La chancelière allemande et le président français le 11 octobre 2008Après l'union sacrée de l'automne, voilà le chacun pour soi de l'hiver. Après avoir répété à l'envi que "tous ensemble, on est plus fort", les pays de l'Union européenne commencent à se déchirer sur fond de lancement de plans de relance désormais très nationaux. Et la France semble faire l'unanimité contre elle... La Commission européenne a indiqué mardi avoir "certaines préoccupations" quant au respect du droit communautaire par le plan français de soutien au secteur automobile annoncé lundi par Nicolas Sarkozy. Du coup, le Premier ministre français François Fillon s'entretiendra jeudi à Bruxelles avec son homologue belge Herman Van Rompuy, puis avec le président de la Commission européenne José Manuel Barroso, a annoncé Matignon mardi.
Avant cet épisode, le gouvernement allemand s'était affirmé très mécontent des mesures d'aide en faveur de Renault et Peugeot Citroën. Rien d'officiel mais une source gouvernementale allemande menaçait mardi d'en appeler à Bruxelles après les annonces du président français. "Nous devons nous assurer que personne ne va bénéficier d'un avantage concurrentiel. Aucune mesure en contradiction avec les règles européennes ne devrait être approuvée", expliquait cette source. Berlin joint ainsi sa voix aux critiques formulées par la République tchèque et la Suède à l'encontre du plan automobile français, qui prévoit le déblocage d'un prêt de 6,5 milliards d'euros à l'intention des constructeurs français et le doublement de la ligne de refinancement de leurs filiales de crédit.
La présidence tchèque de l'UE va encore plus loin. Elle continue mardi à attiser la polémique sur le retour du protectionnisme en Europe, avec la France dans le collimateur, mettant un peu plus en évidence les difficultés des 27 à se mettre d'accord sur une approche commune face à la crise. "La présidence est d'avis que le risque le plus important à l'heure actuelle est celui du protectionnisme", a déclaré le ministre tchèque des Finances, Miroslav Kalousek, en arrivant à une réunion avec ses collègues de l'Union européenne à Bruxelles. "Certains des signaux sont si forts" que son pays "a décidé d'organiser un sommet dès que possible de manière à ce que les chefs d'Etat et de gouvernement disent clairement non au protectionnisme", a-t-il ajouté. Ce sommet extraordinaire de l'UE se tiendra d'ici fin février.
L'interview qui met le feu
Les Tchèques entendent ainsi clairement mettre la pression sur Paris. Ils dénoncent depuis plusieurs jours la France, avec une véhémence inhabituelle pour une présidence européenne, ce rôle obligeant en principe à une certaine réserve. Prague, rejoint par la Slovaquie voisine, voit dans les aides au secteur automobile annoncées lundi par Paris un risque protectionniste car certaines d'entre elles sont conditionnées au maintien de l'activité en France. Les Tchèques ne décolèrent pas depuis que Nicolas Sarkozy a critiqué lors de son intervention télévisée les délocalisations dans leur pays, l'une des terres de prédilection des groupes automobiles français depuis plusieurs années.
Et comme si cela ne suffisait pas, l'Elysée tente toujours d'éteindre un autre incendie qu'a allumé Nicolas Sarkozy jeudi, avec le Royaume-Uni cette fois. Lors de la même intervention, il avait notamment estimé que la décision de Gordon Brown d'abaisser la TVA dans l'espoir de relancer la consommation, n'avait "amené absolument aucun progrès". Il avait également déclaré que "franchement quand on voit la situation aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, on n'a pas envie de leur ressembler".
Nicolas Sarkozy a donc assuré une nouvelle fois mardi le Premier ministre britannique de "toute son estime" déplorant "la manière dont ses commentaires sur l'économie britannique ont été rapportés au Royaume-Uni". Selon l'Elysée, "la France et le Royaume-Uni agissent dans la même direction : les deux pays ont adopté les mesures nécessaires pour recapitaliser leur système bancaire en octobre dernier et ont pris la décision de recourir à des dépenses budgétaires pour relancer leur économie, rejetant ainsi la thèse de ceux qui considèrent qu'il faut simplement attendre que la récession passe sans agir". Tous les pays d'Europe sont désormais déterminés à lutter contre la crise, c'est un fait, mais il devient chaque jour plus difficile de prétendre que leur action est coordonnée.
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