Nicolas Sarkozy devant le Congrès (22 juin 2009) © TF1/LCIC'était l'une des grandes annonces, et l'une des plus attendues, du discours de Nicolas Sarkozy lors du Congrès de Versailles. L'idée d'un grand emprunt pour financer les priorités du gouvernement en ces temps de crise ne semble pourtant pas enthousiasmer les Français. Une nette majorité d'entre eux (soit 56%) sont même opposés au lancement d'un tel emprunt, contre 42% qui y sont favorables, selon un sondage Opinionway pour le Figaro et LCI (1). 34% se disent "opposés" à cette perspective et 22% "tout à fait opposés". A l'inverse, sur les 42% qui sont pour, 33% y sont "favorables" et 9% "tout à fait favorables". Seuls 2% ne se prononcent pas.
Sarkozy frôle le plancher
Un nouveau sondage de l'Ifop fait le point sur la baisse mensuelle de la popularité du chef de l'Etat : 2 points de moins qu'en octobre, soit à peine 36% d'opinions favorables. Fillon s'érode mais reste à 48%.
Publié le 21/11/2009
Plus révélateur encore : un autre sondage, réalisé par l'Ifop pour le Journal du Dimanche et M6 (2), révèle qu'une majorité encore plus large des Français, 82%, assure ne pas avoir l'intention de souscrire à cet emprunt national. 61% des personnes interrogées disent n'avoir "pas du tout" l'intention de souscrire à un tel emprunt et 21% "plutôt pas", contre 12% ayant "plutôt" l'intention de le faire et 5% "tout à fait" l'intention d'y souscrire. A noter que cette méfiance est très prononcée quelle que soit la tendance politique : ainsi chez les sympathisants de droite, 70% n'ont pas l'intention de souscrire (48% "pas du tout", 22% "plutôt pas") pour 30% qui en ont l'intention (19% "oui plutôt" et 11% "oui tout à fait").
Le refus d'opter pour la rigueur
L'ouverture aux ménages devrait permettre de soulager les marchés, mais cela aura néanmoins un coût, car pour attirer les investisseurs, l'Etat devra y mettre le prix, et en plus rémunérer les intermédiaires tels que les banques. Les Français ne sont donc pas les seuls à s'interroger sur les bénéfices d'une telle opération : des stratégistes sont dans le même cas de figure.
La crainte, pour René Defossez, stratégiste chez Natixis, est que la France s'isole de ses partenaires européens. Avec un emprunt d'Etat, la France fait le choix de "marcher en solitaire", en refusant d'opter pour la rigueur, estime-t-il. "La voie est extrêmement étroite entre ne pas contrarier les signaux de reprise et la volonté de ne pas trop dégrader les finances publiques", ajoute-t-il. "En principe, tous les pays européens essaient de rester sur ce chemin, c'est dommage qu'on se distingue de cette manière". Un propos nuancé par un analyste parisien qui souligne que certes, la dette de la France s'accroît mais à un rythme moindre que d'autres pays. "L'Etat n'est pas voué à n'avoir pas de dettes. Un Etat qui n'a pas de dettes est un Etat qui n'investit pas", explique-t-il.
Les Français souscriront-ils malgré tout ?
Le risque principal est que l'on "ait durablement une croissance au ras des pâquerettes", explique René Defossez, ce qui alourdirait d'autant plus le fardeau de la dette et menacerait éventuellement la note de la France. Le stratégiste rappelle que d'autres pays européens sont plus en danger, comme le Royaume-Uni, placé sous surveillance négative par Standard and Poor's, ou l'Irlande dont la note a déjà été abaissée à deux reprises par la même agence de notation.
Paradoxalement, malgré les réserves exprimées dans l'opinion sur le bien-fondé d'un tel emprunt, les stratégistes pensent qu'il n'en rencontrera pas moins un certain succès. Ils mettent en avant le succès de l'emprunt EDF auprès des ménages. L'Etat apporterait à ce titre une garantie supplémentaire auprès du public, puisque son risque de faillite, contrairement à celui d'une entreprise, est extrêmement faible. Le montant devrait rester toutefois bien inférieur à ce que la France émet chaque année, à l'image de l'emprunt Balladur en 1993 qui s'était élevé à un peu plus de 15 milliards d'euros actuels. "Je n'imagine pas un montant de 100 milliards d'euros. Personne n'a des projets d'investissement de cette ampleur", explique un stratégiste obligataire sous couvert d'anonymat.
(1) sondage réalisé en ligne selon la méthode des quotas auprès de 998 personnes de 18 ans et plus.
(2) sondage réalisé par téléphone les 25 et 26 juin par téléphone auprès d'un échantillon représentatif de la population (méthode des quotas) de 880 personnes.
D'après agence
Retour MYTF1
Sarkozy frôle le plancher
Chargement en cours...





