Timothy Geithner, Secrétaire au Trésor des États-Unis La mission de Tim Geithner n'est pas facile... Le nouveau secrétaire américain au Trésor, déjà fragilisé par le scandale AIG et visé par des appels à la démission, doit purger l'économie américaine des actifs pourris hérités de la crise des subprimes qui l'empoisonnent. Comme si cela ne suffisait pas, au pays du libéralisme, toute intervention de l'Etat dans l'économie est observée avec suspicion. Il suffit de peu pour passer pour un dangereux socialiste...
Fort de la confiance sans failles du président Obama, Tim Geithner a livré lundi les détails de son plan qui tente de trouver un équilibre entre sauvetage public et privé. Pour soulager les banques de leurs actifs douteux, une étape clé de la relance du système financier, il demande l'aide d'un secteur privé resté jusqu'à présent sceptique. "Il n'y a aucun doute sur le fait que l'Etat prend des risques. On ne peut pas résoudre une crise financière sans que l'Etat assume des risques", a par ailleurs déclaré Tim Geithner à la presse, en présentant son plan.
Ce dispositif, doté dans un premier temps de 500 milliards de dollars, repose sur un partenariat entre pouvoirs publics et fonds d'investissement. Ses grandes lignes avaient été exposées dès le mois dernier mais son fonctionnement avait semblé trop flou et trop complexe pour rassurer les marchés, qui l'avaient d'ailleurs accueilli avec une forte baisse en Bourse.
500 à 1.000 milliards de dollars
Lundi, c'est à la bible des milieux d'affaires, le Wall Street Journal, que Tim Geithner, a détaillé sous forme de tribune la primeur de son plan, avant de recevoir les journalistes hors caméras pour répondre à leurs questions. Comme il était acquis depuis plusieurs semaines, une structure à 500 milliards de dollars, pouvant atteindre à terme 1.000 milliards de dollars, sera créée pour racheter les actifs douteux qui engorgent le système financier.
Pour Tim Geithner, cette somme représente non pas la totalité mais "une part substantielle des actifs liés à l'immobilier engendrés avant la récession qui étouffent maintenant notre système financier". Des fonds d'investissement récupérant des actifs dans le cadre de ce programme obtiendront une aide gouvernementale - sous forme de capital, apporté par le Trésor, et sous forme de prêts, apportés à la fois par la Réserve fédérale et par le Fonds de garantie des dépôts bancaires (FDIC) - ce qui, espère l'administration, séduira assez d'investisseurs pour tenter l'aventure. Tim Geithner a précisé qu'il s'assurerait que les investisseurs privés participant au programme "assument des risques au même titre que les contribuables", et que les contribuables profitent autant que les investisseurs privés lorsque ces actifs auront été vendus. Il a ajouté en outre que Wall Street n'était pas seule à avoir vocation à s'impliquer, et que "tous types d'investisseurs" seraient bienvenus, y compris des fonds d'épargne retraite. Les fonds intéressés ont jusqu'au 10 avril pour se faire connaître, le Trésor entendant faire un premier choix avant le 1er mai.
"Partager le risque"
Tim Geithner a indiqué que pour éviter que le gouvernement paie trop cher des actifs dévalués, il laisserait au secteur privé le soin d'en fixer la valeur. Alors que certains estiment que les milieux d'affaires pourraient hésiter à s'engager dans ce plan, sous le choc qu'ils sont du vote au Congrès d'un texte visant à annuler de fait et rétroactivement des primes de performances versées dans des établissement renfloués sur fonds publics, il a vanté l'effet escompté de ce plan sur les banques.
L'incertitude sur l'ampleur des pertes à inscrire à leur bilan sera levée, elles pourront lever des capitaux, et cela leur permettra de se libérer de la tutelle gouvernementale qui a accompagné l'injection par le Trésor de milliards de dollars à leur capital. Et aux avocats d'une structure de défaisance purement publique, comme le prix Nobel d'économie Paul Krugman, il a assuré que sa démarché permettait de "partager le risque" avec le privé et d'éviter de trop payer des actifs dévalués. Enfin le ministre, qui s'est déjà attaqué à la crise financière en lançant un plan de relance des prêts à la consommation et un plan d'aide aux propriétaires immobiliers, a souligné qu'il ne comptait pas en rester là, et qu'une réforme de la régulation était encore à venir. "Notre pays mérite mieux qu'une alternative entre accepter les dommages catastrophiques entraînés par une faillite comme celle de Lehman Brothers ou être forcé à déverser des milliards de dollars des contribuables dans une institution comme AIG", écrit Tim Geithner. Reste à inventer cette troisième voie.
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