François Fillon à l'Assemblée le 14 mai 2008 © DRLes assurances de François Fillon, qui a tenté lundi de minimiser la mauvaise passe économique de la France, n'ont pas convaincu la presse : après la réunion des ministres du pôle économique du gouvernement à Matignon, les éditorialistes ironisent ce mardi sur le fait que le mot "rigueur" soit devenu tabou.
Yves de Kerdrel dans Le Figaro estime que "jamais autant qu'aujourd'hui le roi n'a été aussi nu". Pour l'éditorialiste du quotidien libéral, il y a deux raisons à cela : "notre politique budgétaire ne se fait qu'en fonction des contraintes bruxelloises et notre politique monétaire est décidée à Francfort", et le gouvernement n'a que des marges de manoeuvre "ridiculement faibles".
"Il est urgent d'attendre"
Dans Libération Champagne, Jorge D'Hulst pense également que "le roi se retrouve aujourd'hui nu", mais "pour avoir brûlé ses cartouches d'entrée". Et de rappeler que "les caisses sont vides (car) Nicolas Sarkozy a gaspillé, dès son arrivée à l'Elysée, le peu de marge de manoeuvre dont il disposait avec son paquet fiscal". "Le chef du gouvernement n'avait rien dans les poches, hier à Matignon - les caisses sont vides, on le sait - et rien à annoncer, sinon qu'il ne déviera pas de sa route", constate Michel Vagner de L'Est Républicain. "Fallait-il convoquer une réunion d'urgence pour dresser un constat connu ?" se demande-t-il à l'instar de plusieurs éditorialistes qui telle Dominique Quinio de La Croix rappelle que "les caisses vides de l'Etat français réduisent le choix des thérapies possibles".
"La France est entrée en récession et le seul horizon que le gouvernement propose, c'est la poursuite de réformes qui plombent notre économie", affirme de son côté Patrick Apel-Muller dans l'Humanité. Il résume l'intervention de François Fillon à "il est urgent d'attendre". Une vision que partage Michel Noblecourt dans le Midi Libre, qui sait que "le sauvetage de l'économie ne viendra pas de la consommation. En attendant, il est urgent d'attendre...", observe-t-il.
Dans Paris-Normandie, Michel Lépinay fait partie des nombreux éditorialistes qui croient que "parler de rigueur, c'est faire peur aux Français, et donc les rendre encore plus frileux, au risque d'aggraver un peu plus le ralentissement sévère". Ce qui fait dire à Philippe Waucampt du Républicain Lorrain qu'on "s'épargne pour l'instant de prononcer les mots qui fâchent sans que cela fasse réellement illusion". Francis Laffon dans L'Alsace résume l'intervention de François Fillon : "primo : c'est moins grave que si c'était pire. Deuxio : c'est la faute à la conjoncture internationale. Tertio : il faut réagir collectivement, au niveau de l'Union européenne. Mais pas question d'employer les mots tabous de rigueur ou de récession". Et de conclure "qu'aux JO de la langue de bois, la médaille d'or est à la portée de notre Premier ministre".
D'après agence
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