Exclusif LCI - Chaque matin, Jean-Marc Sylvestre explique, décode et commente le fait économique du jour. © eTF1Que signifient les attaques spéculatives contre la Grèce ?
Les Grecs vont en baver
Face à la crise financière que le pays traverse, le gouvernement grec a annoncé mercredi de nouvelles mesures d'austérité pour réduire son déficit budgétaire.
Publié le 03/03/2010
Contre l'austérité, les Grecs s'en vont en grève
Un appel à la grève générale a été lancé contre le "tout de vis" budgétaire du gouvernement grec, plongé dans une crise dont l'ampleur a suscité les inquiétudes européennes. Des milliers de manifestants sont dans les rues.
Publié le 24/02/2010
Zone euro : quelles mesures pour sauver la Grèce ?
Un document de travail de la BCE précise les mesures que la Grèce pourrait avoir à prendre pour limiter son déficit: "plus de coupes budgétaires", une augmentation de la TVA et une taxation plus forte sur les produits de luxe et l'énergie.
Publié le 15/02/2010
"La Grèce n'est pas seule", mais il y a des conditions
L'UE veut et va faire front commun pour aider la Grèce au bord du gouffre financier : Angela Merkel et Nicolas Sarkozy l'ont confirmé et martelé jeudi à l'issue du sommet de Bruxelles. Mais l'aide est conditionnée.
Publié le 11/02/2010
L'UE au secours de la Grèce
A la veille du sommet de Bruxelles, le président de l'UE l'a promis mercredi soir : les pays de l'UE vont aider la Grèce, confrontée à un déficit abyssal cumulé à la colère de la rue.
Publié le 10/02/2010
Cohn-Bendit : des Quick halal, "et alors ?",
A contre-courant du tollé contre les menus halal de Quick, Daniel Cohn-Bendit (Europe Ecologie) ne voit rien à redire à l'initiative de la chaîne de restauration rapide, soulignant qu'il y a bien à Paris, dans le Marais, des restaurants qui ne servent que de la viande casher.
Publié le 19/02/2010
Affaire Penchard : "quand on fait une maladresse on s'excuse"
Exclusif LCI : Invité de Christophe Barbier jeudi matin, Jean-Pierre Raffarin a estimé que les propos de la ministre de l'Outre-Mer sont une "maladresse".
Publié le 18/02/2010
Xavier Bertrand : "Il faudra travailler plus longtemps"
Pour le secrétaire général de l'UMP, il est nécessaire d'agir dès 2010 pour réformer les retraites. Et le report de l'âge de la retraite lui paraît inévitable.
Publié le 15/02/2010
LCI - Patrick Devedjian est l'invité politique de Christophe Barbier
Exclusif LCI : le directeur de la rédaction de l'Express donne rendez-vous chaque matin à une personnalité du monde politique ou économique.
Publié le 12/02/2010
Barnier sur la Grèce: "C'est à nous Européens, de régler le problème"
Le commissaire européen Michel Barnier a appelé jeudi à "davantage de coordination" au sein de l'UE et appelle à la "solidarité" pour aider la Grèce à sortir de la crise.
Publié le 11/02/2010
Jean-Marc Sylvestre : Elles visent en réalité à déséquilibrer l'euro. Ces attaques qui ont mobilisé plus de 5 milliards d'euros à des fins purement spéculatives vont en fait obliger les Européens à sauver la Grèce de la faillite et, surtout, à trouver une organisation à l'échelle européenne qui soit plus cohérente, plus efficace. Encore un effort, messieurs de la spéculation, et vous allez convaincre les partenaires européens de mettre en place une gouvernance. Enfin. La crise aura eu du bon.
Contrairement à ce que nous expliquent un peu rapidement certains qui n'ont toujours pas compris comment fonctionnait la monnaie unique, une attaque contre l'euro entraîne la baisse de l'euro. Mais son affaiblissement rend service aux entreprises. Ceux qui se plaignaient de l'affaiblissement de la monnaie européenne sont aussi ceux-là mêmes qui pleuraient il y a quelques semaines encore contre la monnaie forte.
Qui sont les auteurs de cette attaque spéculative contre la Grèce ? Et comment opèrent-ils ?
J.-M. S. : Les auteurs, ce sont les fonds d'investissements, et notamment les hedge funds, qui sont porteurs de liquidités considérables et dont le métier est de faire travailler ces liquidités pour en obtenir le profit maximum. Ces liquidités leur sont confiées par des banques qui ont des excédents, par ces Etats qui ont aussi des excédents comme les pays pétroliers ou les pays émergents. Ces fonds d'investissement choisissent un placement cible qu'ils considèrent fragile et s'abattent sur lui très rapidement.
- La communauté financière internationale s'est convaincue à l'issue des conférences de Davos que les maillons faibles de l'économie mondiale étaient en Europe. Elle s'est convaincue que l'euro était surévalué. Elle s'est également convaincue que les pièces les plus faibles en Europe étaient la Grèce, l'Espagne et le Portugal.
Du coup, sur la recommandation de leurs analystes financiers qui étaient rentrés de Davos bardés de certitudes, un grand nombre de hedge funds se sont mis à vendre massivement des titres de la dette grecque, puis de l'Euro en espérant racheter ce papier dans deux ou trois semaines, quand il ne vaudrait plus rien. C'est le jeu quasi quotidien du marché.
Ces attaques violentes ont effectivement provoqué la baisse de la monnaie mais elles ont aussi suscité des réactions de sauvetage... Il fallait arrêter la spéculation sur la Grèce, parce qu'après, les fonds pouvaient très bien cibler l'Espagne, puis le Portugal, puis la France, pourquoi pas ?
D'où viennent les difficultés financières de la Grèce ?
J.-M. S. : Les difficultés financières de la Grèce viennent d'un surendettement public. L'Etat, les collectivités locales et les organismes sociaux sont endettés à un point où personne ne veut plus leur prêter d'argent sauf à un taux prohibitif, et encore. Le taux d'intérêt d'un prêt mesure le risque pris par le prêteur. La France ou l'Allemagne trouvent de l'argent aujourd'hui à 2 ou 3 %. La Grèce n'en trouve pas à moins de 8 ou 10 %."La Grèce ne pèse pas
plus lourd que deux
ou trois départements
du centre de la France" - Cette absence de crédibilité repose sur trois séries de facteurs :
- L'endettement global atteint 130% du PIB. Ça veut dire que le total des richesses produites par les Grecs ne serait pas suffisant pour rembourser la dette. Plutôt inquiétant pour la communauté des banquiers... - - Cette dette est principalement liée a un excès de dépenses de fonctionnement, dépenses courantes de l'administration, salaires, assurance sociales, retraites, subventions d'équilibre ou de soutien aux entreprises. Or les dépenses de fonctionnement contrairement à des dépenses d'investissement ne permettent que de survivre, elles ne portent pas la promesse d'une création future de richesses. Donc la dépense ne produit pas de revenus qui permettraient de la financer ou de rembourser la dette.
- - L'économie grecque est une économie fragile minée par la crise. A coté d'une agriculture de proximité, fruits, légumes, olives, et vins, le modèle repose sur l'industrie touristique et l'immobilier. Deux secteurs terrassés par la crise.
Les difficultés de la Grèce sont-elles objectivement graves ?
J.-M. S. : Non, la Grèce ne pèse pas plus lourd que deux ou trois départements du centre de la France, et son endettement ne représente pas 5% du PIB européen. Il existe aux Etats-Unis, 32 Etats dont la Californie qui sont en état de cessation de paiement, c'est-à-dire 32 Etat qui ne peuvent, sans l'aide fédérale, payer leurs fonctionnaires. La spéculation internationale ne s'est pas pour autant déchaînée contre ces Etats. Ni contre le dollar.
La grande différence, c'est que l'Europe ne fonctionne pas comme les Etats-Unis. Les pays de la zone euro ont la même monnaie mais pas le même budget ni la même politique économique. Du coup, il n'existe aucune solidarité automatique. La Grèce est seule face à ses créanciers qui pourraient la mettre en faillite ... Mais mettre en faillite la Grèce reviendrait à déséquilibrer l'euro. Les membres de la zone euro ne peuvent pas l'accepter. Les difficultés de la Grèce sont graves à cause des dégâts collatéraux qu'elles provoquent via l'euro.
Comment a-t-on organisé le sauvetage ?
J.-M. S. : La solution sera officiellement annoncée lors du conseil européen. Premier point, il s'agirait non pas d'une aide globale de l'Europe mais de prêts directs qui seraient consentis par des Etats européens à la Grèce. Les Etats qui auraient accepté de prêter de l'argent à la Grèce, on les connaît, ce sont ceux qui sont encore à peu près solide, la France et l'Allemagne. L 'Allemagne a mis du temps à accepter mais elle s'est bien aperçue qu'il en allait de la crédibilité de l'euro. Du coup, elle a pris l'initiative du montage. On devrait aussi assortir ces prêts directs de garanties données aux banques pour qu'elles continuent de prêter à la Grèce.
Deuxième point, ces prêts seront conditionnés par des mesures de redressement draconiennes dans la gestion de réformes publiques. Il va falloir raboter les dépenses de fonctionnement : moins de fonctionnaires, moins de salaires, moins de subventions aux entreprises, une reforme rapide et radicale du régime de retraite, l'âge de départ serait repoussé de 60 a 63 ans. - Enfin, les Etats sauveteurs vont exiger la mise de la Grèce sous tutelle de l'Europe tant que ses comptes ne sont pas redressés et, point très important, tant que la Grèce n'aura pas apporté ses véritables comptes aux Européens... L'administration grecque a quand même la réputation de mentir depuis des années sur la réalité de ses situations financières. Politiquement on voit mal comment le peuple grec pourrait, sans broncher, accepter de se mettre à la diète...
Le plan de sauvetage va-t-il régler le problème ?
J.-M. S. : Pour la Grèce, oui si le peuple grec digère les réformes. Financièrement, c'est évidemment supportable par la France et par l'Allemagne qui restent, elles, très crédibles. Mais le risque serait que la spéculation cible les autres maillons faibles de l'Europe, comme l'Espagne, le Portugal et peut-être l'Italie. Il faut que ces pays mettent très rapidement en œuvre des politiques de redressement avant d'y être obligés, sinon leur crédit serait entamé.
"Imaginez que l'on s'aperçoive qu'une banque anglaise, néerlandaise, allemande ou même française s'amusait à spéculer contre l'euro" |
Jean-Marc Sylvestre |
Pourquoi l'Allemagne a-t-elle pris l'initiative du sauvetage ?
J.-M. S. : Parce que l'Allemagne est le pays le plus attaché à la stabilité monétaire. L'Allemagne a eu une peur viscérale de l'inflation. Laquelle mettrait à mal ses capacités d'exportation qui sont les armes essentielles pour sortir de la crise.
L'Union européenne a-t-elle bien joué ?
J.-M. S. : L'UE n'a joué à rien. Elle a été complètement absente. Ses dirigeants ont été d'une discrétion coupable. Il faudra évidemment en tirer les leçons. La France et l'Allemagne ont monté qu'elles étaient capables d'assurer la gouvernance de la zone euro... La France et l'Allemagne ont une occasion historique de prendre le leadership de l'Europe monétaire, de construire une gouvernance politique qui assure une coordination des politiques économiques, budgétaires et fiscales. C'est le seul moyen d'empêcher les capitaux de jouer avec la faiblesse des Européens.
Quelle est la mesure la plus urgente qu'il faudrait prendre ?
J.-M. S. : Au-delà de la reconstruction nécessaire des politiques économiques coordonnées, l'Europe pourrait commencer par vérifier que les hedge funds qui mènent les attaques contre l'euro ne sont pas des filiales ou de cousines offshore de banques européennes qui ont, l'année dernière, reçu de aides publiques... Imaginez que l'on s'aperçoive qu'une banque anglaise, néerlandaise, allemande ou même française s'amusait à spéculer contre l'euro avec indirectement l'argent du contribuable...
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