Nicolas Sarkozy à Annecy (23 octobre 2008) © TF1/LCI"Le doute est le principal ennemi". En commençant jeudi à Annecy un discours riche en annonces, Nicolas Sarkozy s'est visiblement inspiré, au moins sur la forme, du Roosevelt des années 30, qui, en pleine crise financière, expliquait aux Américains que la seule chose qu'ils devaient craindre était "la peur elle-même".
Après ces accents graves, le président a poursuivi par une petite leçon d'économie en temps de crise ("rétablir la confiance pour que tout redémarre sans rien coûter au contribuable") et a appelé à la responsabilité de chacun ("ceux qui ont fauté doivent partir, être sanctionnés, être changés"). Nicolas Sarkozy n'a pas hésité à rappeler le rôle de l'Europe et le sien dans la tourmente, affirmant même que "c'est autour des propositions de l'Europe que le nouvel ordre mondial se construira". Il faudra en convaincre les Américains.
Annonces et coups de griffes
Nicolas Sarkozy qui défend un "retour du politique" a ensuite rappelé les mesures mises en place par le gouvernement pour garantir le financement des entreprises et demandé que "banque par banque, département par département, soit publié la politique de crédit des établissements financiers". Il a annoncé dans ce but la création d'un poste de "médiateur du crédit, qui sera à la disposition des entreprises françaises qui auront des difficultés pour accéder au crédit". Le chef de l'Etat a indiqué son intention de nommer à cette fonction René Ricol, commissaire aux comptes et auteur d'un rapport sur la crise financière remis début septembre à l'Elysée.
"Je me demande s'ils se rendent compte de la gravité de la crise", s'est ensuite interrogé le président de la République, en s'adressant indirectement aux salariés de la fonction publique qui "demandent des embauches". Nicolas Sarkozy a aussi lancé une nouvelle charge contre les 35 heures dont le gouvernement de François Fillon a "libéré" les Français, et a vanté les mérites du travail le dimanche.
Fonds souverains et investissements exonérés
"Le budget de la France sur la période 2009-2011 sera un budget d'investissement", a promis Nicolas Sarkozy. Le chef de l'Etat l'a illustré avec l'annonce de nouvelles mesures de soutien à l'économie, dont la principale est la création d'un "fonds public d'intervention" pour les entreprises en difficulté. Ce fonds "interviendra massivement chaque fois qu'une entreprise stratégique aura besoin de fonds propres," avait expliqué le chef de l'Etat lors d'une table ronde avec des entrepreneurs à Annecy (Haute-Savoie), sans attendre son discours. "Je demanderai au Parlement d'adopter les mesures extrêmement rapidement", a ajouté Nicolas Sarkozy exprimant le souhait "d'emmener toute l'Europe" dans sa stratégie d'intervention. Il s'était déjà prononcé mardi en faveur de la création en Europe de fonds souverains, qui, coordonnés, permettraient "d'apporter une réponse industrielle à la crise" économique, une proposition qui a été accueillie avec réserve par plusieurs partenaires européens de la France et rejetée par l'Allemagne.
Le chef de l'Etat a également annoncé jeudi que tous les nouveaux investissements des entreprises en France seraient "exonérés à 100% de la taxe professionnelle jusqu'au 1er janvier 2010". Chaque année, les professionnels doivent payer la taxe professionnelle qui est calculée à partir de l'investissement, du parc foncier et de la valeur ajoutée des entreprises. Son plafond est actuellement fixé à 3,5% de la valeur ajoutée. Cette taxe, établie dans chaque commune où le redevable dispose de locaux ou de terrains, sert à financer le budget des communes, des départements et des régions, ainsi que d'autres organismes, tels que les Chambres de commerce et d'industrie. L'Etat devra la compenser.
| Les ménages consomment, les industriels dépriment |
La crise financière n'a pas empêché les ménages français de consommer en septembre mais les industriels ont accusé le coup avec un moral au plus bas depuis la récession de 1993, selon des statistiques publiées jeudi par l'Insee. La consommation de produits manufacturés a ainsi progressé de 0,6% sur un mois. Sur le troisième trimestre, elle a augmenté de 0,7%, alors qu'elle était restée nulle au deuxième trimestre. Les Français ont fait des achats en biens durables, notamment des voitures, en équipements pour leur logement et en vêtements, mais sont restés économes pour les produits pharmaceutiques, la parfumerie ou encore les livres et les disques. Mais les économistes anticipent déjà une rechute de la consommation en octobre, tout en notant quelques signes d'espoir qui confortent le scénario d'une reprise de l'économie en 2009. Si le pessimisme ne semblait pas avoir touché les ménages fin septembre, alors que la crise financière venait d'éclater, il s'est en revanche accentué chez les industriels en octobre. Leur moral a poursuivi son recul en octobre à 88 points contre 91 points en septembre, touchant son niveau le plus bas depuis décembre 1993, selon l'Insee. |
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