Nicolas Sarkozy à Marignane le 4 mars 2010 © DRAu bout de trois mois d'Etats généraux de l'industrie, Nicolas Sarkozy a tiré les conclusions des débats jeudi à l'occasion d'un discours sur le site d'Eurocopter à Marignane en affichant son volontarisme.
"La France doit demeurer une grande nation industrielle"
Nicolas Sarkozy a prononcé jeudi à Marignane un discours sur les états généraux de l'industrie.
Publié le 04/03/2010
Les administrateurs en ligne de mire
Le président de la république a dit vouloir des administrateurs de l'Etat qui "jouent leur rôle" dans les conseils d'administration des entreprises publiques pour mieux suivre leur stratégie industrielle, sachant qu'ils "ne sont pas là seulement pour les jetons de présence". Les jetons de présence sont des indémnités souvent très élevées que touchent les administrateurs, parfois venus de secteur totalement étrangersà l'industrie (banques, assurances...) pour siéger au conseil d'administration d'une entreprise.
Ce commentaire acide visait notamment le secteur automobile. "Je n'accepte pas que le grand groupe privé automobile PSA ait les deux-tiers de ses effectifs en France et que l'autre constructeur automobile ait seulement un tiers de ses effectifs en France, alors que l'Etat en est propriétaire à 15%", a-t-il ajouté en évoquant, sans le citer, le cas de Renault. "Qu'on aille créer des usines à l'extérieur, ça me va très bien pour gagner des parts de marché. Mais qu'on aille fabriquer des voitures à l'extérieur pour les ramener en France, ça fait de la pollution par ailleurs, et je ne l'accepte pas. Sinon pourquoi l'Etat a-t-il mis 6 milliards d'euros pour aider la filière automobile française à survivre ?"
Aussi, "l'Etat va profondément revoir son rôle d'actionnaire des grandes entreprises industrielles", a-t-il déclaré. "La représentation de l'Etat dans les entreprises dont l'Etat est propriétaire ou copropriétaire, c'est un sujet majeur". Il a précisé que l'Etat devrait désormais être représenté dans toute entreprise dont il est actionnaire par au moins deux administrations, d'une part l'Agence des participations de l'Etat (APE), d'autre part le ministère de l'Industrie ou le ministère du secteur concerné. Il a ajouté qu'il souhaitait que la direction de ces grandes entreprises ait deux fois par an un échange avec l'Etat actionnaire sur sa stratégie, ses investissements et ses résultats.
Le président de la République souhaite ainsi améliorer les relations entre les entreprises publiques ou celles dans lesquelles l'Etat à une part importante, et leur autorité de tutelle : il s'agit "d'assurer une tutelle industrielle et non plus seulement financière des grands groupes publics". Renault, évoqué sans que son nom soit prononcé par le chef de l'Etat, sera concerné, mais ce sera aussi le cas de La Poste et de France Télécom, précise un document remis à la presse par l'Elysée. Un rapport annuel présentant la politique de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences et la politique "d'accompagnement des salariés" sera demandé à l'ensemble des entreprises relevant du périmètre APE. Enfin, précise le document, le gouvernement entend "mieux anticiper les successions à la tête des grandes entreprises".
Concurrence : changer les règles européennes
Mais ces entreprises, il faudra aussi leur donner les moyens de leurs ambitions à l'étranger. Aussi Nicolas Sarkozy a-t-il demandé un assouplissement de la politique de concurrence de l'Union européenne, pour que les entreprises européennes ne soient plus pénalisées. Il a estimé que la question de la concurrence devait être analysée en regard du marché européen dans son ensemble et non du marché de chacun des 27 Etats membres de l'UE : "Sinon comment créer des grands groupes européens ? Quel est le grand groupe à travers le monde qui peut conquérir des marchés à l'exportation sans être dominant sur son marché intérieur ?" Il a également jugé "invraisemblable" que l'Europe interdise le soutien aux industries exportatrices.
Objectif : + 25%
Est-ce un retour au "plan" ? Pour appuyer ses ambitions industrielles, le gouvernement s'est donné des objectifs chiffrés. Et notamment celui d'augmenter sa production industrielle de 25% en volume d'ici 2015, selon le document de l'Elysée. La nouvelle politique industrielle dévoilée jeudi vise aussi, analyse ce texte, à "pérenniser l'emploi industriel sur le long terme", rappelant que la population active industrielle a chuté de 15% (- 535.000 emplois) depuis 2000 en passant de plus de 3,9 à 3,365 millions d'emplois en septembre 2009. Le gouvernement souhaite par ailleurs "revenir à une balance commerciale industrielle excédentaire d'ici 2015" (hors secteur énergie), indique la présidence, soulignant que cette balance avait plongé dans le rouge en 2007. Sur le plan européen, le gouvernement souhaite enfin "augmenter de 2% la part de la France dans la valeur ajoutée européenne d'ici 2015". Une part qui est actuellement de 13%, contre plus du double pour l'Allemagne.
Parmi les leviers susceptibles de permettre la réalisation de ces objectifs, le document de l'Elysée cite l'innovation industrielle, le renforcement de la compétitivité des entreprises, l'amélioration des compétences et un renforcement de la structuration des industries françaises en filières. Nicolas Sarkozy a notamment annoncé que le gouvernement consacrerait à des investissements "verts" 500 millions d'euros puisés dans les sommes levées par l'emprunt national pour financer des dépenses stratégiques. "Nous allons soutenir l'investissement des entreprises dans l'amélioration de leur outil de production", a-t-il expliqué. "Ces sommes pourront aussi appuyer le lancement de produits particulièrement efficaces dans la réduction des émissions polluantes". Trois cents autres millions puisés dans l'emprunt national seront consacrés à la politique de filières.
Bousculer le roi dollar
Pour Nicolas Sarkozy, sauver l'industrie française impose aussi de se poser la question monétaire. Devant les ouvriers d'Eurocopter, le chef de l'Etat a réitéré sa proposition d'organiser "un nouveau système monétaire international" sous l'égide du G20. "Nous avons des problèmes structurels à régler", dont "celui de la parité monétaire", a-t-il dit. "Vous construisez en zone euro et les commerciaux vendent en zone dollar. Si le dollar perd 50% de sa valeur par rapport à l'euro, comment vous voulez rattraper le gain de productivité ? C'est impossible", a-t-il souligné. "Donc, en tant que président du G20, à la fin de l'année, je vais essayer d'organiser un nouveau système monétaire international. On ne peut pas continuer comme ça, c'est totalement artificiel comme perte de gain de productivité".
- Le Cube Info du 4 mars - 02 min 09 s
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