© Charles Platiau / ReutersNous y sommes. Les vingt principaux pays développés et émergents se réunissent jeudi à Londres pour le sommet de toutes les promesses, largement consacré à la lutte contre la crise économique. Selon le Financial Times, citant un projet de communiqué final, ils devraient y renouveler leur engagement à lutter contre le protectionnisme, sans promettre de nouveau plan de relance de l'économie. Annoncé depuis le début de la crise, le sommet devait symboliser la reprise en main des pouvoirs publics sur les marchés. Faute d'annonce phare, ce G20 pourrait donc décevoir et affaiblir davantage des dirigeants que la crise fragilise sur leur scène nationale.
ETATS-UNIS : RESTER LEADER
Accusés frontalement ou à mots couverts d'être à l'origine de la crise économique mondiale, les Etats-Unis ont beaucoup à perdre de ce G20. Ils doivent prouver leur bonne volonté à réformer le système financier tout en évitant de trop grandes concessions sur la régulation internationale. Plus important, ils souhaitent réaffirmer leur leadership sur l'économie planétaire que de nouvelles puissances viennent leur contester. En demandant aux Européens de muscler leur plan de relance contre la crise, ils ont su allumer un contre-feu.
Obama : plutôt l'entente que la révolution
Conscient des difficultés et des désaccords qui entourent ce G20, Barack Obama a multiplié depuis une semaine les déclarations faisant de la volonté "d'agir ensemble" le principal résultat à attendre du sommet. "La tâche la plus urgente qui nous incombe à tous est d'adresser un message fort d'unité face à la crise", a déclaré le président américain. Dans une interview au Financial Times, il a souligné lundi que le choix n'était pas entre l'injection massive de capitaux dans l'économie mondiale pour stimuler la croissance - à laquelle la France et l'Allemagne rechignent - et la création d'un nouveau cadre de régulation financière. "J'ai sans cesse fait valoir qu'il fallait une approche : l'un et l'autre. Il faut un plan de relance et une nouvelle régulation", a dit Obama. Il a laissé le soin à son secrétaire au Trésor de fixer déjà des limites à cette nouvelle régulation. Timothy Geithner s'est dit hostile à la création d'un "supergendarme" de la finance internationale refusant de "donner à quiconque la responsabilité de décider quel est l'équilibre souhaitable entre sécurité et efficacité pour nos marchés". Washington a toutefois rassuré en dévoilant les grandes lignes d'un plan prévoyant de durcir les normes financières existantes et d'assujettir au contrôle des autorités un grand nombre d'entreprises ou de marchés qui y échappaient jusqu'ici.
EUROPE : PRESERVER L'UNITE
Pour leur premier sommet avec le nouveau président américain, les Européens veulent apparaître unis, sans glisser vers un conflit ouvert avec Obama. La France est un des quatre Etats de l'UE qui seront assis à la table du G20, avec l'Allemagne, le Royaume-Uni et l'Italie. Les Européens se rendent au G20 avec la ferme intention de résister aux appels américains en faveur d'une relance économique mondiale plus soutenue et d'obtenir plutôt le maximum d'avancées sur la régulation financière. Prudent, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a jugé mardi qu'un autre sommet international serait "utile" en 2009, car le G20 ne peut pas déboucher sur "une solution miracle".
Sarkozy : des décisions ou rien
"Je ne m'associerai pas à un sommet mondial qui déciderait de ne rien décider", "On ne peut pas tout changer d'un coup, mais il faut des résultats", " la crise est trop grave pour qu'on se permette un sommet pour rien"....Nicolas Sarkozy a répété, à chacune de ses sorties, sa ferme volonté d'y arracher des résultats "concrets". Depuis le début 2009, le locataire de l'Elysée n'a pas épargné ses efforts pour rallier ses partenaires européens à cet objectif de résultat, notamment Angela Merkel. Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande doivent d'ailleurs enfoncer le clou lors d'une conférence de presse mercredi à 17 heures 30, avant le coup d'envoi du sommet. (à suivre sur LCI.fr) Selon l'Elysée, le président s'est fixé des "marqueurs", sorte de minimum vital qu'il veut voir le G20 adopter. Dans l'ordre, changement des normes comptables et prudentielles, encadrement de la rémunération des "traders" avec possibilité de punir "ceux qui vont trop loin", enregistrement et surveillance des fonds spéculatifs et enfin publication de listes de paradis fiscaux et des sanctions à leur appliquer. A la veille du sommet, la France maintient cette pression. Nicolas Sarkozy est "déterminé" à "quitter" le G20 s'il n'est pas satisfait des résultats, a affirmé mardi la ministre de l'Economie Christine Lagarde sur la BBC. Position confirmée par le chef de l'Etat dans une tribune publiée dans plusieurs grands quotidiens internationaux. "L'échec nous est interdit, le monde ne le comprendrait pas, l'Histoire ne nous le pardonnerait pas", explique-t-il notamment dans les quotidiens parisien International Herald Tribune, américain Washington Post, espagnol El Pais ou japonais Yomiuri Shimbun.
Angela Merkel ne veut plus dépenser
"La crise ne s'est pas produite parce que nous avons distribué trop peu d'argent, mais parce que nous avons créé de la croissance économique avec trop d'argent et que ce n'était pas une croissance durable", a estimé samedi la chancelière allemande qui n'en peut plus qu'on lui demande de muscler son plan de relance. "Si nous voulons en tirer des leçons, la réponse n'est pas de répéter les erreurs du passé", a ajouté Angela Merkel dans le Financial Times. Elle a, semble-t-il, été entendue. Le sommet ne discutera finalement pas de nouveaux plans de relance mais devrait se concentrer essentiellement sur de nouvelles règles pour les marchés financiers, amenant plus de transparence et permettant de lutter contre les paradis fiscaux, a en tout cas indiqué mardi un représentant du gouvernement allemand. Autres thèmes au programme selon la source allemande : l'aide aux pays en voie de développement, via le Fonds monétaire international (FMI), et la réflexion sur des modes de rémunération "acceptables" pour les dirigeants d'établissements financiers.
Brown : marquer des points devant les Anglais
Un échec au G20 serait aussi le sien. Donné perdant aux prochaines élections législatives qui devront se tenir d'ici un an, Gordon Brown souhaite faire du succès du sommet qu'il organise une nouvelle rampe de lancement. Le Premier ministre britannique promet des décisions importantes. Il a déclaré mardi à Londres, place-clé de la finance internationale, que le sommet déciderait de règles internationales pour la rémunération des banquiers. "De même que nous éliminons les paradis fiscaux, nous essayons d'éliminer les mauvaises pratiques, en soulignant qu'il s'agit de règles mondiales et non simplement de règles qui s'appliquent dans un pays et peuvent être sapées dans le pays voisin, des règles mondiales que tout le monde accepte", a-t-il insisté. Alors que des manifestations se préparent contre le sommet mercredi et jeudi, et que les Anglais ne paraissent pas très concernés, il a reconnu que "pour trop de familles anxieuses de perdre leur travail, inquiètes pour leurs crédits, incertaines de l'avenir, les sommets financiers les plus importants se tiennent autour de la table de la cuisine". Mais il a appelé à ce que les dirigeants réunis à Londres "apportent l'oxygène de la confiance et redonnent espoir en l'avenir".
LES NOUVEAUX GEANTS VEULENT EXISTER
Chine et Brésil ont vu leur poids économique croître considérablement ces dernières années sans que leur voix soit beaucoup plus écoutée dans les grandes institutions internationales. Au G20, ils comptent marquer des points. Derrière eux, l'Afrique risque d'avoir une fois encore du mal à faire entendre sa voix.
Hu Jintao chatouillera les Américains
La Chine se rend au G20 de Londres avec l'espoir de voir reconnu son statut de nouvelle grande puissance économique, mais sans illusion sur ce qu'elle peut obtenir dans un système mondial toujours dominé par les Etats-Unis. Son appel en faveur d'une nouvelle monnaie de réserve internationale qui prendrait le relais du dollar américain ne devrait même pas être abordé. Le géant asiatique, représenté au sommet par son président, Hu Jintao, devrait mettre à l'index les failles du système financier ayant conduit la planète à la crise, tout en sachant que la bataille n'est pas gagnée. En marge des discussions, il doit avoir son premier tête-à-tête avec Barack Obama, qui devrait être plus une simple prise de contact qu'un entretien riche en substance.
Lula prêchera la libéralisation du commerce
Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva fera entendre la voix des pays émergents lors du sommet du G20 à Londres et devrait mettre en garde contre les effets nocifs du protectionnisme commercial en temps de crise mondiale. A la tête de l'une des principales économies du monde, Lula défendra le libre échange, l'arme la plus puissante des pays en développement pour faire face à la crise financière, selon lui. Le président brésilien préconisera également une conclusion rapide du cycle de Doha sur la libéralisation du commerce mondial, la réforme du système financier mondial et l'adoption de mesures plus efficaces de régulation du système bancaire. Grand exportateur de matières premières, le géant sud-américain qui a bénéficié au cours des cinq dernières années de la valorisation de ces biens sur le marché mondial, souhaite une rapide reprise des échanges commerciaux.
Et l'Afrique dans tout ça ?
L'Afrique du Sud se rend au G20 comme porte-parole d'un continent africain qui craint d'être oublié dans les efforts pour lutter contre la récession mondiale, bien qu'il en soit l'une des premières victimes. Le pays de Kgalema Motlanthe, successeur de Thabo Mbeki, lui-même confronté à un ralentissement de son économie, devra tenter d'obtenir des garanties pour l'Afrique auprès de pays qui risquent d'être plus occupés à définir un scénario commun de sortie de crise. Les pays comme l'Ouganda ou la Tanzanie, dont 40% des budgets reposent sur les donations étrangères, ont particulièrement peur que les pays riches n'oublient leurs promesses. Et la crise mondiale frappe également de plein fouet le continent avec la chute des cours des matières premières. Des milliers d'emplois ont déjà été supprimés dans les pays miniers comme la République démocratique du Congo, le Botswana ou l'Afrique du Sud et l'hémorragie devrait se poursuivre.
Les rendez-vous vidéo (cliquez-ici pour accéder aux directs)
Mercredi 1er avril
Conférence de presse Sarkozy-Merkel à 17 heures 30
Jeudi 2 avril
Conférence de Gordon Brown à 16 heures 30
Conférence de Nicolas Sarkozy à 17 heures 30 (à confirmer)
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