Tongs Obama et Mac Cain © TF1/LCILa raison l'a emporté sur le cœur. Wall Street est connue pour voter républicain mais à quelques heures du verdict des urnes américaines, les investisseurs boursiers se sont définitivement fait convaincre par les sondages et parient en masse sur une victoire de Barack Obama. Pour Mace Blicksilver, directeur de Marblehead Asset Management, une victoire d'Obama est même "déjà intégrée par le marché". Ce qui n'empêche pas la Bourse de toujours lui préférer son adversaire républicain. "S'il gagne avec une avance considérable, je peux vous assurer que mercredi sera une journée très difficile" pour Wall Street, prévient Mace Blicksilver, "les investisseurs savent que les taxes sur les plus-values vont augmenter et ils vont vendre." En revanche "si McCain gagne, le marché va bondir de 10% à l'ouverture et rester dans le vert toute la séance".
Mais si Wall Street préfère McCain, certaines firmes, comme les pionniers des énergies renouvelables, auraient toutefois intérêt à voir triompher le candidat démocrate. Chaque volet du programme des deux candidats pourrait avoir par ricochet des conséquences importantes sur les entreprises américaines, et, directement ou non, sur les grands groupe européens.
Pharmacie : Obama pourrait casser les prix
Les groupes pharmaceutiques américains comme Pfizer s'inquiètent : la promesse du candidat démocrate d'assurer une couverture médicale pour tous encouragera le gouvernement américain à surveiller de près les prix du secteur et faire en sorte de les tirer vers le bas, quitte à rogner sur leurs marges. Leurs homologues européens comme Sanofi Aventis, qui tirent une partie importante de leur chiffre d'affaires des Etats-Unis, doivent suivre la situation de près, même si McCain n'aurait aucun intérêt à voir flamber les dépenses de santé.
Energie : solaire et éolien pour Obama, pétrole et nucléaire pour McCain
George W. Bush en est l'ultime symbole : les républicains aiment le pétrole. La campagne n'aura pas faire mentir cet adage, Obama ayant joué la carte verte bien davantage que John McCain en s'engageant pour les énergies renouvelables. Le candidat démocrate souhaite investir 150 milliards de dollars sur dix ans dans les technologies d'énergie propre et a proposé de nouvelles taxes pour l'industrie pétrolière. TheStockAdvisers.com, un site boursier qui a demandé à des spécialistes de relever les actions qui profiteraient le plus d'une victoire d'Obama les a vus citer avec insistance des acteurs de ces nouvelles énergies, notamment sans le solaire et l'éolien (comme Sunpower et AeroVironment). Coté français, EDF Energies Nouvelles est bien implanté aux Etats-Unis grâce à une filiale, EnXco, qui exploite aux quatre coins du pays des parc d'éoliennes, dont l'installation est subventionnée par le gouvernement. McCain projette de son côté de relancer le nucléaire via un vaste programme d'investissement qui ne pourrait être totalement défavorable aux géants français comme Areva, Alstom... et EDF.
Militaire et Aéronautique : McCain-Airbus contre Obama-Boeing?
La guerre, un business républicain ? Le raccourci est facile mais la stratégie de retrait militaire d'Irak à moyen terme défendue par Obama devrait engendrer des économies sur le budget militaire des Etats-Unis, n'en déplaise aux industriels. Les analystes voient donc logiquement de plus beaux jours pour les groupes d'armement américains (comme Northrop Grumman, recommandé à l'achat si McCain gagne) et européens (EADS, Thales, Safran, BAE systems) avec un McCain au commandes de la première puissance mondiale. Le candidat républicain a envisagé le maintien de troupes "pendant 100 ans" en Irak, sur le modèle des bases américaines en Allemagne, au Japon ou en Corée du Sud.
Si Obama passe, les Européens ne devraient pas se réjouir trop tôt. Réputé plus protectionniste qu'un McCain volontiers adepte du "laissez-faire", le candidat démocrate devrait remettre en cause le contrat record de l'armée de l'air américaine pour des avions ravitailleurs, dont l'européen EADS a remporté le dernier round face à Boeing. Pour ne rien arranger, Obama est sénateur de l'Illinois, là où se trouve le siège du géant américain.
BTP-Automobile : Obama plus généreux ?
Les grands travaux, c'est Obama. Grâce aux économies faites en Irak, le candidat démocrate veut remettre à niveau les infrastructures vieillissantes du pays, routes, ponts, réseaux électriques... Cette politique d'investissement profiterait au secteur du BTP ou aux grands cimentiers comme Lafarge. Le démocrate pourrait aussi être plus sensible aux difficultés des trois grands constructeurs automobiles (General Motors, Ford et Chrysler) et agir pour sauver leurs emplois. Les premières mesures prises outre-Atlantique (prêts à taux cassés...) ont fait réagir François Fillon qui réclame déjà un plan similaire pour les groupes automobiles européens. Une politique de soutien fort d'Obama à la filière pourrait donc profiter, par ricochet, à Renault et Peugeot...
Secteurs de riches, secteurs de pauvres....
Outre ces secteurs clés, les analystes considèrent cyniquement que, globalement, les républicains roulent pour les riches et les démocrates pour les pauvres. Certains voient donc les entreprises qui vendent leur produit au grand public, comme Apple et Microsoft, profiter d'une victoire d'Obama qui a promis de rendre du pouvoir d'achat aux classes moyennes. Les entreprises abusant des salaires à bas prix, comme le distributeur Wal-Mart, peuvent également redouter qu'Obama favorise la création de syndicats. D'autres estiment, de la même manière, que les valeurs du luxe, comme LVMH, profiteraient d'une victoire républicaine qui ne remettrait pas en cause les avantages fiscaux aux plus fortunés, hérités des années Bush. Pour leur donner raison, le futur président devra tenir ses promesses.
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