Relance, rigueur et paradis fiscaux à Toronto

Par , le 24 juin 2010 à 17h42 , mis à jour le 25 juin 2010 à 22h43

Les dirigeants des vingt plus grandes économies de la planète se réunissent ce week-end pour organiser une sortie de crise. Et recadrer la finance ?

[Expiré] [Expiré] Un policier parmi les milliers venu de tout le Canada sécuriser la zone du G20 à Toronto le 24 juin 2010 © AFP

Après Washington, Londres, et Pittsburgh, voici Toronto, quatrième d'une série de sommets "100% crise" entamée il y a bientôt deux ans.  Les dirigeants des vingt plus grandes économies de la planète se réunissent ce week-end au Canada pour discuter des moyens de concilier le soutien à la reprise économique mondiale et le rétablissement des équilibres des finances publiques mises à mal par la crise. Les Européens, Allemagne et France en tête, s'efforceront en outre d'avancer sur un deuxième dossier : que le G20 ne relâche pas les efforts de régulation du secteur financier et des paradis fiscaux engagés au plus fort de la crise maintenant que le plus gros de celle-ci est passé. Dans l'idéal, Toronto devra rester comme un sommet de transition entre la crise et un retour à la normale espéré de l'économie mondiale.

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Dossier 1 : concilier relance et rigueur
 
Né au plus fort de la crise financière dans sa version "chefs d'Etat", le G20, est devenu le premier forum sur les questions économiques et financières internationales. "A Londres, on s'était engagé à relancer les économies et à Pittsburgh, à ne pas retirer trop vite les stimulus budgétaires et monétaires. A Toronto, il s'agit de définir plus précisément les stratégies de sortie de crise qui doivent nous permettre de consolider une reprise soutenable tout en veillant au rétablissement des finances publiques là où elles ont souffert de la crise", déclare-t-on à l'Elysée.
 
Pour la France, le sommet doit "permettre de délivrer un message sur les stratégies économiques et la volonté de poursuivre les travaux engagés et les décisions déjà prises en matière de régulation" lors des précédents sommets. Des divergences sont apparues sur le premier point : les Etats-Unis, confrontés à un chômage élevé, privilégient la poursuite des plans de relance par peur de voir la reprise capoter, alors que les Européens, rangés derrière l'Allemagne, font de la lutte contre les déficits une priorité. La défiance des marchés fait que celle-ci s'est déjà imposée chez les pays plus endettés comme la Grèce, mais aussi le Portugal et l'Espagne. Ces sensibilités opposées se retrouvent dans une première version d'un projet de communiqué établi avant le sommet qui met en garde contre toute "complaisance" vis-à-vis d'une reprise jugée "irrégulière et fragile" tout en s'inquiétant de la situation budgétaire de plusieurs pays. Le texte voit dans ces derniers une source de volatilité sur les marchés ainsi qu'un risque pour la reprise et les perspectives de croissance à long terme.
 
Pour éviter de passer pour le mauvais élève de cette classe de privilégiés, les chefs d'Etats les plus attaqués tentent de donner des gages et fourbissent leurs arguments avant le sommet. Alors que les Chinois ont lâché du lest sur leur monnaie lundi, Angela Merkel a lancé une offensive médiatique pour défendre la politique économique de l'Allemagne. Dans une interview au Wall Street Journal, la chancelière répète que "l'objectif de finances publiques stables est important (...) parce que si la confiance dans le système de protection sociale est là, les citoyens sont plus disposés à dépenser de l'argent". L'Allemagne "retire ses mesures de stimulation pas à pas", a-t-elle dit, en réaction aux critiques de ses partenaires, qui lui reprochent de mettre en péril la croissance. Vendredi son ministre des finances, se faisait plus offensif dans le quotidien financier Börsen-Zeitung. "Je me garde de donner des conseils en matière de croissance économique aux Etats-Unis, mais pour l'Allemagne il est clair qu'un déficit public élevé est une grande entrave pour la croissance mondiale", a contre-attaqué Wolfgang Schäuble.
 
Dossier 2 : réformer la finance
 
La promotion de secteurs financiers davantage responsables, transparents et moins porteurs de risques sera l'autre gros sujet du G20 de Toronto mais est tout autant source de divergences. Les Européens entendent défendre leur projet de taxe bancaire, que les Etats-Unis pourraient rejoindre mais auquel s'opposent fermement le Japon, le Canada et l'Inde. La France et l'Allemagne veulent aussi pousser leur idée de taxe sur les transactions financières, qu'ils auront encore plus de mal à faire partager. Les deux pays ont écrit au Premier ministre canadien Stephen Harper pour mentionner ces points et plus généralement lui demander la poursuite des progrès enregistrés depuis le sommet de Londres en matière de régulation du secteur financier. Ils ont appelé notamment à ne pas relâcher la pression sur les paradis fiscaux.
 
Le G20 de Toronto sera enfin l'occasion de faire le point de l'avancement des travaux sur des sujets qui doivent aboutir au prochain sommet prévu en novembre à Séoul comme les nouvelles exigences en matière de capital et de liquidité des banques, la réforme du Fonds monétaire international et la mise en œuvre du "Cadre pour une croissance forte, durable et équilibrée" adopté à Pittsburgh.

Le G8 dès vendredi

Les Etats-Unis et leurs alliés historiques plus la Russie, réunis au sein du G8, se retrouvaient auparavant dès vendredi à Huntsville, dans une région de lacs à deux heures de route au nord de Toronto, pour évoquer les grands sujets diplomatiques du moment. L'Iran et son programme nucléaire, les tensions créées par la Corée du Nord, le blocage du processus de paix au Proche-Orient et l'Afghanistan seront au menu de leurs travaux. Ils devaient évoquer aussi l'aide au développement, la lutte contre les trafics de drogue ainsi que la gouvernance mondiale et la place à donner aux grands pays émergents dans les grandes institutions mondiales, à commencer par le Conseil de sécurité des Nations Unies.

 

Par Olivier Levard le 24 juin 2010 à 17:42
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5 Commentaires

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  • isatis54, le 27/06/2010 à 09h37

    Il n'a jamais dit cela

  • criticdailleurs, le 26/06/2010 à 02h44

    Une chanson de Dalida pour résumer les promesses des grands argentiers de la planète : Paroles et paroles et paroles....Paroles et paroles et paroles....

  • bobbif, le 25/06/2010 à 14h24

    Paradis fiscaux ?! Mais, mais... Sarkozy avait dit que ça n'existait plus ! On nous aurait menti?

  • baal_, le 25/06/2010 à 12h26

    Faut arrêter de parler de contrôler la finance comme si "y avait plus qu'à". Y a des millions d'opérations chaque jour, une marchandise est vendue des dizaines, des milliers de fois, parfois avant même d'être seulement fabriquée. C'est comme si on parlait de contrôler la respiration d'un million de personne tirées au sort un peu partout dans le monde. Techniquement c'est faisable, mais ça représenterait tellement de boulot que 1 ce serait trop cher et contraignant (sans parler du bon vouloir des pays en question et surtout les mauvais élèves qui deviendraient des pôles attractifs), 2 ce serait trop facile à contourner parce qu'un tel contrôle ne peut être que superficiel.

  • pascalparis20, le 25/06/2010 à 08h33

    En laissant le libéralisme sauvage s'installer sur la planète, les dirigeants sont les premiers responsables de cette crise. Un peu plus de contrôle à la base aurait été plus intelligent, seulement voilà, c'est la finance qui gouverne le monde, plus les politiques. La seule chose qu'ils sont capables de faire c'est de créer une atmosphère anxiogène et tuer leur peuple à petits feux. Le jour où ça deviendra intenable, les peuples vont se soulever et ce sera trop tard !

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