Bruxelles veut mettre les agriculteurs au vert

le 12 octobre 2011 à 16h53 , mis à jour le 12 octobre 2011 à 17h00

Une partie des aides aux agriculteurs devrait être, dès 2012, conditionnée par le respect de l'environnement. Bruxelles veut aussi rendre la PAC plus équitable en plafonnant les subventions.

vache lait agriculture champs bucolique campagneImage d'archives

Bruxelles veut "redéfinir" la PAC à compter de 2014. Et compte bien engager les agriculteurs sur une voie plus verte. Devant les députés, le commissaire chargé de l'Agriculture, le Roumain Dacian Ciolos, a proposé mercredi de favoriser les "pratiques de production durable", alors que l'Europe a "pendant des années" poussé les agriculteurs "sur la voie d'une productivité sans contrainte". Le commissaire souhaite également lier une partie des aides versées aux quelque 12 millions d'exploitations européennes "à quelques pratiques agricoles simples dont les effets ne sont plus à démontrer" : diversification des cultures, maintien de pâturages permanents, et préservation de réservoirs de biodiversité ou d'éléments de paysage sur au moins 7% des surfaces arables. Une autre mesure phare est le plafonnement des aides, qui seront dégressives à partir de 150.000 euros par an et par ferme, et ne pourront pas dépasser les 300.000 euros.

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L'Allemagne, ou encore le Royaume-Uni -où les fermes de la couronne d'Angleterre engrangent chaque année des centaines de milliers d'euros de subventions- sont opposés au plafonnement, brandissant le risque d'un morcellement de leurs grandes exploitations. Ces dernières sont toujours plus nombreuses en Europe: en sept ans, le nombre de fermes a diminué de 20% pour une réduction de seulement 2% de la superficie agricole, selon Eurostat. Critiquée par la Cour des comptes européenne pour avoir versé des aides à des clubs de golf ou à des aéroports, la PAC sera par ailleurs réservée à l'avenir à des "agriculteurs actifs".
  
Appelant à un changement de "paradigme", Dacian Ciolos a aussi plaidé pour l'introduction dans les Etats d'un système de paiement unique à l'hectare qui devrait rééquilibrer progressivement les subventions au profit de l'agriculture extensive. Toutefois, on est encore loin d'un rééquilibrage équitable des enveloppes allouées à chaque Etat. La France continue d'être le premier bénéficiaire et perdra relativement peu, tandis que les pays d'Europe de l'Est continueront à toucher des primes à l'hectare nettement en deçà de la moyenne européenne. A Bruxelles, des dizaines d'agriculteurs baltes ont protesté contre ce compromis qu'ils jugent désavantageux.
 
Négociations ardues en perspective

  
"La politique, plus encore au niveau européen, c'est l'art du possible et des équilibres", a convenu Dacian Ciolos. "Le plus important est d'impulser un mouvement dans la bonne direction", a-t-il estimé. Les propositions du commissaire Ciolos feront désormais l'objet de négociations entre les députés européens et les 27 gouvernements. Elles seront ardues.
  
La principale organisation d'agriculteurs en Europe, le Copa-Cogeca, a notamment critiqué le principe des jachères écologiques, "illogique alors que la demande alimentaire mondiale devrait augmenter de 70% d'ici à 2050". Pour les ONG environnementales au contraire, la proposition ne va pas assez loin et Greenpeace estime qu'il s'agit d'une "mauvaise nouvelle pour l'environnement, pour les contribuables et pour les fermiers qui veulent produire de la nourriture de manière responsable". Quant à Olivier De Schutter, expert de l'ONU sur le droit à l'alimentation, il s'en prend au niveau des subventions agricoles, qui représenteront encore en 2019 50,2 milliards d'euros, soit quelque 33% du budget européen. Selon lui, "des subventions agricoles de cette ampleur engendreront toujours des distorsions" dans les pays en développement.

le 12 octobre 2011 à 16:53
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4 Commentaires

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  • agatsu, le 13/10/2011 à 10h31

    7% des surfaces doivent être réservées pour des jachères écologiques afin de maintenir la biodiversité ! C'est insensé de demander à une seule catégorie (les agriculteurs) de préserver des espaces naturels ! J'imagine les réactions si on demandait à tous (les entreprises, les collectivités, les communes, et bien sûr les particuliers) de ne pas utiliser 7% de LEUR surface !!

  • jghttc1, le 13/10/2011 à 08h28

    Pas de chances : En touchant une subvention de 300. 000 euros de la part de l'Europe, un agriculteur Françaispourrait tomber sous la coupe des 250. 000 euros de revenus fixés par l'état Français pour devoir le nouvelle taxe sur les riches...

  • barbac56, le 12/10/2011 à 23h09

    100% d'accord !

  • didierbretagne, le 12/10/2011 à 19h50

    N'ai je pas entendu que par contre la France avait accordé une augmentation du taux d'azote dans les engrais au grand dam (et à juste titre me semble-t-il) des associations de défense de l'environnement et de ceux qui habitent à l'embouchure des fleuves et canal de Bretagne ?

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