
La diplomatie du gaz tend une fois de plus les relations entre Kiev et Moscou. Officiellement, pour la Russie, il s'agit d'un simple différend commercial. Mais le problème se pose à l'identique année après année, et il fait planer une menace directe sur l'approvisionnement de l'Europe. Depuis ce 1er janvier, 8 heures (heure française), les livraisons du géant Gazprom ont cessé pour l'Ukraine, sur le territoire de laquelle transite 80% du gaz russe consommé en Europe (soit environ 20% de l'approvisionnement total en gaz des pays de l'UE). Gazprom réclame à la société ukrainienne des hydrocarbures Naftogaz le remboursement de plus de deux milliards de dollars de dettes pour les livraisons de gaz de l'automne 2008. Et veut revoir à la hausse ses tarifs pour 2009.
Les vannes se ferment pour l'Europe
Alors que Gazprom a cessé d'approvisionner l'Ukraine pour cause de mésentente persistante sur le prix du gaz, la pression dans les gazoducs de pays européens est en baisse.
Publié le 02/01/2009
Les enjeux cachés de la guerre du gaz
Risquons-nous de manquer de gaz ? Jusqu'à quel point sommes-nous dépendants de la Russie ? Le point sur ce qu'il faut savoir pour comprendre la "guerre du gaz".
Publié le 03/01/2009
L'Ukraine bénéficie pour l'heure d'un tarif préférentiel pour son gaz, ultime héritage de l'époque du communisme. Un protocole d'accord signé le 2 octobre par la Russie et l'Ukraine prévoyait le passage d'un prix réduit à un prix de marché de manière progressive, mais seulement si Kiev s'acquittait de ses dettes envers Moscou. Or si l'Ukraine a versé 1,5 milliard de dollars mardi soir à Gazprom, comprenant le paiement de ses arriérés des deux derniers mois, le groupe russe réclamait des pénalités supplémentaires - d'où le chiffre de 2 milliards. Et le conflit porte aussi sur le tarif payé par la Russie pour faire transiter par le territoire ukrainien le gaz destiné à l'Europe.
Le souvenir de la crise de 2006
Dans sa dernière proposition, Moscou avait avancé le prix de 250 dollars les mille mètres cubes de gaz livrés à Kiev. Proposition refusée par l'Ukraine, qui était prête à aller jusqu'à 235 dollars, mais en échange d'une hausse associée du prix du transit du gaz européen. Du coup, Gazprom a annoncé jeudi soir que dès 2009, l'Ukraine devrait payer le même prix que les pays de l'UE, soit 418 dollars pour 1000 m3. Douchant quelque peu l'espoir du président ukrainien Viktor Iouchtchenko, qui annonçait déjà que Moscou et Kiev étaient proches d'un compromis et qu'un contrat pourrait être signé avant le 7 janvier.
Spectactrice plus ou moins impuissante de ce jeu de poker-menteur, l'Europe s'impatiente. Dans un communiqué publié à Bruxelles, la présidence tchèque de l'UE et la Commission ont appelé à de nouvelles négociations entre Moscou et Kiev. "Tous les engagements existants sur la fourniture et le transit (du gaz) doivent être honorés", a souligné le vice-Premier ministre tchèque, Alexandr Vondra, dont le pays a pris jeudi et pour six mois la présidence de l'UE. Parallèlement, les responsables de l'approvisionnement en gaz de divers pays commencent à diffuser des discours rassurants à destination de leur population, comme le groupe autrichien OMV, comme le ministre allemand de l'Economie, ou encore, en Italie, le ministère du Développement économique. En France, GDF Suez l'assure : il n'y aura pas de problème pour "assurer la continuité de fourniture du gaz" à ses clients en cas d'éventuelles perturbations résultant de la suspension des livraisons de gaz russe à l'Ukraine.
Besoin de rassurer donc, d'autant qu'une précédente guerre du gaz en janvier 2006 avait déjà conduit à des perturbations dans les livraisons à l'Europe. L'effet de ces coupures s'était fait ressentir fortement en Pologne, de manière nette en Allemagne, et de façon plus atténuée pour l'approvisionnement énergétique de l'Italie. A l'époque, chacun des protagonistes de l'affaire avait accusé l'autre de cette crise faisant tache d'huile : l'Ukraine avait accusé Gazprom de couper toutes les vannes, et Gazprom avait accusé l'Ukraine de siphonner le gaz destiné aux Européens. Pour l'heure, autant Gazprom que Naftogaz assurent que les fournitures de gaz destinées à l'Europe ne pâtissent, ni ne pâtiront en rien du différend gazier.
Retour MYTF1
Les vannes se ferment pour l'Europe
Chargement en cours...




