© AFPAprès la traque des parachutes dorés, la chasse au bonus est en vogue au gouvernement. Après les patrons des banques, ceux de l'automobile ont reçu mercredi une attention dont ils se seraient bien passés. Interrogée mercredi sur RTL, Christine Lagarde a jugé "insensé" qu'avec le soutien financier de l'Etat les dirigeants des constructeurs automobiles puissent se verser des "superbonus". "Je pense qu'ils auront un sens suffisant de la responsabilité pour prendre eux-mêmes ces mesures", a ajouté la ministre de l'Economie .
La posture a un double avantage. D'abord, elle ne coûte rien à l'Etat, ce qui n'est pas négligeable en temps de flambée du déficit. Ensuite, elle adresse à l'opinion publique le message qu'en temps de crise chacun doit se serrer la ceinture, ce qui est bienvenu en ces temps de moralisation affichée du capitalisme financier. D'ailleurs, la journée n'était pas finie que déjà le patron de Renault, Carlos Ghosn, renonçait à son bonus pour 2008. "Tous les bonus de Renault sont liés à la performance de l'entreprise. Si la performance de l'entreprise n'est pas au niveau souhaité, ce qui est le cas cette année, même pour des raisons indépendantes de la volonté de toutes les personnes qui travaillent chez Renault, il n'y a pas de bonus", a-t-il indiqué sur Radio Classique.
Séquence réussie
Mardi, Christine Lagarde s'était félicitée que les dirigeants des principales banques françaises aient cédé à l'injonction de Nicolas Sarkozy pour pouvoir bénéficier d'une nouvelle aide publique de l'Etat de 10,5 milliards d'euros. "On leur a demandé de renoncer à leur bonus ce qui nous paraissait parfaitement légitime dans une période où d'autres souffrent", a souligné la ministre de l'économie.
Et Nicolas Sarkozy ne s'y est pas trompé. Il s'est lui aussi réjoui mardi soir de l'engagement pris par les dirigeants des principales banques de renoncer à la part variable de leurs rémunérations, pour l'année 2008, à l'issue d'une réunion à l'Elysée avec sept d'entre eux. Le président de la République peut être doublement heureux : la séquence médiatique est réussie. Mercredi matin, le Parisien affichait en Une "Sarkozy fait plier les banques" et développe le titre sur ses deux premières pages. De bon ton, alors que l'opinion publique avait tiqué sur le plan de soutien aux établissements financiers.
Pour défendre les patrons, il ne reste guère que la présidente du Medef qui ne critique, à demi-mot, que la forme. Laurence Parisot, a jugé mercredi que le renoncement des patrons de banques à leurs bonus après la pression de l'Elysée était un "geste de solidarité", tout en estimant que "le rappel à l'ordre n'était pas forcément nécessaire".
Parisot "pas au courant"
Interrogée pour savoir si elle jugeait insensé, comme Christine Lagarde, que les patrons de l'automobile puissent se verser des "superbonus", la présidente du Medef a affirmé ne pas être au courant de tels bonus. "Il y a deux choses: le comportement éthique que chacun doit avoir et j'appelle de mes voeux tous les acteurs économiques et sociaux à avoir des comportements responsables et solidaires", a commencé Laurence Parisot. La "deuxième chose", c'est "que vous pouvez supprimer tous les bonus, ce n'est pas ça qui va résoudre la crise", a-t-elle jugé, "ce qui m'intéresse, c'est comment en restructurant la filière automobile, on va inventer le nouveau véhicule de demain".
Interrogée pour savoir si elle comprenait le président de PSA Peugeot Citroën, Christian Streiff, qui a jugé irresponsable de s'engager à ne pas fermer d'usines, Laurence Parisot a estimé qu'il avait "tout à fait raison". François Fillon avait conditionné mardi l'aide de l'Etat en faveur des constructeurs français Peugeot Citroën et Renault au maintien de l'emploi en France.
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