"Il y a encore beaucoup de problèmes à régler et de négociations à mener, donc le travail n'est pas encore terminé". Angela Merkel ne rassurait pas les européens, mercredi, à quelques heures du sommet des dirigeants de la zone euro. "Nous venons tous ici en tout cas avec l'objectif de réaliser de grands progrès", a-t-elle ajouté.
Embourbée dans une crise de la dette qui menace une partie de ses Etats membres, la zone euro peine à boucler un accord pour parvenir à une réponse convaincante pour stopper la contagion. Et pour cause, les enjeux sont multiples : part de la dette grecque appelée à être effacée, renforcement de la puissance de feu du pare-feu financier pour les pays en difficulté, rôle de la Banque centrale européenne et réformes exigées de l'Italie... Avant le dénouement attendu mercredi soir, voici un point sur les difficultés que vont devoir surmonter les dirigeants au sommet de crise sur l'euro.
- AIDE A LA GRECE
C'est l'Alpha, mais pas l'Oméga, de la crise européenne... Les discussions se concentrent sur la révision du second plan de sauvetage à la Grèce décidé lors du sommet du 21 juillet. Les dirigeants de la zone euro avaient alors promis 109 milliards d'euros de prêts publics (Europe et FMI), un chiffre qui devrait être revu à la hausse, la Grèce n'arrivant toujours pas à retrouver la croissance et donc à réduire sa dette.
Une contribution des banques et fonds d'investissement privés qui détiennent de la dette grecque est aussi prévue. Le but : "rendre la dette à nouveau soutenable pour la Grèce", explique Etienne Farvaque, maître de conférence à l'université Lille 1. Le 21 juillet, les banques avaient accepté une perte de 21% du montant de leurs prêts à la Grèce à terme en moyenne. A présent, les gouvernements européens demandent une "décote" entre 50 et 60% et les banques refusaient de perdre plus de 40% de leur portefeuille. Et pour cause, cette perte d'actifs risque de porter un sérieux coup à leurs valeur boursière et in fine à leur capacité de financement... Mais mardi, "une nouvelle offre importante a été faite (...) au nom des investisseurs privés", déclarait, mercredi, un porte-parole de lInstitut de la finance internationale (IIF, lobby bancaire), sans donner de chiffre.
Les banques grecques sont les plus menacées. Une décote de 50% obligerait leur recapitalisation. Voire leur nationalisation par un pays pourtant en grandes difficultés financières.
- RECAPITALISATION DES BANQUES
Sur ce sujet, directement lié au précédent, un accord aurait été trouvé. Pour faire face à un risque de défaut de paiement de la Grèce, l'UE demande à relever le ratio de fonds propres "durs" des établissements bancaires à 9% au 30 juin 2012, selon un projet de déclaration finale. Les fonds propres d'une banque, ce sont le montant des fonds qui n'appartiennent qu'à la banque - qu'elle récupère lorsqu'elle fait des profits par exemple, ou qu'elle émet des actions. Les banques devront disposer d'un montant de leurs fonds propres d'au moins 9% de la totalité des prêts qu'elles ont accordé.
Les banques doivent donc se recapitaliser, c'est-à-dire augmenter leur niveau de fonds propres. Le montant global de cette recapitalisation, pour toutes les banques européennes, n'est pas mentionné dans le projet de déclaration, mais circule un chiffre de 108 milliards d'euros. Les banques devront trouver seules ces fonds. Si elles y échouent, elles pourront se tourner vers les Etats, ou vers le Fonds de secours européen (le FESF) en dernier recours. En France, le secteur bancaire va devoir ponctionner près de 10 milliards d'euros sur ses bénéfices.
- RENFORCEMENT DU FONDS DE SAUVETAGE DE L'EURO
Ce point est un enjeu majeur pour le règlement à moyen terme de la crise. En effet, le Fonds européen de stabilité financière (FESF) a vocation à devenir non seulement un instrument de sauvetage des pays déjà en difficulté mais surtout un outil de prévention contre une spirale de la dette dans un Etat membre. C'est notamment le cas de l'Italie dont le poids de la dette (120% du PNB) donne des sueurs froides à l'Europe. Les négociations sur le renforcement de la force de frappe du FESF ont avancé mais ne sont pas terminées.
La France, qui voulait le transformer en banque pour qu'il puisse emprunter massivement auprès de la BCE, a dû renoncer face à l'opposition de l'Allemagne. Deux autres options combinées sont retenues à la place: l'une consiste pour le Fonds à apporter une sorte d'"assurance-crédit" aux investisseurs sur une partie de la dette publique de pays fragiles qu'ils achèteraient. "L'idée c'est que si le FESF accorde une garantie sur 20 à 25% des dettes, cette partie de la dette sera sans défaut. Il y aura un risque zéro dans la tête des investisseurs", explique Etienne Farvaque. Un peu comme un garant se porte caution pour un appartement.
L'autre passe par un fonds spécial adossé au FESF et ouvert à des investisseurs privés, y compris venant de pays émergents. Ce "vehicule", comme on l'appelle en anglais, devra "transformer un paquet de plusieurs dettes en un produit financier synthétique. Cette synthèse mélange des titres de différentes qualités, donc sa propre qualité sera meilleure que la pire dette de la zone", détaille l'économiste.
Ces tranformations permettent donc de démultiplier la capacité d'intervention du FESF via ces "effets de levier". Un chiffre d'au moins 1.000 milliards d'euros est évoqué mais rien ne garantit qu'un montant puisse être annoncé mercredi.
Lors d'un vote au parlement, mercredi après-midi, les députés allemands ont donné pour mandat à la chancelière allemande de négocier un renforcement du FESF excluant tout recours à la BCE, et toute augmentation de la garantie apportée par l'Allemagne.
- ROLE DE LA BCE
En cas d'aide du FESF à la Grèce, celui-ci ne pourra que difficilement remplacer la BCE dans ses rachats de titres de dettes pour soutenir les pays fragiles comme l'Italie et l'Espagne. L'institut monétaire, qui change de président début novembre, acceptera-t-il ? Son nouveau président, Mario Draghi, a déclaré qu'il continuera à racheter des titres de dettes. Une action qui devrait être inclue dans le projet de communiqué final des dirigeants européens. Mais qui fait grincer les dents de l'Allemagne. La chancelière allemande Angela Merkel a déclaré mardi qu'elle refusait que les Etats européens imposent une ligne d'action à la BCE, et de toucher, ainsi, à son indépendance.
- L' ITALIE SOUS PRESSION
Les partenaires européens de l'Italie ont demandé à Silvio Berlusconi de venir mercredi avec un plan détaillé sur ses engagements en matière de réduction du déficit et de réformes économiques. Selon des diplomates, en échange la zone euro est prête à proposer à Rome le soutien du FESF pour racheter de la dette publique italienne sur les marchés et empêcher que les taux obligataires ne grimpent trop. Mais il n'y a aucune garantie que M. Berlusconi sera en mesure de répondre aux attentes.
| De la surveillance plutôt que de la gouvernance ? |
Autre point de désaccord franco-allemand : la supranationalité. La diplomatie française pousse en faveur d'une gouvernance économique. La crise a révélé "les oublis de notre union monétaire", déclarait le premier ministre François Fillon le 21 octobre. Un groupe de travail commun entre l'Assemblée nationale française et le Bundestag allemand a été mis en place pour travailler sur "la gouvernance de l'euro et la nécessité d'une certaine convergence en matière économique", expliquait, mardi, le président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer. Le rendu des travaux n'est pas prévu avant février 2012. Mais la perte de souveraineté qui en découlerait fait faire la moue à plusieurs partenaires européens, Allemands en premier. Ceux-ci poussent en faveur d'un plus grand contrôle des pays endettés. "La question (du sommet européen) sera aussi de voir comment on peut accompagner et surveiller à l'avenir la mise en œuvre des programmes de réformes", exigés des pays ayant reçu l'aide de leur partenaires européens et du Fond monétaire international (FMI), déclarait un proche du gouvernement allemand le 21 octobre. La grogne allemande est renforcée au fur et à mesure que la Grèce annonce ne pas pouvoir respecter ses engagements budgétaires. Jusque-là, le contrôle est exercé par la "troïka", qui regroupe les créanciers de la Grèce : FMI, Commission européenne et BCE, qui donne son avis tous les trois mois. "Nous avons besoin d'une solution beaucoup plus permanente d'accompagnement, qui permette d'adapter beaucoup plus rapidement" les dispositifs d'aide, poursuit la source allemande. |








