© DRReléguant le pouvoir d'achat au deuxième rang des préoccupations, le chômage, qui a connu une envolée spectaculaire en novembre, inquiète désormais une majorité croissante de Français, selon les sondages, alors que les annonces de suppressions d'emplois massives et de fermetures d'usines se sont accélérées depuis la rentrée. Au troisième trimestre, alors que la plupart de ses voisins européens sombraient dans la récession avec un second trimestre consécutif de baisse du Produit intérieur brut, la France a enregistré une croissance de 0,1%, selon une première estimation, au grand soulagement du gouvernement. Un résultat aussi surprenant qu'inespéré puisque la plupart des économistes s'attendaient à un recul du PIB, après celui de 0,3% déjà enregistré au trimestre précédent.
Mais il ne devrait s'agir que d'un sursis de très courte durée, tous les responsables pronostiquant une chute forte et accélérée de l'activité au dernier trimestre de cette année, sous l'effet du ralentissement économique mondial. L'Insee prévoit ainsi que la France bascule dans la récession au début de l'année prochaine pour la première fois depuis 1993 : l'Institut de la statistique prévoit un effondrement du PIB de 0,8% au dernier trimestre, suivi d'un nouveau recul de 0,4% au premier trimestre 2009. La Banque de France a aussi révisé sa prévision de croissance pour le quatrième trimestre, qui devrait se solder par une baisse du PIB de 0,7%. Cela se traduirait par une croissance de seulement 0,8% cette année, alors qu'elle avait atteint 2,1% en 2007.
Tout le tissu industriel est touché
Présage des difficultés à venir, la production industrielle a déjà plongé de 2,7% en octobre, entraînée dans sa chute par l'automobile (-14%) et les premières fermetures d'usines, assorties de plans sociaux. Une nouvelle vague de mesures de chômage partiel et de suppressions de postes chez les équipementiers confirme la mauvaise santé de l'automobile qui emploie, directement ou indirectement, 10% de la population active, soit près de 2,5 millions de personnes. Mais tout le tissu industriel est touché : de l'automobile à la sidérurgie en passant par l'immobilier ou l'industrie pharmaceutique, la liste des secteurs frappés s'allonge de semaine en semaine.
Après avoir baissé depuis début 2006, le taux de chômage au sens du Bureau international du travail a recommencé à augmenter au troisième trimestre à 7,3% en métropole (+0,1 point) et 7,7% avec les départements d'outre-mer. Une remontée également perceptible au travers des inscriptions à l'ANPE, où le baromètre de référence a bondi de près de 47.000 en octobre pour repasser au-dessus de deux millions de chômeurs, en particulier les jeunes. Il faut remonter à mars 1993 pour retrouver une hausse mensuelle plus forte.
L'économie française a détruit plus d'emplois qu'elle n'en a créés pendant deux trimestres consécutifs. Elle perdrait globalement 97.700 postes au second semestre 2008, puis 169.000 au premier semestre 2009 - perte équivalente au premier semestre 1993, selon l'Insee. Du coup, le chômage devrait remonter à 8% au deuxième trimestre 2009, soit le niveau atteint en 2007, a estimé récemment l'Insee. "Nous entrons dans une période difficile qui peut durer un an", selon le secrétaire d'Etat à l'Emploi Laurent Wauquiez, tandis que la ministre de l'Emploi Christine Lagarde estime que l'impact des départs annoncés ces derniers mois commencera à se faire sentir "dans le premier trimestre 2009". Le chômage, après avoir surtout touché les jeunes et les intérimaires, "va probablement prendre un caractère plus généralisé" pour arriver en 2009 à 8,2%, prévoit l'OCDE, l'Organisation de coopération et de développement économique.
D'après agence
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