Les dirigeants du G8 ont symboliquement planté des arbres © LCI/TF1Un "nouveau Bretton Woods", l'expression est sur toutes les lèvres depuis une semaine. Il ne s'agit ni d'un auteur à la mode, ni d'une essence de bois exotique mais bien d'une initiative pour remettre un peu d'ordre dans le système financier mondial, sérieusement mis à mal par la crise financière. L'affaire est assez importante pour avoir tenu Nicolas Sarkozy éloigné des caméras ce lundi pour la présentation du plan pour l'économie numérique, le président de la République étant retenu dans des échanges téléphoniques avec ses homologues européens.
Anticipant la nécessaire remise à plat de l'économie mondiale à la fin de la Seconde Guerre mondiale, le 22 juillet 1944, les accords de Bretton Woods, du nom d'une ville de l'est du New Hampshire aux États-Unis, ont mis en place un nouveau système financier international. Le célèbre économiste britannique John Maynard Keynes et Harry Dexter White, l'assistant au Secrétaire au Trésor des Etats-Unis en furent les grands architectes. Le Fonds monétaire international (FMI) et la banque mondiale sont nés de ces accords qui firent graviter le système monétaire mondial autour du roi dollar.
Devant l'échec de ce système, Nicolas Sarkozy a indiqué mardi qu'il allait proposer une réunion extraordinaire des chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE pour préparer les sommets mondiaux sur la refonte du système financier international. L'Europe "doit porter l'idée d'une refondation du capitalisme mondial", a-t-il dit. "Ce qui s'est passé, c'est la trahison des valeurs du capitalisme, ce n'est pas une remise en cause de l'économie de marché", a analysé le chef de l'Etat français, qui préside l'UE. Il a indiqué que "la solution la plus simple" pour les sommets mondiaux serait d'associer les pays industrialisés du G8 aux cinq plus grandes économies émergentes comme la Chine et l'Inde. Ce sera "tout l'objet du déplacement en Chine, pour convaincre les puissances asiatiques de participer à cette refondation", a-t-il dit, en référence au prochain sommet de l'Asem qui réunira 43 pays d'Europe et d'Asie à Pékin vendredi et samedi.
"Liberté des marchés"... Jusqu'où ?
Face à la tempête boursière qui ébranle la planète, Européens et Américains s'étaient mis d'accord sur le principe de la tenue aux Etats-Unis d'une nouvelle conférence internationale, une idée lancée par Nicolas Sarkozy. Le président George W. Bush a accédé à cette demande en proposant d'accueillir un premier sommet "dans un avenir proche", au cours de sa rencontre samedi à Camp David avec le président français et le président de la Commission européenne José Manuel Barroso.
Si le président américain a fini par céder à la pression des Européens, à l'avant-garde du combat contre la crise, le nouvel ordre financier mondial qui pourrait émerger reste toutefois flou. Les européens réclament une réforme profonde du système actuel, une sorte de "Bretton Woods bis", ils proposent une supervision mondiale des marchés, qui serait confiée au Fonds monétaire international (FMI). Réticent à l'idée d'une refonte du système, George Bush a de son côté répété qu'il était "essentiel que nous préservions les fondements du capitalisme démocratique", et a rappelé croire "fermement en la liberté des marchés". Les échecs de Wall Street n'ont apparemment pas encore fait du président américain un grand régulateur...
Quoi qu'il en soit, le premier sommet d'une longue série pourrait avoir lieu dès le mois prochain à New York, capitale de la finance mondiale où est née la crise, peu après les élections américaines du 4 novembre. Une chose est sûre, ou presque. Il n'a aucune chance de se tenir à Bretton Woods. Plus de soixante ans après, la petite ville n'a pas les capacités hôtelières pour accueillir des délégations très étoffées.
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