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Après les chocs en série subis par le système bancaire américain, la crise financière s'est invitée en Europe. Les gouvernements ont dû intervenir pour sauver Fortis, fournir une bouée à Dexia - et voilà l'Etat français contraint de mettre la main à la poche. Avec un objectif impérieux : empêcher toute faillite de grande banque.
"Les Etats doivent assumer leurs responsabilités afin de garantir la sécurité des déposants et le fonctionnement de l'économie", a ainsi expliqué François Fillon, après le feu vert de Nicolas Sarkozy au plan de sauvetage de Dexia, concocté dans l'urgence avec les autorités belges et luxembourgeoises. Effectuée à travers une augmentation de capital, cette aide passera par une nationalisation de fait. Mais où trouver les 3 milliards nécessaires ?
Les recettes de privatisations
L'une des solutions seraient de privatiser quelques bijoux de l'Etat. Mais le marché ne se prête pas à ce genre d'opération. Heureusement, les dernières privatisations ne sont pas lointaines et il reste quelques euros dans les caisses. Au terme d'une audition à huis clos avec la ministre de l'Économie Christine Lagarde, Jean Arthuis, président de la commission des Finances, a évoqué, comme "une possibilité parmi plusieurs", l'utilisation des recettes de privatisation d'EDF. Or, ces recettes issues de la cession d'une partie des parts de l'Etat sont censées financer la rénovation des terrains universitaires. Mais, a souligné le sénateur UMP Philippe Marini, "en situation d'urgence, la décision peut changer".
L'emprunt à long terme
Déshabiller les universités pour voler au secours des banques ? Dès mardi soir, le gouvernement a décidé de couper court au risque de polémique. "L'argent des université, c'est pour les universités", a martelé Eric Woerth, lors du Grand Journal de Canal+.
Le ministre du Budget a semblé plaider pour un emprunt. "Vous pouvez emprunter sur les marchés à long terme un milliard d'euros, ça ne joue pas dans les déficits publics", a-t-il expliqué, "parce qu'en face de ce milliard, il y a évidemment une participation dans un établissement. Ce n'est pas de l'argent comme ça, qui est donné pour rien (...) ça peut d'ailleurs être un bon placement", a-t-il tenté de convaincre.
Le Livret A
Mais au-delà de Dexia, il faudra sans doute beaucoup plus pour faire face à la crise. Pour l'heure, a souligné François Fillon dans Les Echos, l'Etat entend concentrer son action sur le secteur bancaire - car "rien ne laisse à penser que les assurances soient vulnérables" - et "rassurer" durablement les Français. Pour cela pas de mystère, il faut injecter des fonds. Et il envisage notamment de toucher au "bas de laine" le plus emblématique pour beaucoup de Français que constitue le Livret A.
Précisément, les fonds déposés sur Livret A s'élevaient fin juillet à 128,1 milliards d'euros, en hausse de 9,8% en un an. La collecte a fortement augmenté ces derniers mois, conséquence de la hausse du taux de rémunération du Livret (porté à 4% en août) et de la chute des marchés boursiers. François Fillon relève donc qu'il y a des "excédents de la collecte par rapport aux besoins du logement social", auxquels ils sont traditionnellement destinés, et "qu'ils doivent pouvoir être réaffectés" au financement de l'économie. Une piste confirmée par le porte-parole du gouvernement Luc Chatel. Selon le directeur général de la Caisse des dépôts, Augustin de Romanet, ces excédents sont de l'ordre de 20 à 30 milliards d'euros.
Certes, pour faire face "à une crise de crédits majeure", "il faut trouver des ressources" mais sans "perdre de vue que tout cela doit être sécurisé", plaide pour sa part le patron des députés UMP, Jean-François Copé. Aussi suggère-t-il pour cela "une garantie de l'Etat" ou "de la Caisse des dépôts". Sans pour autant convaincre le PCF qui déjà dénonce mercredi le "cynisme" du gouvernement et juge que "l'épargne des Français ne doit pas servir de bouche-trou à la spéculation financière".
Avec agences
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