pour sa part que l'Europe ne pourrait pas aller plus loin dans les compromis en matière agricole dans les négociations à l'OMC, réclamant en contrepartie des "signes" des pays émergents. Anne-Marie Idrac s'inscrit dans la droite ligne des propos de Nicolas Sarkozy qui s'écharpe depuis quelques semaines avec le commissaire européen au Commerce Peter Mandelson, l'homme qui négocie à l'OMC au nom de l'Union Européenne
"Autel du libéralisme mondial"
Le président français, qui porte la double casquette des présidences française et européenne, a encore répété la semaine dernière que "le compte n'y est pas". Il reproche à Peter Mandelson d'avoir fait trop de concessions en matière agricole et de ne pas en avoir obtenus suffisamment en échange. Nicolas Sarkozy avait auparavant indiqué qu'il ne "laisserait pas faire" un accord à l'OMC qui sacrifierait la production agricole "sur l'autel du libéralisme mondial", et entraînerait, selon lui, la suppression de 100.000 emplois et une baisse de 20% de la production agricole européenne. Des chiffres contestés par Bruxelles.
Peter Mandelson a voulu rassurer après ces bisbilles avec la présidence française, en affirmant jeudi que l'Europe "ne pouvait accepter et n'accepterait pas un accord que nous ne pouvons pas défendre chez nous". Il a toutefois estimé que "les chances de parvenir à un accord" global à l'OMC "s'améliorent" même s'il "n'est pas encore dans la poche". "Cela va être difficile, mais je pense que c'est faisable", a-t-il conclu. Même si l'Europe réussissait à serrer les rangs, les chances de succès la semaine prochaine paraissent limitées. La réunion de lundi est considérée comme la dernière chance de conclure près de sept années de négociation du cycle de Doha sur la baisse des barrières douanières dans le monde. Faute d'accord, sept années pour rien.
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