Michel Aglietta, économiste © DRMichel Aglietta est un spécialiste de la monnaie et des marchés. Un an après un premier ouvrage sur la crise, il publie une nouvelle édition en se concentrant sur "les voies de sortie"*. Pour TF1 News, il analyse le plan massif de sauvegarde de l'euro, commente la politique économique du gouvernement français et donne des pistes pour relancer la croissance et mieux réguler le système économique.
Dette : François Baroin craint pour le label AAA de la France
L'objectif de conserver la note AAA de la dette souveraine française est "tendu" et conditionne en partie les décisions sur la réduction des déficits, a déclaré dimanche le ministre du Budget, François Baroin.
Publié le 30/05/2010
La rechute
La Bourse de Paris chutait fortement mercredi, dans un marché très volatil, sur fond de nouvel affaiblissement de l'euro et d'annonces anti-spéculation en Allemagne.
Publié le 19/05/2010
Merkel s'explique
La chancelière allemande Angela Merkel affirme, dans un entretien publié mardi, que pour l'Allemagne, une "culture de stabilité ou de solidité n'est pas négociable" et se défend de rester pasive.
Publié le 18/05/2010
Sarkozy a-t-il menacé de quitter l'euro ?
Pour faire pression sur l'Allemagne, réticente face au plan d'aide à la Grèce, le chef de l'Etat français aurait menacé de "réexaminer sa situation dans l'euro", selon des propos de Zapatero rapportés à El Pais. Madrid dément.
Publié le 14/05/2010
Ce que propose la Commission
Evaluation des politiques budgétaires avant leur vote par les parlements nationaux, surveillance macroéconomique accrue : la Commission européenne veut tout faire pour éviter une nouvelle "crise à la grecque".
Publié le 13/05/2010
Face à la crise grecque, l'Europe en fait-elle trop ?
La proposition de la Commission, qui envisage de contrôler les budgets nationaux avant leur adoption, fait bondir nombre de politiques français : "absurde", juge Pierre Moscovici ; "inconstitutionnelle", tranche Gérard Larcher.
Publié le 13/05/2010
Zone euro : la grande réforme fait déjà grincer des dents
La Commission européenne propose de renforcer le contrôle de projets de budgets des pays européens. Le porte-parole du gouvernement français se montre déjà réservé.
Publié le 12/05/2010
La BCE ne fait "pas fonctionner la planche à billets"
La Banque centrale européenne ne fait "pas fonctionner la planche à billets", a assuré mercredi son président Jean-Claude Trichet, qui s'est dit "plus que confiant" dans l'avenir de la monnaie unique européenne.
Publié le 12/05/2010
TF1 News : C'est une des grandes questions de votre livre. A la lumière des annonces de lundi, peut-on considérer que la crise a fait avancer l'Europe, que l'euro est sauvé ? C'est un bon plan?
Michel Aglietta, économiste : C'est vrai que l'euro est sauvé, dans l'urgence et à court-terme. Les dirigeants européens ont mis en place des institutions et des mécanismes qui permettent de sauvegarder l'essentiel pour que la zone euro ne se disloque pas sous l'effet de la spéculation et de la panique des investisseurs. Avec ce qu'on vient de décider : des moyens très forts, immédiatement disponibles, on prend les spéculateurs à contre-pied. S'ils spéculent à la baisse contre une devise ou des titres pensant qu'ils vont encore baisser, lorsqu'on les fait remonter, ils perdent de l'argent.
TF1 News : On comprend pourtant, à vous écouter, que le problème n'est que partiellement réglé...
M. A. : Il y a eu une prise de conscience sur le besoin de solidarité européenne et le fait qu'une zone monétaire ne peut pas fonctionner si elle n'a pas de coopération budgétaire. Il a fallu une crise majeure pour que les politiques comprennent ce que leur disaient tous les économistes. On a réussi à se réveiller pour éviter la dislocation de la zone euro mais reste le problème de fond. Depuis 2002, on a mis le pacte de stabilité entre parenthèses sans proposer d'alternative. Il faut faire maintenant fonctionner le budget dans l'intérêt de l'ensemble de la zone, aboutir à un "gouvernement économique" au niveau des ministres des finances qui mène une politique coordonnée pour que tous les pays en profitent. Tout le monde ne doit pas mener la même politique en même temps. Certains sont étranglés par des dettes, d'autres ne le sont pas, ils doivent permettre aux autres d'avancer.
| "Angela Merkel s'est contredite plusieurs fois" |
TF1 News : Vous faites allusion à l'Allemagne, "obsédée" par l'austérité. Comprenez-vous la salve de critiques contre Angela Merkel ?
M. A. : Bien sûr, car c'est là que sont les responsabilités. Lorsque l'on regarde les discours d'Angela Merkel et de son ministre des finances sur la Grèce, il y a des contradictions à quelques jours et même quelques heures d'écart. Elle-même s'est contredite plusieurs fois montrant qu'elle était plutôt dans une situation de faire l'arbitre entre des pressions internes plutôt que se comporter en femme d'Etat en expliquant la situation à ses citoyens.
TF1 News : Est-il normal que la fourmi Allemagne paye pour toutes les cigales européennes?
M. A. : C'est une manière purement comptable de voir les choses. Si l'Allemagne pense quelle va pouvoir continuer à faire de la déflation compétitive en faisant pression sur les coûts pour pouvoir faire sa production et ses emplois sur le dos de ses partenaires, elle se trompe ! L'Allemagne a pu le faire, justement car il y avait des cigales. Pour la cohérence de la zone euro, l'Allemagne, l'Autriche et les Pays Bas devront changer leur modèle. L'Allemagne doit créer un dynamisme de sa demande intérieure pour que les autres pays réussissent leur plan d'austérité.
TF1 News : Sinon...
M. A. : L'Europe peut tomber dans un piège. Dans certains pays, il faut consolider les fiances publiques, c'est à dire faire de l'austérité budgétaire pour freiner la hausse des dettes et l'inverser progressivement. Mais si tout le monde fait des plans de rigueur à la fois, on risque de tomber dans une déflation car la croissance sera étouffée. Dans beaucoup de pays, les ménages sont trop endettés pour prendre le relais : on ne va donc pas demander à l'Espagne de relancer la demande. Mais ce n'est le cas, ni de la France, ni de l'Allemagne. C'est pour ca que ces pays ont une responsabilité considérable. Si l'Allemagne ne change pas de modèle, elle verra chuter sa croissance.
NDLR : Le Conseil de l'UE a fixé lundi deux rendez-vous. Une communication de la Commission précisera le 12 mai les mesures destinées à améliorer la discipline fiscale dans l'Union alors que les Etats membres se sont engagés à accélérer leur assainissement budgétaire. Le 18 mai, le conseil des ministres européens des Finances devra préciser les réformes structurelles destinées à dynamiser la croissance.
TF1 News : La Grèce, le Portugal, l'Espagne n'ont-ils pas à se reprocher une mauvaise gestion ?
M. A. : En Grèce, il y a eu une mauvaise gestion des finances publiques, de la corruption, une évasion fiscale à une échelle gigantesque : aucun pays n'a été aussi mal géré à part peut-être l'Italie dans les années 80. Mais à part ce cas exceptionnel, le problème n'est pas celui de la dette publique. En Espagne, comme aux Etats-Unis et en Angleterre, le problème est celui d'une énorme spéculation immobilière. Ce sont les ménages qui se sont massivement endettés et la dette publique ne vient que pour les sauver, pour aider l'économie privée.
| "On a permis aux riches de devenir plus riches" |
TF1 News : Que pensez-vous de l'action du gouvernement français?
M. A. : Ce qui a été fait depuis 2007 ne va pas dans le bons sens. On a permis aux riches de devenir plus riches et on a accru les inégalités. D'abord, avec le bouclier fiscal. Ensuite, en supprimant la fiscalité sur les successions ou en abaissant la TVA pour les hôteliers. Ces décisions sont catastrophiques car cela n'a eu aucun effet favorable sur l'investissement. Quand vous ajoutez à ca la suppression de la taxation des heures supplémentaires en pleine hausse du chômage, cela fait beaucoup !
TF1 News : Aujourd'hui, sommes-nous entrés dans un période de "rigueur". Le mot fait débat...
M. A. : Oui, car le gouvernement a décidé que pour baisser les déficits publics, il fallait bloquer les dépenses. C'est un piège car cela crée une stagnation économique et une baisse des rentrées fiscales. Il faudrait plutôt investir massivement sur l'éducation et la recherche. Lorsque une population vieillit, il faut réduire le poids des inactifs par rapport aux actifs. Cela peut se faire grâce a l'immigration, c'est ce qui a soutenu la croissance des Etats-Unis, et aussi en menant des politiques contre le chômage en jouant sur la fiscalité et en mettant en place des dépenses publiques qui génèrent de l''investissement. L'énorme inégalité de revenus gène la sortie de crise.
TF1 News : Certains dénoncent une perte de crédibilité de la Banque centrale européenne (BCE) qui a renâclé à accepter l'aide du FMI et longtemps refusé de racheter des emprunts d'Etat. Vous partagez cette analyse?
M. A. : Pas du tout ! Depuis 2008, c'est peut-être la BCE qui a le mieux géré la crise. Elle a été capable de désamorcer les crises de liquidités bancaires, a su baisser ses taux quand il le fallait. Et elle a défendu assez rapidement l'idée de faire participer le FMI. S'agissant des emprunts d'Etat, c'est une bonne chose d'acheter des titres sur le marché obligataire pour le rendre "plus ordonné". Cela peut permettre à un pays comme le Portugal de mieux se refinancer, moins cher. C'est positif.
| "Le plan actuel fait payer les contribuables" |
TF1 News : Selon un de nos internautes, ce "sont les contribuables qui vont encore payer la note", c'est vrai?
M. A. : Les contribuables n'auront à payer que si les dettes de certains pays sont restructurées, si derrière le problème de liquidité, les dettes sont effectivement insolvables, si ces Etats ne peuvent finalement pas les rembourser. Je crois qu'on y viendra, comme dans l'Amérique latine des années 80, car certains pays ne s'en sortiront pas seuls. Dans ce cas, si on ne fait pas payer les banques et investisseurs qui avaient acheté ces titres, il devrait y avoir une partie des pertes épongées par les Etats. Le plan actuel fait en effet payer les contribuables des autres pays et laisse les créanciers privés sans contribution. C'est anormal. Il faudrait que les pertes soient étalées sur l'ensemble des créanciers antérieurs. Cela aurait d'ailleurs dû être fait dès le mois de décembre.
| "Les agences de notation ont favorisé la spéculation" |
TF1 News : Quelle a été le rôle des agences de notation dans la panique boursière. Les reproches qu'ont leur fait sont-il mérités ?
M. A. : Du temps de la crise des subprimes, les agences de notation s'étaient rendues complices car elles étaient juges et partie dans la fameuse titrisation. Avec les banques d'affaires, elles mettaient sur le marché des titres qu'elles notaient bien et empochaient des commissions. La crise venue, elles ont ensuite du dégrader leur notes en masse. Dans la crise actuelle, ce sont les "timing" qui ont été bizarres. Elles ont ainsi annoncé la dégradation de la note espagnole, juste avant la fermeture des marchés, favorisant des ventes massives et des opérations spéculatives.
TF1 News : C'est de l'amateurisme ou une volonté de nuire ?
M. A. : Elles ont une telle expérience des marchés que l'on peut penser que c'était délibéré de leur part. Cela a pu profiter aux hedge funds et aux banques d'affaires anglo-saxonnes.
TF1 News : On parle beaucoup ces jours-ci du lancement d'une agence de notation européenne. Est-ce une solution?
M. A. : C'est l'idée d'introduire plus de concurrence; c'est difficile car c'est un marché oligopolistique. Trois agences se le partagent et il est très difficile d'y rentrer. La solution peut être de lancer une agence publique, payée par les Etats. Si on ne le fait pas, il faudra les superviser. Pas sur les notes, qui doivent rester libres mais sur leur méthode et leur communication, pour les obliger à plus d'équité et de rigueur. Il n'est pas normal que ces agences échappent à tout contrôle. En 2005, à Bâle, on a mis ces entités privées au cœur du système financier sans aucune réglementation...
TF1 News : Daniel Cohn-Bendit propose de taxer fortement les spéculateurs qui achètent et revendent un titre dans la même journée. C'est une bonne idée?
M. A. : La taxation est envisageable mais on n'en finirait pas avec les litiges. A chaud, il est très difficile dans le flux des transactions, dans les trillions de dollars qui circulent chaque jour, de savoir ce qui est de la spéculation et ce qui de la couverture normale. C'est un maquis de difficulté car il y a une fluidité des marchés qui joue un rôle positif dans la bonne allocation du capital. Taxer augmenterait le coût du crédit et freinerait l'investissement. Il faudrait plutôt surveiller le "levier", qui permet aux spéculateurs d'utiliser l'argent des autres pour entrainer le marché dans leur sens. Il faut obliger les banques qui leur donnent des lignes de crédit de ne plus le faire ou de rendre le mécanisme très coûteux.
TF1 News : Votre livre se penche sur les voies de sortie de la crise. Vous pariez sur l'innovation et le rôle de locomotive que pourraient jouer les pays émergents...
M. A. : Le défi de l'environnement nous engage dans une phase d'investissement technologique important, c'est ce type de phase qui fait avancer le capitalisme. Les pays émergents sont dans une période où leur population jeune rentre dans l'âge actif, ils ont une force de travail qui augmente fortement. Au contraire, nous vieillissons et notre population active baisse. Ces besoins doivent se rencontrer. Nous avons besoin d'épargner pour nos retraites et ils sont besoin d'équiper une population qui peut développer la croissance fortement. L'Asie y est déjà, et l'Amérique latine et l'Afrique vont suivre. Il leur faut de l'investissement et des transferts technologiques.
TF1 News : Comment allons-nous profiter de leur croissance, concrètement?
M. A. : Nous allons en profiter comme "rentiers" avec les revenus de nos investissements mais aussi en leur vendant nos technologies propres dans les secteurs de pointe. C'est pour cela qu'il faut les développer absolument.
![]() | La Crise : les voies de sortie par Michel Aglietta Editions Michalon - Mai 2010 |
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