Image d'archives © Abacapress.comLe 23 décembre, on annonçait le suicide, à New York, du financier français Thierry Magon de la Villehuchet, cofondateur d'Access International, une société qui avait levé des fonds en Europe pour les investir chez le trader américain Bernard Madoff. L'homme n'avait pas résisté à la pression qui a suivi le scandale portant sur la fraude présumée du trader évaluée à 50 milliards de dollars. Mardi, c'est le milliardaire allemand Adolf Merckle, qui s'est suicidé à 74 ans après avoir mis en péril avec des opérations boursières ruineuses son empire industriel. Enfin, à Chicago, le PDG d'une importante société de vente aux enchères de biens immobiliers a été retrouvé mort après s'être suicidé par arme à feu. C'est le dernier exemple en date de suicide dans les milieux économiques.
En France, c'est un patron de chantiers navals, Joël Gamelin, qui s'est donné la mort le 23 décembre alors que son entreprise était placée en redressement. Sa banque, échaudée par les premiers signes de défaillance de ses clients, refusait de lui accorder un prêt supplémentaire de 200.000 euros pour payer ses employés.
Au-delà du cercle fermé des milliardaires déchus, force est de constater que le marasme économique peut également s'avérer néfaste pour toutes les catégories sociales.
La ligne ouverte aux suicidaires est saturée
Au Japon, pays connaissant l'un des plus forts taux de suicide au monde (24 pour 100.000 habitants en 2006 contre une moyenne mondiale de 16 selon l'OMS), le syndrome du mal-être économique est pris très au sérieux. Et il inquiète beaucoup l'association Inochi no Denwa ("le téléphone de la vie") qui gère la ligne téléphonique ouverte aux suicidaires de l'archipel. Cette dernière est en effet saturée, les 7 000 bénévoles croulant sous les appels, alors que la crise, qui n'a pas encore donné toute sa mesure, menace de grossir un peu plus les rangs des désespérés.
Facteur aggravant, le Japon est une société bouddhiste où le suicide n'est pas marqué du sceau de l'infamie, à l'inverse des civilisations chrétiennes. Et, faute de volontaires, l'association ne parvient plus à répondre à la demande, rapporte le quotidien japonais Asahi Shimbun. "Je crains une augmentation des suicides avec la récession économique" qui frappe l'archipel comme ailleurs, s'inquiète Yukio Saito, directeur de l'association Inochi no Denwa. Ce dernier n'hésite donc pas à demander "davantage de subventions publiques" en prévision d'un phénomène de grande ampleur. Et pour cause, entre 1993 et 2003, après l'éclatement de la bulle financière marqué par une montée du chômage qui avait doublé, le Japon avait connu une très forte recrudescence des suicides.
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