La relance à la française sème la zizanie

Par O. L. avec agences, le 10 février 2009 à 14h06 , mis à jour le 10 février 2009 à 21h30

La Commission européenne a indiqué avoir des "préoccupations" d'ordre légal sur la plan français alors que Tchèques et Allemands critiquent son protectionnisme.

Sarkozy MerkelLa chancelière allemande et le président français le 11 octobre 2008

Après l'union sacrée de l'automne, voilà le chacun pour soi de l'hiver. Après avoir répété à l'envi que "tous ensemble, on est plus fort", les pays de l'Union européenne commencent à se déchirer sur fond de lancement de plans de relance désormais très nationaux. Et la France semble faire l'unanimité contre elle... La Commission européenne a indiqué mardi avoir "certaines préoccupations" quant au respect du droit communautaire par le plan français de soutien au secteur automobile annoncé lundi par Nicolas Sarkozy. Du coup, le Premier ministre français François Fillon s'entretiendra jeudi à Bruxelles avec son homologue belge Herman Van Rompuy, puis avec le président de la Commission européenne José Manuel Barroso, a annoncé Matignon mardi.
 
Avant cet épisode, le gouvernement allemand s'était affirmé très mécontent des mesures d'aide en faveur de Renault et Peugeot Citroën. Rien d'officiel mais une source gouvernementale allemande menaçait mardi d'en appeler à Bruxelles après les annonces du président français. "Nous devons nous assurer que personne ne va bénéficier d'un avantage concurrentiel. Aucune mesure en contradiction avec les règles européennes ne devrait être approuvée", expliquait cette source. Berlin joint ainsi sa voix aux critiques formulées par la République tchèque et la Suède à l'encontre du plan automobile français, qui prévoit le déblocage d'un prêt de 6,5 milliards d'euros à l'intention des constructeurs français et le doublement de la ligne de refinancement de leurs filiales de crédit.
 
La présidence tchèque de l'UE va encore plus loin. Elle continue mardi à attiser la polémique sur le retour du protectionnisme en Europe, avec la France dans le collimateur, mettant un peu plus en évidence les difficultés des 27 à se mettre d'accord sur une approche commune face à la crise.   "La présidence est d'avis que le risque le plus important à l'heure actuelle est celui du protectionnisme", a déclaré le ministre tchèque des Finances, Miroslav Kalousek, en arrivant à une réunion avec ses collègues de l'Union européenne à Bruxelles.  "Certains des signaux sont si forts" que son pays "a décidé d'organiser un sommet dès que possible de manière à ce que les chefs d'Etat et de gouvernement disent clairement non au protectionnisme", a-t-il ajouté. Ce sommet extraordinaire de l'UE se tiendra d'ici fin février.
 
L'interview qui met le feu
 
Les Tchèques entendent ainsi clairement mettre la pression sur Paris. Ils dénoncent depuis plusieurs jours la France, avec une véhémence inhabituelle pour une présidence européenne, ce rôle obligeant en principe à une certaine réserve. Prague, rejoint par la Slovaquie voisine, voit dans les aides au secteur automobile annoncées lundi par Paris un risque protectionniste car certaines d'entre elles sont conditionnées au maintien de l'activité en France. Les Tchèques ne décolèrent pas depuis que Nicolas Sarkozy a critiqué lors de son intervention télévisée les délocalisations dans leur pays, l'une des terres de prédilection des groupes automobiles français depuis plusieurs années.
 
Et comme  si cela ne suffisait pas, l'Elysée tente toujours d'éteindre un autre incendie qu'a allumé Nicolas Sarkozy jeudi, avec le Royaume-Uni cette fois. Lors de la même intervention, il avait notamment estimé que la décision de Gordon Brown d'abaisser la TVA dans l'espoir de relancer la consommation, n'avait "amené absolument aucun progrès". Il avait également déclaré que "franchement quand on voit la situation aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, on n'a pas envie de leur ressembler".
 
Nicolas Sarkozy a donc assuré une nouvelle fois mardi le Premier ministre britannique de "toute son estime" déplorant "la manière dont ses commentaires sur l'économie britannique ont été rapportés au Royaume-Uni". Selon l'Elysée, "la France et le Royaume-Uni agissent dans la même direction : les deux pays ont adopté les mesures nécessaires pour recapitaliser leur système bancaire en octobre dernier et ont pris la décision de recourir à des dépenses budgétaires pour relancer leur économie, rejetant ainsi la thèse de ceux qui considèrent qu'il faut simplement attendre que la récession passe sans agir". Tous les pays d'Europe sont désormais déterminés à lutter contre la crise, c'est un fait,  mais il devient chaque jour plus difficile de prétendre que leur action est coordonnée. 

Par O. L. avec agences le 10 février 2009 à 14:06
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16 Commentaires

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  • Mickael, le 10/02/2009 à 19h25

    Depuis quand un pays n'a t il pas le droit de défendre les emplois sur son territoire. Que les tchèques commencent à regarder ce qui se passe chez eux avant de dénoncer n'importe quoi. J'espère que Sarkozy ne pliera pas face à tout ses hypocrites de Bruxelle.

  • Logan, le 10/02/2009 à 18h43

    Pour ce qu'on sait de l'action actuelle des tcheques et de la façon dont ils profitent de toutes les économies qui délocalisent, on peut se demander s'ils ont interet a faire bouger les choses en europe. Donc tout ce qui leur reste c'est la critique. Un peu facile, non ?

  • Jojo, le 10/02/2009 à 18h41

    Pourquoi toutes mes reactions ne passent pas. C'est bien SARKO, on n'a que faire de l'europe

  • Chris, le 10/02/2009 à 18h10

    L'avenir de la France, c'est l'Europe, qu'ils disaient. Le probleme est que l'Europe n'est pas faite. Pourrais-t-on demander aussi pourquoi certains ouvriers d'autres pays s'en prennent aux ouvriers etrangers? (notamment portugais...). Il faut savoir balayer devant sa porte, n'est-ce pas?

  • Butchi05, le 10/02/2009 à 17h54

    J'imagine la réactions des syndicats français si Sarko n'avait débloqué aucune aide à un secteur qui emploie 10% de la main-d'oeuvre en France, sous prétexte de ne pas déplaire à la concurrence européenne, et notamment celle qui bénéficie des délocalisations ! Ou alors que les Tchèques fassent...le chèque ! Dans la situation actuelle il est impossible de respecter TOUTES les règles éditées par Bruxelles (cf.le glissement du déficit qui est toléré en cette période..)

  • Alain, le 10/02/2009 à 17h26

    Va réussir à nous facher avec tout le monde !

  • Armand, le 10/02/2009 à 16h40

    "Les dangers du protectionnisme" Mais qui a inventé ce non-sens ?? Par définition, une "protection" est quelque chose de positif, sinon ce n'est pas une protection ! C'est le "non-protectionnisme" le vrai danger, la preuve : la crise actuelle.

  • Florent, le 10/02/2009 à 16h34

    Moi, le lambda, je dois avoir le droit de le dire : je serais très malheureux si la France ressemblerait à l'Angleterre ...

  • Julien, le 10/02/2009 à 16h32

    Pourquoi la France devrait toujours donner à l'Europe.nous allons aussi mal que nos voisins. Desfois il faut savoir être égoïste. Ce sacrifice pour relancer l'industrie automobile nous le faisons pour notre pays. que les autres pays fasse de même plutôt que de lorgner sur nos sous sous pretexte que nous sommes tous européens et qu'il faut partager.

  • Jean, le 10/02/2009 à 16h28

    La présidence tchèque peut toujours protester , nous on se demande encore quelle a été son action à la tête de l'Europe face à la crise .

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