© AFP / THOMAS LOHNES"La pire crise financière du siècle", tranchent déjà certains des grands manitous de l'économie mondiale comme Alan Greenspan, ancien pilote de la politique monétaire américaine. L'épisode de la faillite de la banque d'affaires Lehmann Brother leur fait dresser un constat qui fait froid dans le dos.
Mais quel impact peut-on attendre d'une crise financière à New York sur la vie quotidienne des Français ? Faut-il s'inquiéter ? Mardi, les autorités françaises tentent de rassurer sur la santé de notre système bancaire mais reconnaissent que c'est un nuage noir de plus sur l'économie.
Emploi : Wall Street licencie, le gouvernement s'inquiète
A New York, la messe est dite. La faillite de Lehman Brothers, le rachat de Merrill Lynch par Bank of America et les difficultés de l'assureur AIG pourraient se traduire, au pire, par 40.000 suppressions d'emplois à Wall Street. Déjà, les télés américaines diffusent en boucle des images de salariés de Lehman venus vider leur bureaux un carton sous le bras.
Mais en France ? Selon Christine Lagarde, la quasi-faillite du groupe financier américain ne touchera ici que les personnes directement employées par les deux établissements bancaires appartenant à Lehman Brothers, des banques d'affaires "qui n'occupent pas une quantité considérable de salariés". La Commission bancaire, autorité de contrôle des banques, a "nommé un administrateur provisoire" à la filiale française de Lehman Brothers, avait annoncé le ministère des Finances lundi.
Cela dit, la conjoncture était déjà mauvaise avant ce nouvel épisode de la crise bancaire. "Je pense que si la croissance poursuit son ralentissement, nous connaîtrons un impact sur les créations d'emplois et le chômage", a averti la ministre des Finances. Le taux de chômage, en diminution constante depuis trois ans, s'est stabilisé à 7,2% au deuxième trimestre en France métropolitaine.
Les patrons sont encore plus inquiets. Cette crise "va avoir beaucoup, beaucoup de répercussions sur l'investissement, la vitesse de développement de certains projets, et il va y avoir une forme de ralentissement général", a prédit Laurence Parisot. "Le pire n'est pas certain, mais nous sommes obligés de l'imaginer", a aussi estimé la présidente du Medef, ajoutant que les entreprises enregistraient pour le moment "au mieux" un ralentissement de la croissance de leur carnet de commandes, et une "décroissance" dans d'autres secteurs.
Banques : les françaises moins exposées
L'exposition des banques françaises à la crise bancaire américaine est limitée, a rassuré mardi Gérard Rameix, secrétaire général de l'Autorité des marchés financiers (AMF). "Les engagements des banques françaises, les prêts directs, les contreparties dans des opérations financières complexes sont non pas anecdotiques mais maîtrisables, supportables", a-t-il rassuré sur Europe 1. Il a estimé que les petits épargnants couraient "très peu de risques", observant néanmoins que les banques allaient durcir les conditions de l'octroi de crédits.
Immobilier : vers une baisse des prix et une hausse des crédits...
Christine Lagarde le reconnaît. Les Français auront plus de mal à se faire prêter de l'argent. "Les tensions" sur le niveau des taux d'intérêt "vont amener un renchérissement du crédit dans les semaines qui viennent", a expliqué la ministre. "Ça, c'est un effet indirect immédiat, mais il y en aura d'autres", a-t-elle encore prévenu.
Confronté à ce durcissement des banques, les acteurs de l'immobilier adoptent d'ailleurs un ton plus grave que jamais. Prenant acte du ralentissement brutal de l'activité sur le marché du logement, la Fédération nationale des agents immobiliers (Fnaim) appelle à "une action urgente" pour éviter un blocage des transactions. "La brutalité du ralentissement de l'activité observé tant sur le marché du neuf que sur celui de l'ancien a de quoi surprendre les observateurs les plus avertis", déclare la Fnaim. Elle juge qu'aujourd'hui, "seule une correction à la baisse des prix pourrait permettre de resolvabiliser la clientèle". Dans ce contexte, elle souhaite avant tout des mesures permettant de desserrer les conditions de crédits.
Compte publics : vers plus de rigueur ?
S'ils ne sont pas directement liés à la situation des banques américaines, la dégradation du climat économique pourrait peser sur les comptes publics. Le ministre du Budget, Eric Woerth, a estimé mardi qu'il était encore possible que la France parvienne à l'équilibre de ses finances publiques en 2012 à condition que la croissance soit suffisante et que les dépenses publiques soient réduites "correctement année après année".
Dans ce but, il a confirmé mardi que toutes les "niches fiscales" seraient plafonnées dans le prochain projet de budget, à l'exception peut-être de celle sur l'entretien des monuments historiques. Parallèlement à ce plafonnement niche par niche, Eric Woerth s'est dit favorable à un débat sur le "plafonnement global" de toutes les niches, pour éviter que certains contribuables aisés n'échappent totalement à l'impôt. Dans tous les cas, le déficit public pour 2008 devrait être supérieur à celui initialement annoncé par le gouvernement, qui tablait sur un niveau de 2,5 points de PIB.
Prix : la crise contient l'inflation
Et le pouvoir d'achat dans tout ça? L'inflation en zone euro a atteint 3,8% sur un an en août, en recul sur les 4% des deux mois précédents, selon une nouvelle estimation d'Eurostat. Ce petit reflux est notamment lié à une détente sur le prix du baril de pétrole qui s'est traduit par une baisse des carburants sur un mois. Ce répit, pronostiqué par les analystes, constitue une des rares bonnes nouvelles du moment. Les trois poids lourds de la zone euro - l'Allemagne, la France et l'Italie enregistrent respectivement des taux d'inflation annuels de 3,3%, 3,5% et 4,2%. Les principaux secteurs présentant une inflation élevée ont été le logement et les transports (6,3% chacun) et l'alimentaire (6,2%). Ce qui alimente la grogne pour une augmentation des salaires.
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