Le président du FMI, Dominique Strauss-Kahn, le 9 octobre 2008 © France 2
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"Je ne crois pas que la zone euro soit en risque d'exploser. En revanche, je pense que le risque c'est qu'elle tourne mal, qu'elle fonctionne mal". Depuis le siège du Fonds monétaire international à Washington, Dominique Strauss-Kahn a répondu aux questions de France 2 sur la tourmente financière qui agite l'Europe, et inquiète jusqu'aux Etats-Unis - à tel point que le secrétaire au Trésor américain, Timothy Geithner, doit se rendre la semaine prochaine au Royaume-Uni et en Allemagne. L'interview, enregistrée mercredi, a été diffusée jeudi lors de l'émission A vous de juger.
"Je ne suis pas rassuré parce que les causes de fond, notamment la croissance, ne se résolvent pas en claquant des doigts", a souligné le directeur-général du FMI, ajoutant néanmoins que des solutions existaient. "Mais ces solutions, il ne suffit pas de les invoquer ou de les évoquer à l'occasion de conférences de presse, il faut prendre des décisions et les prendre à temps", a encore déclaré Dominique Strauss-Kahn.
La solution c'est : plus d'Europe
Le directeur-général du FMI a évoqué la "crise de confiance du politique" qui touche selon lui actuellement l'Europe, appelant les Européens à l'action. "Tout tire à hue et à dia. Le monde entier regarde ça (...) et perd confiance dans l'Europe", a-t-il souligné. Interrogé sur la spéculation qui a fait l'objet de nombreuses critiques de la part des dirigeants européens, qui les ont comparés à des "bandes de loups", le directeur-général du FMI a reconnu qu'il fallait lutter contre les spéculateurs sans "aucune pitié". Mais, a-t-il ajouté, il faut aussi lutter contre les causes de la spéculation, et "la meilleure manière de lutter contre les spéculateurs, c'est de faire en sorte qu'ils se trompent".
Revenant sur l'euro, qui a fortement chuté ces derniers mois, le patron du FMI a reconnu que la monnaie européenne n'était "pas terminée", appelant à une meilleure coordination des Européens. "On ne peut pas partager une monnaie et ne pas partager d'autres décisions", a-t-il expliqué. Les Européens sont au "milieu de la rivière, s'ils reviennent sur la rive initiale, ils perdent l'euro", a-t-il averti. Il faut aller plus loin ; et selon lui, la solution c'est : plus d'Europe. "Pourquoi il y a des attaques contre l'euro ? Parce que l'Europe est structurellement à la traîne", a-t-il expliqué.
Interrogé sur les risques que font peser sur la croissance les plans d'austérité en oeuvre ou envisagés en Europe, le directeur-général du FMI a reconnu ce risque. Mais pour l'éviter, il a conseillé aux grands pays européens de ne pas ralentir trop vite, de ne pas mettre en oeuvre des plans d'austérité sur des périodes trop courtes. "Si tout le monde se met à dire on va se serrer la ceinture, alors là, vous avez raison, on va casser la croissance dans la zone euro", a-t-il averti. La Grèce ne représente que 2 à 3% du produit intérieur brut de la zone euro et donc, "ce n'est pas parce que la Grèce ralentit, que ça ralentit la zone euro". Dominique Strauss-Kahn a de ce point de vue averti sur les dangers de vouloir réduire trop vite les déficits. "Il n'est pas écrit dans le marbre qu'il faille absolument qu'en 2012 ou en 2013 on soit revenu à 3%" de déficit public par rapport au PIB, un des critères inclus dans les traités européens, a-t-il expliqué. "Ce qui est très important pour rendre la confiance c'est de montrer qu'on a un plan et qu'à l'arrivée les choses seront rétablies", a-t-il ajouté. Il faut réduire les déficits, mais, a-t-il souligné, "il ne faut pas le faire à marche forcée".
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