Un enfant cambodgien, opéré par la Chaîne de l'espoir, au Centre de Cardiologie de Phnom PenhL'appel vient de Maputo, au Mozambique. Au bout du téléphone, la voix d'Alain Deloche. Ancien membre de Médecins sans frontières et co-fondateur de Médecins du monde, il a créé il y a vingt ans la Chaîne de l'espoir, une association qui opère les enfants malades des pays pauvres en France ou dans des structures sur place. En quarante ans d'humanitaire, le "French Doctor" en a vu d'autres mais il est aujourd'hui franchement inquiet. Son association a vu s'effondrer les dons de plus de 30% depuis début septembre, quand a commencé la crise financière.
"
Crise ou pas, ici, la salle de consultation est toujours pleine", confie-t-il à LCI.fr, "
Nous vivons à flux tendus. Ce qui est dramatique, c'est qu'a partir de maintenant, nous n'avons d'autre choix que de diminuer le nombre d'enfants que nous faisons venir en France pour les soigner. Et nous avons déjà renoncé à envoyer deux médecins à l'étranger..."
"L'incertitude est le pire ennemi de la générosité..." La
Chaîne de l'espoir n'est pas la seule victime de la crise. Selon Antoine Vaccaro, Président du centre d'étude et de recherche sur la philanthropie (Cerphi), "
la collecte a commencé à baisser cette année". "
Depuis 10 ans, elle stagnait car sa légère progression était en fait annulée par l'inflation", explique-t-il à LCI.fr, "
mais les classes moyennes commencent à ralentir leurs dons et le phénomène est maintenant marqué, l'incertitude est le pire ennemi de la générosité...".
Les informations qui remontent des centres d'appels qui travaillent pour plusieurs associations prouvent que la collecte devient plus difficile. Les donateurs réguliers ont réduit leurs versements de 15% à 30%. Pour les nouveaux philanthropes, la baisse des résultats de la prospection atteint parfois 40%. Les associations qui s'en sortent le mieux sont celles du champ médical, de l'exclusion en France, et même de l'Eglise... "
Comme si les gens voulaient assurer leur salut en temps de crise", commente Antoine Vaccaro, "
les causes à l'international sont en revanche très impactées, c'est le retour du fameux adage : la Corrèze avant le Zambèze..."
Effet prix Nobel au Sidaction La crise apparaît alors comme un générateur de repli sur soi, sur les siens, ce qui pourrait profiter aux associations qui œuvrent sur le territoire français. Pour le directeur des ressources financières du
Secours catholique, il n'y a "
absolument pas" de baisse pour le moment. Au contraire, par rapport à l'année dernière à la même époque, son association note "
une augmentation de 3 à 5 %" des dons. Jean-Marie Destrée reste prudent car "
50 % de la collecte est faite lors du dernier trimestre de l'année soit d'octobre à décembre", explique-t-il à LCI.fr. Pour ne pas avoir de mauvaise surprise fin décembre, le
Secours Catholique va donc tenir "
un discours de mobilisation". Jean-Marie Destrée n'exclut pas non plus "
un recentrage des dons" qui pourrait profiter aux grandes associations comme la sienne.
Au
Sidaction, qui consacre la moitié des dons à la recherche sur le VIH et une autre moitié à la prévention en France et à l'étranger, la collecte reste également dans la normale. "
Il n'y a rien de plus alarmant que ce que l'on observe depuis un an. La baisse des dons ne s'est pas accélérée", constate Christine Tabuenca. Le groupement d'associations qui a réalisé un "
bon mois d'octobre"a même probablement bénéficié d'un "
effet prix Nobel de médecine" avec l'attribution du prix à deux chercheurs français spécialistes du Sida, selon la responsable de la collecte.
Les Restos tiennent le coup Du côté des Restos du cœur, on ne s'alarme pas pour le moment. Contactée par LCI.fr, l'organisation note que les dons sont "
stables" ces derniers mois avec une moyenne de 87 euros et même de 168 euros pour les sommes versées directement sur le site Internet. Sur la campagne de septembre 2007 à septembre 2008, 700.000 personnes ont bénéficié de 91 millions de repas distribués par les Restos (contre 82 millions en 2006-2007). Si les dons de repas ont augmenté, c'est surtout parce que l'association a eu davantage de moyens.
La campagne 2008-2009 des Restos commence le 1er décembre. Pour Antoine Vaccaro, ce sera l'heure de vérité : "
Le Téléthon est aussi un bon indicateur car il représente 5% de la collecte totale en france. On attend donc de voir comment les gens vont réagir lors de ces deux grands événements début décembre. Si ils s'effondrent, on commencera à sérieusement s'inquiéter".
Une enquête de l'Ifop publiée mardi force le pessimisme. Cette année, 22% des Français envisagent de donner moins que d'habitude contre seulement 6% de personnes qui souhaitent augmenter leur don. Et c'est sans surprise les milieux populaires, ceux que la crise précarise le plus, qui craignent le plus souvent de se montrer moins généreux. "
La solution peut être de se tourner vers des petits prélèvements mensuels, de 5 à 10 euros, et de rappeler aux gens qu'ils bénéficient d'un abbattement de 50% sur leurs impôts", propose Alain Deloche. A vos RIB !