
Un coup de pouce au Smic n'est jamais apparu plus improbable... Le groupe d'experts chargé de se prononcer sur son évolution a conforté lundi le gouvernement dans son intention de ne pas donner de coup de pouce au salaire minimum, dont la revalorisation annuelle le 1er juillet devrait se limiter au minimum légal, de 1,25% à 1,4%. Il a décidé "à l'unanimité" de recommander que la prochaine revalorisation du Smic soit limitée au minimum légal prévu dans le Code du travail. Le journal Les Echos a sorti sa calculette, et anticipe une hausse de 2% du salaire minimum cet été, "un bol d'air inattendu pour quelque 2,3 millions de salariés". Décision politique visant à atténuer les effets de la crise ? Pas du tout : la hausse, si elle intervient, sera purement automatique. La revalorisation annuelle du Smic, le 1er janvier, devrait cette année encore se limiter au minimum légal. Elle devrait donc tourner autour de 1,6%. Le salaire horaire minimum en France devrait passer à 9 euros brut le 1er janvier prochain contre 8,86 euros actuellement, selon Les Echos. Le Smic sera revalorisé de 0,5% au 1er janvier, passant de 8,82 euros par heure à 8,86 euros, en l'absence de coup de pouce supplémentaire décidé par le gouvernement.
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Dans leur rapport, les cinq économistes, choisis par le gouvernement pour quatre ans pour former ce groupe d'experts, estiment que "les hausses du Smic ont été particulièrement soutenues depuis une quinzaine d'années", avec "des conséquences incontestablement défavorables". Ce groupe est présidé par un ancien directeur général de l'Insee, Paul Champsaur et comprend notamment Gilbert Cette, coauteur en 2008 d'un autre rapport critiquant le niveau "élevé" du Smic et son application "uniforme" quelle que soit la branche d'activité, l'âge ou la région du salarié.
1.321,02 euros brut
Ces experts, qui ont eu quinze jours pour travailler, jugent également que "le coût du travail au niveau du Smic est aujourd'hui l'un des plus élevés des pays de l'OCDE", et que "de solides constatations empiriques convergent pour affirmer qu'un coût du Smic élevé évince du marché du travail les travailleurs les plus fragiles". En outre, les politiques comme la PPE (Prime pour l'emploi) et le RSA (Revenu de solidarité active) leur "apparaissent plus appropriées pour réduire les inégalités de revenus du travail (...)". Le groupe a estimé devoir "privilégier à la fois la protection du pouvoir d'achat des salariés dont les rémunérations sont les plus faibles et le développement de leurs perspectives d'emploi à court et moyen terme, compatibles avec le développement économique des entreprises qui les emploient".
La revalorisation, dont l'annonce était prévue pour le 22 juin, sera pratiquement connue vendredi après la publication de l'indice d'inflation. Ce sera la troisième année sans coup de pouce, la dernière remontant à juillet 2006, un an avant l'élection présidentielle. En 2008, les salariés au Smic ont eu un simple rattrapage de l'inflation. Le Smic s'élève à 8,71 euros/heure depuis le 1er juillet 2008, soit 1.321,02 euros brut mensuel (environ 1.037 euros net) pour 35 heures hebdomadaires. 3,4 millions de personnes sont payées sur la base du Smic horaire, dont 940.000 à temps partiel.
Un rapport rejette les "trois tiers"
Par ailleurs, la règle des "trois tiers" prônée par Nicolas Sarkozy pour le partage des profits n'est "pas une bonne idée" et risquerait d'aboutir à une hausse du chômage et à des délocalisations massives, selon un autre rapport publié lundi par le Conseil d'analyse économique du Premier ministre.
Pour les économistes Gilbert Cette et Jacques Delpla, auteurs de ce rapport, l'intervention de l'Etat dans le partage de la valeur ajoutée des entreprises n'est en effet pas "opportune" et pourrait être néfaste, voire contre-productive. C'est "la fiscalité qui reste le levier le plus approprié" pour corriger les inégalités salariales en France, ce qui doit faire l'objet d'un "débat politique", estiment-ils dans ce texte intitulé "le partage des fruits de la croissance en France", remis fin mai au Premier ministre François Fillon.
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