Image d'archives © TF1/LCIC'est reparti. La crise grecque à peine calmée, la crainte d'une contagion au reste de l'Europe, tout particulièrement à l'Espagne, a fait rechuter mardi l'euro et toutes les Bourses européennes. Des rumeurs selon lesquelles d'autres agences de notation allaient dégrader la note de l'Espagne, après Standard and Poor's la semaine dernière, et que Madrid pourrait demander une aide financière colossale au FMI faisaient plonger les places boursières. Le Premier ministre espagnol José Manuel Zapatero a démenti les rumeurs de contagion, mais rien n'y fait.
Les places européennes chutent dans le sillage de Wall Street
Les bourses de Paris, Madrid, Lisbonne et Milan ont sévèrement dévissé vendredi dans un contexte marqué par la crise financière en Europe. Ce mouvement général est intervenu peu après l'ouverture à la baisse de Wall Street.
Publié le 14/05/2010
Première victime, la bourse espagnole : L'indice vedette Ibex-35 de la Bourse de Madrid a terminé mardi en très forte baisse de 5,41%, à 9.859,1 points. La Bourse de Paris clôture en baisse de 3,64%, celle de Milan chute de 4,70% à la fermeture. Lisbonne reculait de 4,21%, Londres de 2,56% et Francfort de 2,6%. La Bourse d'Athènes chutait de son côté de 6,06%. La Bourse de New York a subi mardi sa plus forte baisse en trois mois, les investisseurs s'inquiétant d'une propagation de la situation grecque à d'autres pays de la zone euro: le Dow Jones a perdu 2,00% et le Nasdaq 2,99%. Les deux places boursières de Moscou ont également clôturé en forte baisse.
L'euro lui se dirigeait à grande vitesse vers le seuil de 1,30 dollar, il valait 1,3043 dollar en fin d'après-midi, évoluant à son niveau le plus faible depuis fin avril 2009. Pourtant, les agences Moody's et Fitch ont assuré mardi qu'elles n'étaient pas en train de réexaminer la note de l'Espagne, qui reste pour ces deux agences la plus élevée possible, soit le fameux triple AAA. Ce qui n'a pas empêché pas les taux d'intérêt des titres de la dette sur dix ans de grimper en Espagne (à 4,1%) et surtout au Portugal (à 5,28%).
La rumeur à 280 milliards
Avec le Portugal, l'Espagne est un des pays de la zone euro qui inquiète le plus les marchés. Ses déficits publics ont explosé en 2009 à cause de la crise financière, à 11,2% du PIB, et le gouvernement socialiste a promis un plan d'austérité pour les ramener à 3% en 2013. Certains investisseurs estiment que l'Espagne risque de suivre le même chemin que la Grèce, sauvée de la banqueroute par les pays de la zone euro et le FMI, qui ont promis une aide de 110 milliards d'euros sur trois ans.
"Une rumeur est en train de circuler dans les salles de marché selon laquelle l'Espagne aurait besoin de 280 milliards d'euros et pourrait les demander" au Fonds monétaire international, a ainsi expliqué Yves Marçais, vendeur d'actions chez Global Equities. Standard & Poor's a abaissé la note de la dette à long terme de l'Espagne la semaine dernière, craignant que le pays se trouve plongé dans une longue période de faible croissance qui empêcherait le gouvernement de réduire les déficits. Les marchés redoutent aussi que le gouvernement espagnol ne traîne des pieds pour adopter des mesures impopulaires. Le niveau de la dette publique espagnole est pourtant nettement plus bas que celui de nombreux pays de la zone euro, à 53,2% du PIB en 2009. Test important, le Trésor espagnol procédera jeudi l'émission de bons du trésor à 5 ans, proposant 3% d'intérêt. Il espère lever au moins deux milliards d'euros.
Stiglitz n'écarte pas la fin de l'euro
Les analystes sont sévères. Le prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz a prédit mardi la fin possible de l'euro si l'Europe ne parvient pas à régler ses "problèmes institutionnels fondamentaux", dans la foulée de la crise grecque. Interrogé sur la radio BBC 4, il a estimé que le plan d'aide UE-FMI, assorti d'un plan d'austérité dont il a critiqué la sévérité, ne ralentirait pas l'ardeur des spéculateurs à miser sur un affaiblissement de la zone euro : "les conditions apparemment excessivement dures imposées à l'Espagne (a-t-il dit dans un lapsus au lieud e citer la grèce) seront en réalité contre-productives pour prévenir une contagion", selon lui. Les analystes signalent en général l'Espagne comme le prochain pays de la zone euro à pouvoir connaître les mêmes difficultés que la Grèce.
"Quand on aura vu à quel point il a été difficile à l'Europe d'adopter une position commune pour aider un des plus petits pays, on réalisera que si un pays un peu plus grand a des difficultés, il est probable que l'Europe aura encore plus de mal" à se mettre d'accord, a-t-il dit. "Donc je pense que l'espoir que (cette aide) nuira aux pressions spéculatives est probablement infondé : ça peut marcher pendant quelque temps, mais à long terme, tant que les problèmes institutionnels fondamentaux seront là, les spéculateurs sauront qu'ils existent, et au fur et à mesure que les faiblesses de l'Europe s'aggraveront je pense qu'ils s'en donneront à coeur joie".
| Barnier prépare un durcissement |
Le commissaire européen chargé des services financiers, Michel Barnier, a ouvert la porte mardi à un nouveau durcissement de la réglementation sur les agences de notation, estimant que les nouvelles règles entrant en vigueur en décembre n'étaient peut-être pas suffisantes. "Je pense qu'il faudra aller plus loin, notamment pour voir l'impact de ces notations dans l'ensemble des systèmes financiers, voire économiques", a dit le Français lors d'une audition devant une commission du Parlement européen. Les Européens ont pris l'an dernier des mesures pour tenter d'encadrer davantage les agences de notation, notamment en les obligeant à s'enregistrer pour exercer dans l'UE et à respecter certaines règles de transparence et de bonne conduite si elles ne veulent pas perdre leur licence. Ces nouvelles règles entreront en vigueur le 7 décembre, mais les agences peuvent commencer la procédure d'enregistrement à partir du 7 juin. |
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