
Si tu ne viens pas au guichet, le guichet viendra à toi... Les banques françaises n'osant pas venir réclamer des fonds à l'Etat par peur d'affoler sur leur santé financière, c'est l'Etat qui vient à leur secours. Il va injecter 10,5 milliards d'euros dans les six principales banques privées françaises d'ici la fin de l'année, a annoncé lundi soir la ministre de l'Economie, Christine Lagarde. Dans le détail : le Crédit Agricole recevra 3 milliards d'euros, BNP Paribas 2,55 milliards d'euros, Société Générale 1,7 milliard, Crédit Mutuel 1,2 milliard, Caisse d'Epargne 1,1 milliard et Banque Populaire 950 millions, a-t-elle ajouté.
Cet apport de fonds est rendu indispensable pour que ces banques soient "en mesure de financer correctement l'économie", a précisé la ministre après une réunion avec les dirigeants de ces banques lundi après-midi à Paris. "L'Etat ne fait pas de cadeau aux banques" et ces fonds injectés "généreront des revenus substantiels pour l'Etat", a assuré Christine Lagarde.
En contrepartie, des engagements économiques et éthiques
Concrètement, les banques émettront des titres, dits de "dette surbordonnée", pour un total de 10,5 milliards d'euros que l'Etat achètera. La souscription aux émissions de dette se fera via la
société de prise de participation de l'Etat. Mais l'Etat ne devient pas actionnaire : ces titres ne "donneront pas de droit de vote à l'Etat".
En contrepartie de ce dispositif, la ministre a demandé aux banques "des engagements de nature économique et de nature éthique". Ils portent notamment sur la rémunération des dirigeants et le montant des crédits accordés aux ménages et aux entreprises. Ces engagements feront l'objet d'une convention signée avec l'Etat.
Le ministre du Budget Eric Woerth a déclaré mardi que les banques françaises qui bénéficieront du plan de soutien de l'Etat devront être "totalement claires sur (leurs) relations avec les paradis fiscaux", tandis qu'au moment Nicolas Sarkozy plaidait, au Parlement européen, pour que l'Europe, "y compris le Luxembourg" soit exemplaire en la matière (lire notre article).
L'Etat prêt à injecter 10,5 milliards de plus en 2009, si besoin
Christine Lagarde a ajouté dans un communiqué que la "disponibilité de l'Etat pour maintenir ce dispositif ouvert et pour souscrire, si les tensions de marché venaient à persister, à une nouvelle tranche d'un montant équivalent en 2009". "L'accord de principe" conclu avec les banques françaises "serait soumis à l'examen de la Commission européenne", a-t-elle précisé. Indépendamment de ces mesures, la ministre a réaffirmé "l'engagement, d'une nature distincte, de l'Etat à intervenir le cas échéant en capital si un établissement venait à connaître des difficultés majeures".
Etait également présent à la réunion de lundi le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, qui a tenu à préciser que les 6 banques concernées n'avaient "absolument pas besoin de fonds propres" ni "d'être recapitalisées". "Le but de l'opération ce n'est pas de recapitaliser les banques, (...) mais d'accompagner le financement de l'économie et la mise en place de nouveaux crédits", a-t-il expliqué. Cette émission de titres subordonnés souscrits par l'Etat permettra aussi "de maintenir un haut niveau de solvabilité, dans une période où l'état des marchés ne leur permet pas de lever les capitaux nécessaires", a ajouté la Banque de France dans un communiqué. "C'est uniquement cet objectif là et ce n'est absolument pas un besoin de fonds propres, je le dis et je le répète. Le seul objectif c'est d'accompagner le financement de l'économie", a insisté Christian Noyer.
Caisse d'Epargne : la perte finale est de 695 millions d'euros
Cette spectaculaire injection de fonds de l'Etat s'inscrit dans le cadre du plan de soutien aux banques annoncé la semaine dernière par le gouvernement qui prévoyait notamment une enveloppe de 40 milliards d'euros pour recapitaliser les banques qui en feraient la demande. Jusqu'ici les banques françaises n'avaient pas souhaité dire si elles auraient recours à l'enveloppe. Seul le directeur général de la Société Générale, Frédéric Oudéa, avait affirmé mardi dernier que son établissement n'aurait "pas besoin d'utiliser ce 'guichet public'". Lundi dans l'après-midi, à l'Assemblée nationale, la ministre avait reconnu la gravité de la situation : "cette crise est appelée à durer". Conséquence : il est "très probable que la croissance en 2009 n'atteigne pas 1%" prévus, a déclaré la ministre de l'Economie (lire notre article).
Selon une source proche du dossier, confirmant une information du Figaro, le montant définitif de la perte subie par la Caisse d'Epargne dans des opérations boursières s'élève à 695 millions d'euros, et non à 600 millions comme l'Ecureuil l'avait chiffrée vendredi. La banque n'a pas pu se défaire de sa position "d'un seul coup" mais de manière graduelle si bien que l'estimation donnée vendredi matin, qui correspondait à l'avancement du "débouclage" jeudi soir, a depuis été revue à la hausse, a expliqué cette source. Cette fois, le chiffre est "définitif", a-t-il ajouté, l'intégralité de la position ayant été liquidée vendredi.
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| Les banques s'envolent |
Le titre de Société Générale s'envolait mardi matin à la Bourse de Paris, à l'instar des autres valeurs bancaires, après cette annonce d'injections gouvernementales massives d'ici la fin de l'année. Peu après 9 heures, Société Générale gagnait 9,49% à 48,10 euros, en tête des valeurs du CAC 40, tandis que BNP Paribas grimpait de 6,47% à 58,44 euros et Crédit Agricole de 7,37% à 11,22 euros, dans un marché parisien en rebond de 2,36% |
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