Dix milliards, et sans rien demander...

Par D.H. (avec agence), le 20 octobre 2008 à 21h10 , mis à jour le 21 octobre 2008 à 13h47

L'Etat vient au secours des banques françaises en injectant 10,5 milliards d'euros dans les six principaux établissements privés d'ici la fin de l'année.

Coffre-fort cadenas

Si tu ne viens pas au guichet, le guichet viendra à toi... Les banques françaises n'osant pas venir réclamer des fonds à l'Etat par peur d'affoler sur leur santé financière, c'est l'Etat qui vient à leur secours. Il va injecter 10,5 milliards d'euros dans les six principales banques privées françaises d'ici la fin de l'année, a annoncé lundi soir la ministre de l'Economie, Christine Lagarde. Dans le détail : le Crédit Agricole recevra 3 milliards d'euros, BNP Paribas 2,55 milliards d'euros, Société Générale 1,7 milliard, Crédit Mutuel 1,2 milliard, Caisse d'Epargne 1,1 milliard et Banque Populaire 950 millions, a-t-elle ajouté.

Cet apport de fonds est rendu indispensable pour que ces banques soient "en mesure de financer correctement l'économie", a précisé la ministre après une réunion avec les dirigeants de ces banques lundi après-midi à Paris. "L'Etat ne fait pas de cadeau aux banques" et ces fonds injectés "généreront des revenus substantiels pour l'Etat", a assuré Christine Lagarde.

En contrepartie, des engagements économiques et éthiques

Concrètement, les banques émettront des titres, dits de "dette surbordonnée", pour un total de 10,5 milliards d'euros que l'Etat achètera. La souscription aux émissions de dette se fera via la
société de prise de participation de l'Etat. Mais l'Etat ne devient pas actionnaire : ces titres ne "donneront pas de droit de vote à l'Etat".

En contrepartie de ce dispositif, la ministre a demandé aux banques "des engagements de nature économique et de nature éthique". Ils portent notamment sur la rémunération des dirigeants et le montant des crédits accordés aux ménages et aux entreprises. Ces engagements feront l'objet d'une convention signée avec l'Etat.

Le ministre du Budget Eric Woerth a déclaré mardi que les banques françaises qui bénéficieront du plan de soutien de l'Etat devront être "totalement claires sur (leurs) relations avec les paradis fiscaux", tandis qu'au moment Nicolas Sarkozy plaidait, au Parlement européen, pour que l'Europe, "y compris le Luxembourg" soit exemplaire en la matière (lire notre article).

L'Etat prêt à injecter 10,5 milliards de plus en 2009, si besoin

Christine Lagarde a ajouté dans un communiqué que la "disponibilité de l'Etat pour maintenir ce dispositif ouvert et pour souscrire, si les tensions de marché venaient à persister, à une nouvelle tranche d'un montant équivalent en 2009". "L'accord de principe" conclu avec les banques françaises "serait soumis à l'examen de la Commission européenne", a-t-elle précisé. Indépendamment de ces mesures, la ministre a réaffirmé "l'engagement, d'une nature distincte, de l'Etat à intervenir le cas échéant en capital si un établissement venait à connaître des difficultés majeures".

Etait également présent à la réunion de lundi le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, qui a tenu à préciser que les 6 banques concernées n'avaient "absolument pas besoin de fonds propres" ni "d'être recapitalisées". "Le but de l'opération ce n'est pas de recapitaliser les banques, (...) mais d'accompagner le financement de l'économie  et la mise en place de nouveaux crédits", a-t-il expliqué. Cette émission de titres subordonnés souscrits par l'Etat permettra aussi "de maintenir un haut niveau de solvabilité, dans une période où l'état des marchés ne leur permet pas de lever les capitaux nécessaires", a ajouté la Banque de France dans un communiqué. "C'est uniquement cet objectif là et ce n'est absolument pas un besoin de fonds propres, je le dis et je le répète. Le seul objectif c'est d'accompagner le financement de l'économie", a insisté Christian Noyer.

Caisse d'Epargne : la perte finale est de 695 millions d'euros 

Cette spectaculaire injection de fonds de l'Etat s'inscrit dans le cadre du plan de soutien aux banques annoncé la semaine dernière par le gouvernement qui prévoyait notamment une enveloppe de 40 milliards d'euros pour recapitaliser les banques qui en feraient la demande. Jusqu'ici les banques françaises n'avaient pas souhaité dire si elles auraient recours à l'enveloppe. Seul le directeur général de la Société Générale, Frédéric Oudéa, avait affirmé mardi dernier que son établissement n'aurait "pas besoin d'utiliser ce 'guichet public'". Lundi dans l'après-midi, à l'Assemblée nationale, la ministre avait reconnu la gravité de la situation : "cette crise est appelée à durer". Conséquence : il est "très probable que la croissance en 2009 n'atteigne pas 1%" prévus, a déclaré la ministre de l'Economie (lire notre article).

Selon une source proche du dossier, confirmant une information du Figaro, le montant définitif de la perte subie par la Caisse d'Epargne dans des opérations boursières s'élève à 695 millions d'euros, et non à 600 millions comme l'Ecureuil l'avait chiffrée vendredi. La banque n'a pas pu se défaire de sa position "d'un seul coup" mais de manière graduelle si bien que l'estimation donnée vendredi matin, qui correspondait à l'avancement du "débouclage" jeudi soir, a depuis été revue à la hausse, a expliqué cette source. Cette fois, le chiffre est "définitif", a-t-il ajouté, l'intégralité de la position ayant été liquidée vendredi.

Retrouvez les informations financières dans notre rubrique Bourse

Les banques s'envolent

Le titre de Société Générale s'envolait mardi matin à la Bourse de Paris, à l'instar des autres valeurs bancaires, après cette annonce d'injections gouvernementales massives d'ici la fin de l'année. Peu après 9 heures, Société Générale gagnait 9,49% à 48,10 euros, en tête des valeurs du CAC 40, tandis que BNP Paribas grimpait de 6,47% à 58,44 euros et Crédit Agricole de 7,37% à 11,22 euros, dans un marché parisien en rebond de 2,36%

Par D.H. (avec agence) le 20 octobre 2008 à 21:10
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Économie
  

183 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • Creeks62, le 21/10/2008 à 22h52

    Biensur,on disait que le systeme bancaire francais est solide!,(les epargnants peuvent laisser leurs économies)=>l'état injecte des millions,c'est qu'il y a un probleme!,l'argent de qui? de plus ca pourrait combler le trou de la sécu tant que j'y pense!,n'est ce pas? ...et le chomage qui ne fait qu'augmenter ainsi que le pouvoir d'achat,franchement,plus on avance ,plus ca craint pour l'avenir!

  • Kerpointdevue, le 21/10/2008 à 19h37

    Ok pour le méga scandale ! Les financiers viennent d'avoir le soutien des mutualistes pour prendre deux bénéfices : Le premier sur les cours de la bourse : en achetant, vendant, rachetant et revendant leurs propres actions au fil des jours, encaissant ainsi des bénéfices gagnés sur leurs propres actionnaires, sociétaires et salariés (et j'en suis) ! Le second en acceptant l'offre de l'état : pour mémoire il y a quelques jours, les mutualistes juraient qu'ils ne voulaient pas puiser au pot ! Mais, ne soyons pas dupes : l'argent de l'état sera revendu aux clients un "tout petit peu" plus cher qu'il ne sera payé au contribuable. Des sous bien gagnés, qui dit mieux ?

  • Luc, le 21/10/2008 à 19h04

    Arrêtez de vous plaindre ! 53% des français ont choisi cette politique ! Vive le capitalisme !

  • ???, le 21/10/2008 à 18h05

    Etant donné que l'état prete aux banques de l'argent des contribuables, les contribuables pourront ils beneficier des intérêts que l'état va engranger ?

  • José le manouche, le 21/10/2008 à 17h40

    C'est un prêt pas un cadeau donc un investissement !

  • Canto34, le 21/10/2008 à 17h07

    Je suis gérant d'une TPE depuis 8 ans qui emploie 4 personnes à temps plein. Je viens de faire mon chèque mensuel de 4000 euros de TVA. Peut-être que la semaine prochaine, je pourrais me payer mon SMIC du mois de septembre ... Mme Lagarde demande aux banques de relancer le crédit aux PME et aux Particuliers ... Soit elle est vraiment innocente ... soit elle nous prend vraiment pour des buses. Les banques françaises vous prêtent quand vous n'en avez pas besoin ou quand vous faite partie du bon réseau (maçonniques, etc ...). Pour les autres n'attendez rien ! La vérité Sarko ... tu m'as déçu !

  • François, le 21/10/2008 à 17h04

    Si je comprend bien la majorité des réactions lues ici, c'est la faute à Sarko si il y a une crise financière mondiale ? Et comme ce n'est pas assez grave et qu'il ne veut que faire plonger le payse dans la crise, il dilapide comme ça 10 milliards, juste pour em***der les classes moyennes que nous sommes ? C'est brilliant comme analyse...

  • Didier, le 21/10/2008 à 16h29

    Et nous sommes caution... et serons, encore une fois, au final, les payeurs.

  • Gianni, le 21/10/2008 à 15h31

    Cela serait bien si il etait possible de faire la meme chose pour tous les francais ! Qu'en pensez vous ? Moi je propose que l'etat fasse la meme chose avec les contribuables c'est a dire un report de l'impot de l'annee 2009 sur 2010 !pas de paiement d'impot sur 2009 ! On ne demande rien non plus mais ca permettrait de relancer la consommation ca ! C'est dans le meme style que les banques un cheque en blanc tout simplement ! Pourquoi les banques auraient le droit a des largesses de l'etat pas les FRANCAIS ???

  • MSF, le 21/10/2008 à 15h05

    Vivons tous à crédit ! éclat de rire ! on ne tond pas un oeuf Comment les banques vont-elles rembourser ??? en augmentant le coût déjà inacceptable de leurs services ? Bon et bien moi je file vers une banque qui n'a pas besoin de l'argent de l'état .... Comment va donc la banque postale ? Cette injection ne fait que révéler à minima l'état désastreux des banques privées et avec la récession qui va pousser le plus grand nombre à une économie de simple survie cela ne va pas s'arranger...

Lire tous les commentaires

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience