© TF1/LCILa crise économique change de visage. Après s'être incarnée dans les mines défaites de traders incrédules, la voilà dans les usines, mettant les ouvriers au chômage technique. Pour l'instant, les entreprises cherchent encore à éviter les licenciements secs, mais partout la rigueur pointe son nez. L'intérim et les CDD paient déjà un lourd tribut à la crise, les débrayages subis se généralisent, parfois adoucis par la prise de RTT "défensives" par les personnels. L'Insee a d'ores et déjà prévu une "légère" remontée du chômage d'ici fin 2008 pour toucher en moyenne 7,4%, tout en restant "légèrement inférieur" à fin 2007.
Cette semaine, l'emploi sera au centre de toutes les attentions avec une intervention de Nicolas Sarkozy mardi, et la publication, deux jours plus tard, du nombre de chômeurs inscrits à l'ANPE en septembre. L'opposition hausse déjà le ton : Jack Lang a dénoncé lundi "un usage parfois très pervers de la crise", accusant notamment certains chefs d'entreprises de profiter de la situation pour "dégraisser", pour "multiplier les charrettes de licenciements". Les premiers effets de la crise sont souvent plus discrets.
L'intérim trinque, avant les CDD
Aux avant-postes de la crise, le secteur de l'intérim a vu son activité drastiquement chuter depuis la rentrée et, après la récente annonce de 600 suppressions d'emplois chez Adecco, numéro un du secteur, patronat et syndicats ne cachent plus leurs inquiétudes. "Dès que ça va mal quelque part, ce sont les intérimaires qui trinquent", déplore Yannic Poulain de la CGT Intérim. "En période difficile, les entreprises réduisent l'emploi intérimaire en premier", renchérit la fédération patronale Prisme regroupant 90% des entreprises du secteur, selon laquelle transports, BTP et bâtiment sont les plus touchés. Le travail intérimaire, qui représentait en 2007 3,6% de l'emploi salarié en France, soit 637.900 équivalents temps plein, est considéré comme un indicateur fiable de l'évolution du marché du travail.
Le début du ralentissement de l'intérim remonte à mars 2008 et s'est accéléré depuis septembre avec une baisse à deux chiffres de l'activité. La direction de Manpower a confirmé de très mauvais chiffres pour octobre "de l'ordre de 12, voire 15% ces derniers jours". Le groupe a expliqué travailler pour éviter des "mesures dramatiques", tel qu'un plan social, et privilégier "l'arrêt de CDD, la mobilité géographique, des actions commerciales (...) en espérant que cela sera suffisant". C'est tout un symbole : les CDD sont les victimes suivantes sur la liste et la tendance est à stopper leur renouvellement dans les grandes entreprises.
Chômage technique : le grand débrayage
C'est le secteur automobile qui le premier a donné des signes de faiblesse. Renault vient d'arrêter la production de plusieurs de ses usines pendant une à deux semaines en France et quelques jours dans certains sites à l'étranger, souhaitant réduire de 20% sa production au quatrième trimestre en Europe. Et Peugeot a annoncé dans la foulée que la quasi-totalité de ses sites de production en Europe seraient affectés par des mesures de chômage partiel au quatrième trimestre. Les syndicats condamnent cette stratégie. Le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, a contesté vendredi sur RTL la décision de Renault car "ses comptes ne sont pas dans le rouge", et estimé que cela allait "aggraver la crise déjà en cours".
Et la crise fait des victimes par ricochet dans toute la filière. Quatre importants équipementiers automobiles de l'ouest ont annoncé à leur tour des mesures de vacances forcées ou chômage partiel touchant plusieurs milliers de salariés, en raison de la crise du marché automobile. A Allonnes, près du Mans, NTN Transmission Europe, filiale d'un groupe japonais qui produit des joints de transmission, a décidé de mesures de chômage partiel pour ses 800 salariés après d'être séparé de 250 intérimaires, selon son PDG. Encore plus en amont, la filière acier encaisse. Chez Arcelor, le groupe va arrêter certaines usines mais sans chômage partiel. L'astuce est de recourir à tous les congés prévus par le droit du travail. "Pendant ces périodes, on va écluser les congés payés, les RTT, les temps de formation et de maintenance", explique Henri Botella, délégué CGC aux Echos ce lundi.
Alors que les signes d'une contamination de l'économie "réelle" se multiplient, Nicolas Sarkozy doit présenter ce mardi dans les Ardennes une panoplie de mesures destinées à amortir ces effets de la crise financière mondiale sur l'emploi. Le chef de l'Etat devra faire en sorte qu'une nouvelle étape ne soit pas franchie avec une multiplication des licenciements économiques. Pour relancer l'emploi, il devrait miser sur les contrats aidés ou encore les services à la personne.
| Renault-Peugeot : le détail des fermetures |
Les arrêts temporaires de production d'une grande partie des sites français de Renault et PSA Peugeot Citroën, qui souhaitent faire baisser leurs stocks d'ici la fin de l'année, débutent cette semaine dans plusieurs usines des deux constructeurs automobiles. Chez PSA Peugeot Citroën, le site de Sochaux (Doubs), qui fermera au total 18 jours d'ici le 31 décembre, est arrêté toute la semaine. A Mulhouse, où 10 jours chômés sont prévus, l'équipe de nuit a été supprimée cette semaine. A Rennes, la ligne de production des Peugeot 407 est arrêtée pour 8 jours, celle des autres flux pour deux jours, a précisé la direction de Peugeot. Enfin, à Hordain Sevelnord, dans le Nord, 16 jours chômés sont programmés d'ici fin décembre et la première interruption interviendra du 29 au 31 octobre. Chez Renault, plusieurs sites sont fermés cette semaine: Flins (Yvelines), Douai (Nord), Sandouville (Seine-Maritime), Le Mans (Sarthe), Maubeuge (Nord), Batilly (Lorraine) et Dieppe (Seine-Maritime). Les usines de Flins, Douai et Le Mans resteront à l'arrêt également la semaine suivante. Les deux constructeurs ont annoncé la semaine dernière leur décision de réduire leur production au quatrième trimestre, Renault de 20% et PSA de 30%, pour réduire leurs stocks face à la baisse des ventes en Europe. Cela va se traduire par la fermeture temporaire d'une à deux semaines d'ici la fin de l'année de la plupart des sites de production des deux constructeurs français. Des fermetures de quelques jours sont également prévues dans des sites en Europe. |
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