Crise de la dette : comprendre les grandes étapes

Par Carole Guirado-Cailleau, le 15 juillet 2011 à 09h38 , mis à jour le 15 juillet 2011 à 16h23

Dossier : Pour bien comprendre

Eclairage - Depuis l'an dernier, la crise de la dette souveraine fait les gros titres. Mais difficile de s'y retrouver dans cet imbroglio financier. Eclairage sur son historique et ses mécanismes.

euros billet argent monnaie devisesImage d'archives © Sxc
  • Acte 1 : La crise américaine débarque en Europe
  • Les finances publiques des pays de la zone euro se sont fortement dégradées avec l'éclatement en 2008 de la crise des emprunts immobiliers à risque (subprimes) importée des Etats-Unis. Cette crise a d'abord frappé les banques qui se sont retrouvées détentrices d'actifs devenus toxiques. Ces actifs à risque avaient été généralement bien notés par les agences spécialisées telles que Moody's, Fitch et Standard & Poor's (S&P). Les banques, considérant qu'elles ne pouvaient plus se fier aux notations délivrées par les agences, ont préféré placer leurs liquidités auprès des banques centrales plutôt que de remplir leur fonction de financement de l'économie. L'activité économique s'est ainsi retrouvée fortement ralentie, l'arrêt de délivrance de crédits par les banques provoquant notamment l'éclatement de bulles spéculatives dans l'immobilier, comme en Espagne et en Irlande.
    • A qui profite la crise de la dette européenne ?

      <b> Interview - </b>"Le malheur des uns fait le bonheur des autres", l'adage se vérifie en cette période de débâcle financière. Marc Fiorentino, spécialiste des marchés financiers, explique quels en sont les principaux bénéficiaires.

      Publié le 15/07/2011 A qui profite la crise de la dette européenne ?
    • Plan d'aide à la Grèce : les marchés soulagés

      Les valeurs du secteur bancaire européen et des assurances sont en hausse vendredi, les marchés saluant le nouveau plan d'aide pour la Grèce et la décision du secteur privé de contribuer au sauvetage en consentant de prendre une perte sur leurs obligations grecques.

      Publié le 22/07/2011 Plan d'aide à la Grèce : les marchés soulagés
    • Face à la marée de la dette, la zone euro monte des digues

      Promesse d'un futur "Fonds monétaire européen", volonté affichée de réformer la gouvernance européenne : pour éviter une propagation de la crise de la dette, les dirigeants de l'UE réunis à Bruxelles ont promis des réformes de fond. Mais à quel prix ? Et seront-elles suffisantes ?

      Publié le 22/07/2011 Face à la marée de la dette, la zone euro monte des digues
    • Crise de la dette : une bouffée d'oxygène... et après ?

      Tour de force économique, le complexe mécano mis en place pour venir en aide à la Grèce sera-t-il politiquement suffisant ? De nombreux éditorialistes en doutent. Et donnent les raisons de leurs inquiétudes.

      Publié le 22/07/2011 Crise de la dette : une bouffée d'oxygène... et après ?
    • Défaut de paiement grec : pourquoi la zone euro se résigne à ce choix ?

      La zone euro semble résignée à accepter un défaut de paiement de la Grèce, une solution longtemps taboue qui peut ébranler les banques européennes, avec des conséquences néfastes pour une économie déjà mal en point.

      Publié le 21/07/2011 Défaut de paiement grec : pourquoi la zone euro se résigne à ce choix ?
    • Crise de la dette : réunion de la dernière chance ?

      Tous les regards sont tournés vers Bruxelles, où se déroule depuis 13h30 un sommet censé mettre au point les modalités du deuxième plan d'aide à la Grèce, en allégeant le volume de la dette du pays. Ce qui passerait par un plan de rachat de la dette grecque.

      Publié le 21/07/2011 Crise de la dette : réunion de la dernière chance ?
    • Sarkozy et Merkel vont-ils sauver l'euro ?

      A quelques heures d'un sommet sur le deuxième plan d'aide à la Grèce qui s'annonce crucial pour l'avenir de toute la zone euro, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, réunis à Berlin pour aplanir les divergences, ont trouvé un compromis au terme d'une séance de discussion marathon.

      Publié le 21/07/2011 Sarkozy et Merkel vont-ils sauver l'euro ?
    • Crise de la dette : pitié pour les contribuables européens !

      Manque d'ambition pour l'Europe et trop de charges pesant sur les peuples : alors que s'ouvre ce jeudi à Bruxelles le sommet qui devra déterminer les conditions de la poursuite de l'aide à la Grèce, les éditorialistes se montrent particulièrement critiques.

      Publié le 21/07/2011 Crise de la dette : pitié pour les contribuables européens !
    • Crise de la dette : une nuit à Berlin pour trouver un accord

      A la veille d'un sommet crucial pour la zone euro, le président français, la chancelière allemande et le patron de la BCE se sont réunis mercredi soir pour trouver un terrain d'entente sur une riposte commune à la contagion de la crise de la dette.

      Publié le 20/07/2011 Crise de la dette : une nuit à Berlin pour trouver un accord
    • Crise européenne : Merkel essaie de rassurer, Barroso alarmiste

      A la veille d'un sommet crucial, l'Allemagne s'est montrée optimiste mercredi sur la capacité de la zone euro à trouver une riposte à la contagion de la crise de la dette. Pour autant, la Commission européenne qualifie la situation de "très grave".

      Publié le 20/07/2011 Crise européenne : Merkel essaie de rassurer, Barroso alarmiste
    • Ultime rencontre Merkel-Sarkozy avant le sommet sur la Grèce

      Les deux dirigeants se retrouvent ce mercredi à Berlin pour préparer la réunion des chefs d'Etat et de gouvernement de la zone euro qui sera consacrée, jeudi, aux modalités du deuxième plan de sauvetage de la Grèce. Une réunion dont Angela Merkel n'attend "pas de grande avancée spectaculaire".

      Publié le 20/07/2011 Ultime rencontre Merkel-Sarkozy avant le sommet sur la Grèce
    • Les tergiversations de la zone euro sévèrement critiquées au FMI

      Les Etats membres du Fonds monétaire international reprochent aux dirigeants de la zone euro leur manque "d'action cohérente" pour résoudre la crise de la dette publique de la région. Nicolas Sarkozy rencontrera Angela Merkel mercredi pour préparer le sommet de la zone euro jeudi.

      Publié le 19/07/2011 Les tergiversations de la zone euro sévèrement critiquées au FMI
    • Crise de la dette : les bourses européennes décrochent

      Les bourses européennes ont connu, ce lundi, de fortes baisses. Le CAC 40 est à son plus niveau depuis janvier. Premières touchées : les valeurs bancaires.

      Publié le 18/07/2011 Crise de la dette : les bourses européennes décrochent
    • Sauvetage de la Grèce : à J-2, Baroin veut rassurer

      Alors que les Bourses tanguent et que l'or, valeur refuge, crève le plafond, le ministre de l'Economie se dit optimiste sur l'issue des négociations européennes lors du sommet de jeudi, affirmant que Paris ne soutiendra pas une solution passant par un incident de crédit pour la Grèce.

      Publié le 19/07/2011 Sauvetage de la Grèce : à J-2, Baroin veut rassurer
    • Aubry, Hollande, Papandréou font cause commune

      Les principaux leaders de gauche européenne ont élaboré une déclaration commune pour assurer leur solidarité au Premier ministre grec et préconiser des mesures face à la crise. Le message : "le péril est devenu imminent" pour l'euro.

      Publié le 16/07/2011 Aubry, Hollande, Papandréou font cause commune
    Plus d'infos

     
    Acte 2 : Les Etats européens sauvent leurs  banques...
  • Certains Etats ont dû voler au secours de leurs banques. Asphyxiées par le poids des actifs toxiques dans leurs dettes, celles-ci risquaient la faillite faute de liquidités suffisantes et menaçaient par conséquent l'équilibre de l'ensemble du système bancaire de leur pays. Les Etats ont alors soit déboursé de l'argent pour augmenter le capital de ces banques, soit garanti leurs dettes. Le gouvernement irlandais a ainsi injecté au total 70 milliards d'euros dans ses banques qui depuis avril 2011 ont toutes été entièrement nationalisées.
     
    Acte 3 : ... mais paient le prix fort
  • Problème : ces opérations de sauvetage ont à leur tour fait plonger la dette d'Etat et le déficit public, d'autant plus difficiles à financer sur les marchés en temps de crise. En effet, pour financer leur déficit, les pays de la zone euro proposent aux banques et aux acteurs institutionnels (Etats, organismes internationaux, fonds de pension, assureurs) d'acheter une part de leurs dettes sous forme de bons ou d'obligations à moyen et long terme, en général sur 5 et 10 ans, sur le marché dit obligataire. Ces dettes émises par les Etats sont appelées des « dettes souveraines ». Elles génèrent des intérêts qui sont reversés annuellement à leurs acheteurs.
     
    Acte 4 : Le financement des Etats conditionné par les agences de notation
  • Des agences spécialisées - Moody's, Fitch, S&P - évaluent la capacité des pays émetteurs de dette à rembourser leurs investisseurs par un système de notation. Les pays les mieux notés, c'est-à-dire AAA, peuvent emprunter à un taux d'intérêt plus bas, en revanche, les pays dit à risques, subissent des taux d'intérêts élevés, signe de la méfiance des investisseurs.
     
    La crise financière de 2008 a changé la donne pour certains pays de la zone euro. En Europe, elle a fait plonger l'activité et les recettes fiscales, creusé les déficits et obligé les Etats à mettre en place des plans de relance contraignants. Même des pays réputés solides, comme la France et l'Allemagne, sont entrés en récession. La plupart des pays de la zone euro en sont sortis en 2010 sauf la Grèce, l'Espagne et l'Irlande. Depuis, ces pays, ainsi que le Portugal et l'Italie, sont devenus les maillons faibles de l'Union Européenne (UE) parce que considérés comme des pays à risque d'insolvabilité sur le marché obligataire.
     
    Par conséquent, ils ont de plus en plus de mal à trouver preneur de leur dette souveraine, la méfiance et la spéculation des investisseurs conduisant à une forte hausse des taux d'intérêts de leurs emprunts. Sans compter le mécontentement de leurs citoyens frappés de plein fouet par des mesures d'austérité, telles que coupures d'allocations, gel et baisse de salaires. 
     
    Acte 5 : La « troïka » BCE, UE et FMI au secours des maillons faibles
  • Au bord de la banqueroute, la Grèce, en mai 2010, puis l'Irlande, en novembre 2010, ont dû recevoir une aide financière conjointe de l'UE, de la BCE et du FMI échelonnée sur plusieurs années. En mai 2011, le Portugal en grave difficulté financière a lui aussi dû se résoudre à accepter un plan de sauvetage de la « troïka » institutionnelle. En contrepartie, ces Etats se sont engagés à appliquer des plans de rigueur budgétaire afin de rentrer à nouveau dans les critères de convergence fixés par le traité de Maastricht pour tous les membres de la zone euro, soit une dette et un déficit respectivement limités à 60% et 3% du PIB.
     
    Acte 6 : Le spectre effrayant de la contagion
  • Mais depuis la crise grecque, l'Union Européenne craint un effet de contagion aux autres pays de la zone euro. A juste titre. D'ores et déjà, la Grèce, l'Irlande et le Portugal sont dans l'œil du cyclone. Les agences de notation considèrent désormais leurs dettes souveraines comme des titres spéculatifs. En clair, avec ces obligations dites spéculatives les investisseurs prennent le risque de ne pas être remboursés par ces états émetteurs. En revanche, s'ils le sont ils gagneront beaucoup plus étant donné que les taux d'intérêts sont très élevés. Plus le pari est risqué, plus il rapporte.
     
    Le problème de ces trois pays est qu'ils n'arrivent pas à redresser assez rapidement leurs indicateurs économiques d'après les agences de notation et leurs principaux créanciers, la BCE, l'UE et le FMI. La Grèce est d'ailleurs aujourd'hui menacée de cessation de paiement sur une partie de ses dettes. Histoire de compliquer la donne, les pays de la zone euro n'arrivent pas à s'entendre sur la manière de l'aider pour éviter la faillite.
     
    L'affolement gagne d'autant plus l'Europe que le fameux effet de contagion commence à se répandre parmi les maillons faibles de la zone euro. L'Italie en fait actuellement les frais. Le pays possède un faible déficit budgétaire grâce une activité économique soutenue mais est très endetté. Le poids de sa dette équivaut à celui de la Grèce, de l'Irlande et du Portugal réunis. Et aujourd'hui les spéculateurs s'attaquent à cette faiblesse, aggravée par un scandale de corruption touchant le ministre des Finances transalpin.
     
    L'Espagne, jusqu'ici considérée comme le pays le plus fragile après le Portugal, est arrivée  à se maintenir grâce à une succession de plans d'assainissement budgétaire et financier. Mais les perspectives risquent d'être franchement sombres si la Grèce en arrivait au défaut de paiement.
     
    Acte 7 : Le cercle vicieux interminable des notations
  • En effet, la crise de la dette est alimentée par le cercle vicieux du système de notation. Les agences de notation dont le rôle initial est d'analyser les tendances du marché semblent aujourd'hui avoir un pouvoir de vie ou de mort financière sur les pays qu'elles évaluent. Une dégradation de note se traduit pour les pays fragilisés par un alourdissement du poids de leur dette et une difficulté accrue pour se financer sur le marché obligataire. Sans compter une forte exposition aux attaques des spéculateurs alléchés par la possibilité de toucher le jackpot.
     
    Désormais une grande question se pose : comment est-il possible pour un pays devenu un maillon faible de sortir du gouffre financier sans également entraîner ses voisins dans un système financier interdépendant ?
Par Carole Guirado-Cailleau le 15 juillet 2011 à 09:38
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