Eric Woerth/Image d'archives © AbacaÇa ressemble à un bon coup de règle sur les doigts. La Commission européenne, inquiète de l'ampleur des déficits dans toute l'UE, a envoyé un coup de semonce mercredi à plusieurs pays dont le Royaume-Uni, où ce rappel à l'ordre attendu provoque un tollé, et... la France. Bruxelles, qui fait office de gendarme budgétaire de l'Union européenne, a publié des évaluations portant sur la crédibilité des programmes de réduction des déficits de 14 pays: France, Allemagne, Royaume-Uni, Espagne, Italie, Pays-Bas, Suède, Finlande, Belgique, Autriche, Irlande, Bulgarie, Estonie et Slovaquie.
"D'une manière générale, pour la majorité des 14 programmes examinés, les hypothèses de croissance sous-tendant les projections budgétaires sont jugées plutôt optimistes", a conclu la Commission. "En outre, dans plusieurs cas, la stratégie d'assainissement budgétaire proposée n'est pas suffisamment étayée par des mesures concrètes à compter de 2011", a-t-elle ajouté. Du fait de la crise, les trous budgétaires nationaux atteignent des proportions historiques: un déficit de 7,5% du Produit intérieur brut dans l'UE est prévu en moyenne cette année. Et Bruxelles redoute que les pays européens ne tiennent pas l'engagement qu'ils ont pris de s'attaquer sérieusement à sa réduction à partir de l'année prochaine. Dans les prévisions transmises à Bruxelles en début d'année, les Etats parient souvent sur un trop prompt rétablissement économique, juge la Commission.
Inconscience ou volontarisme ?
C'est le cas de la France, qui dans son programme table sur un fort rebond de la croissance, de 2,5% par an dès 2011, pour parvenir à réduire le déficit de 8,2% du PIB cette année à 3% en 2013, comme le lui demande Bruxelles. Ces hypothèses sont "très optimistes", juge l'exécutif européen qui ne semble pas y croire une seconde, et "la stratégie définie ne laisse aucune marge de sécurité si la situation économique évolue moins bien que prévu". Par ailleurs, "certaines mesures annoncées du côté des dépenses ne sont pas précisées", regrette-t-il. Le ministre français du Budget, Eric Woerth, a défendu mercredi l'hypothèse de croissance française, estimant qu'il s'agissait de "prévisions volontaristes" traduisant la sortie de crise attendue par le gouvernement.
Bruxelles adresse des reproches similaires, voire plus durs, à d'autres pays, comme le Royaume-Uni sèchement rappelé à l'ordre. La stratégie prévue par Londres "ne prévoit pas de corriger son déficit excessif (le ramener sous la limite de 3% du PIB autorisée, ndlr) d'ici à l'exercice 2014/2015", comme cela devrait être le cas, déplore Bruxelles. Par ailleurs, "l'absence de plafonds de dépenses détaillés par ministère représente une source d'incertitude majeure", ajoute la Commission. Elle invite le Royaume-Uni "à tout mettre en œuvre" pour "accélérer le rythme de son assainissement budgétaire". Le gouvernement britannique, qui se prépare à de difficiles élections législatives, a rejeté ces recommandations.
| Le mot de DSK |
Le directeur général du Fonds monétaire international a lui aussi mis la pression mercredi: "Notre conseil pour résoudre le problème de la dette publique auquel sont confrontés aujourd'hui la plupart des pays en Europe est de s'y atteler rapidement", a dit Dominique Strauss-Kahn. |
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