Ce dossier est considéré comme un élément clé de la restructuration en cours du système bancaire espagnol, dont les difficultés risquent, aux yeux de certains observateurs, de contraindre la quatrième économie de la zone euro à demander une aide internationale. Madrid a décidé de prendre le contrôle de Bankia, qui détient environ 10% des dépôts bancaires du pays, car la banque était incapable de faire face seule aux retombées de l'éclatement de la bulle immobilière en 2008. Mais le gouvernement assure qu'il s'agit d'un cas exceptionnel.
Comment sauver Bankia ?
Par précaution, le titre Bankia a été suspendu vendredi, dix mois presque jour pour jour après son entrée à la Bourse de Madrid, le 20 juillet 2011. A l'époque, son président, Rodrigo Rato, très connu pour avoir été ministre de l'Economie et directeur général du FMI, se félicitait que cette introduction représente "un point de référence pour le secteur bancaire espagnol". Moins d'un an plus tard, Rodrigo Rato a dû démissionner, la cotation du titre s'est écroulée, valant désormais 40% du prix de départ (3,75 euros). Et l'Etat se retrouve obligé de voler au secours de Bankia, qui représente à elle seule 10% du système financier espagnol et est donc considérée comme une banque "systémique", ne pouvant pas faire faillite sous peine de contaminer tout le secteur.
Or Bankia, née du mariage de sept caisses en 2010, "est une entité avec beaucoup de problèmes, qui a besoin d'une restructuration très profonde", estime Alberto Roldan, analyste de la maison de courtage Inverseguros. Elle cumule une exposition sans équivalent en Espagne aux risques immobiliers avec un manque de transparence qui a jeté le doute sur la sincérité de ses bilans. La banque a d'ailleurs avoué vendredi qu'en ajustant son bilan à sa juste valeur, ses résultats 2011 faisaient apparaîre une perte de 2,979 milliards d'euros, et non un bénéfice de 309 millions comme annoncé auparavant. Bankia compte un portefeuille immobilier de 37,5 milliards d'euros, dont la très grande majorité (31,8 milliards) est problématique, car à la valeur incertaine (crédits risquant de ne pas être remboursés, logements saisis...).
Après les quatre plans d'aide successifs au secteur bancaire présentés ces derniers mois, Madrid envisage désormais de créer un grand groupe bancaire public qui reprendrait les actifs des banques en difficultés, y compris Bankia, s'il ne parvient pas à leur trouver des repreneurs privés. Le gouvernement a chargé la semaine dernière des experts indépendants de procéder à un audit exhaustif du système financier espagnol. Les résultats de cet audit seront étudiés de près par la Banque centrale européenne et par le Fonds monétaire international, qui jugeront de sa crédibilité.








